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Arriver dans une nouvelle région, un nouveau quartier et un nouvel environnement professionnel implique, si tant est qu’on le juge nécessaire, une multitude de petits « coming out » qui sont toujours l’occasion de surprises amusantes ou inquiétantes, reflets de l’évolution des mentalités sur la « douloureuse question homosexuelle ».

Au travail, tout d’abord, j’ai eu la surprise de constater que certains de mes collègues étaient très ouvertement en ménage avec des personnes de leur genre et que mon orientation sexuelle était beaucoup moins intéressante, pour mes nouveaux camarades de jeu, que ma créolitude provisoire passée.

D’autant que, dernièrement, un agent a fêté son départ à la retraite au cours d’un traditionnel « pot » organisé conjointement avec son jules, pot qui a regroupé un nombre impressionnant de collègues, vu que le dit nouveau retraité était particulièrement apprecié dans la maison malgré son goût prononcé pour les messieurs.

Du pain béni pour tout nouvel arrivant pédé.

Plus drôle aura été la réaction d’un de mes « camarades de classe », qui m’avait gentiment proposé de me ramener à la maison en voiture après un cours particulièrement ennuyeux, lorsqu’il a découvert, au détour d’une phrase, que l’occupant de son siège passager avait un « jules ».

Ce conducteur prudent s’est mis, rouge de confusion, à griller un feu rouge, à zig-zaguer en plein mileu de la rue, pilant au dernier moment pour préserver la vie de deux piétons un peu surpris.

Mais, passé l’effet de surprise, son comportement à mon égard s’est stabilisé très vite en revenant vers la neutralité bienveillante dont j’étais l’objet lorsque j’étais encore un hétérosexuel présumé.

En voyant ce genre de réactions d’un oeil un brin paranoïaque, on pourrait croire à de l’homophobie, mais il m’a semblé plutôt que, face à ce genre de situation, certaines personnes avaient un petit moment de flottement du type « je suis censé réagir comment ? » avant de revenir à une attitude plus habituelle du type « pourquoi devrais-je réagir, après tout« .

Ce moment de flottement étant probablement prolongé, chez les messieurs, par une interrogation passagère sur mes sentiments ou désirs à leur égard.

Résultat, à part un collègue qui me regarde d’un oeil torve depuis qu’il n’ose plus ramasser sa savonnette en ma présence (et qui deviendrait probablement un mauvais camarade si je commentais le popotin d’un collègue devant lui), il me semble que je bénéficierai de nouveau d’une paix royale sur ce sujet.

***

Je vous promet que ça n’a rien à voir avec le sujet précédent mais j’ai entendu une phrase (de la bouche d’un agent de maintenance de la Tour Bretagne) dont la tournure me fait encore rire et que je me devais, donc, de partager rapidement avec vous :

« Celui qui veut me baiser, c’est parce que il faut se lever de bonne heure« .

Ce sera désormais ma devise.

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Il était une fois, en 1846, un lorrain de 27 ans, qui reprend une pâtisserie nantaise et y injecte son savoir-faire en biscuiterie de luxe. Il s’appelle Jean-Romain Lefèvre.

Quatre années plus tard, subjuguée par la beauté d’une demoiselle du coin, Jean-Romain la demande en mariage et voila que Pauline-Isabelle Utile devient Mme Lefèvre.

Vous vous en foutez ?

Bon, et si j’ajoute que Jean-Romain en profite pour rebaptiser sa pâtisserie Lefèvre-Utile, que, au vu de la popularité de ses biscuits, le jeune lorrain embauche un peintre qui, à des fins publicitaires, lui compose un joli « petit écolier » ?

Qu’en 1957, la maison Lefèvre-Utile s’offre un nouveau logo composé de ses initiales et lance un nouveau design pour ses paquets de biscuits sous le nom de LU ?

Je suis d’accord qu’on pouvait tout à fait envisager de finir ses jours sans avoir la moindre idée des noms qui se cachaient derrière une des enseignes de l’actuel groupe Danone (la crise industrielle et la mondialisation étant passées par là) mais bon si déjà je tombe sur l’explication, il me paraît normal de vous la faire partager…

Ce qui m’a amusé, en revanche, c’est qu’une partie des anciens locaux de la biscuiterie est devenue un espace culturel qui accueille concerts, théâtre, cinéma, expositions et j’en passe – et pas forcément des meilleures – sous le nom de Lieu Unique.

Sur le coup, on ne percute pas forcément mais quelles sont les initiales de « Lieu Unique » ?

Du coup, dans la série des fiertés artisanales régionales, je passe de la « dodo » au « petit beurre », ce qui me convient assez dans la mesure où je n’ai jamais vu personne chanter des niaiseries en plein milieu de la nuit après une indigestion de biscuits.

En arrivant à Nantes, j’avais fermement decidé de ne pas m’intéresser à ce sujet brûlant.

Ce n’est pas que je méprise l’histoire de la ville dans laquelle je m’installe, mais j’ai largement eu l’occasion de m’énerver contre le régionalisme, le chauvinisme ou les combats géographiques d’arrière-garde et je n’ai aucune intention de continuer à m’énerver pour rien.

Mais, en ce qui concerne Nantes, le peu d’informations dont je disposai m’a conduit à la grossière erreur d’attribuer la « débretonnisation » de la ville à Napoléon. Le découpage des départements et régions en fonction des fleuves et non plus des anciens royaumes, duchés et propriétés de nobliaux locaux me paraissant plutôt une bonne initiative.

En lisant le prologue d’un bouquin sur l’histoire de la Bretagne, j’ai été tellement frappé par le ton très vif qu’utilise l’auteur – dont le nom m’échappe – pour expliquer que la Bretagne faisait partie de la France depuis peu et pas forcément pour longtemps (?!?), que j’ai quand même eu envie de jeter un oeil sur la question.

Apparemment, 1941 est une date importante dans l’histoire de la Bretagne et de Nantes, car c’est la date où furent fusillés les fameux « 50 otages » (en fait, ils étaient 48), en représailles de l’attentat qui avait coûté la vie d’un lieutenant colonel nazi.

Et 1941, c’est aussi la date à laquelle Nantes dût quitter la Bretagne, dont elle était la capitale depuis plus de mille ans, par décision unilatérale du… maréchal Pétain.

Voila qui change pas mal la donne, non ?

Aucun gouvernement n’ayant jugé utile de revenir sur cette décision, Nantes est devenue le chef-lieu d’une région faite de bric et de broc, baptisée Pays-de-la-Loire.

Du coup, je comprend mieux pourquoi les bretons utilisent des termes aussi durs pour parler de cette « amputation ». Elle est récente et, de plus, initiée par le régime de Vichy (celui dont Mitterand disait qu’il « n’était pas la France »).

Mais je ne trouve, pour le moment, aucune trace de cette colère à Nantes et j’en suis encore à me demander comment cette ville abrite une population aussi détendue, confiante et ouverte vers le métissage culturel ou éthnique.

La devise de ma nouvelle ville (Favet Neptunus eunti) dit que Neptune favorise ceux qui osent, ceux qui partent.

Peut-être que Neptune favorise également ceux qui arrivent.

Passé le cap du long voyage dans la nouvelle poubelle qui me sert de voiture et dont les éminents spécialistes (dont je ne suis pas) m’ont dit, c’est selon, que c’était une excellente affaire ou l’arnaque du siècle, me voila logé à deux pas du Cours des Cinquante Otages à Nantes, dans un petit hôtel bon marché, muni du bail d’un appartement dont je n’aurai les clés que le 10 septembre. Une excellente affaire ou l’arnaque du siècle, naturellement.

Après avoir quitté « l’île intense », la providence a voulu que je retourne dans les deux dernières villes dans lesquelles j’ai vécu en métropole, soit Paris (plus jamais !) et Strasbourg (surement pas !) avant d’arriver à Nantes, ville dans laquelle l’herbe est forcément plus verte et les meubles forcément moins chers.

Dans tout ce qu’on m’a dit sur cette ville, une chose m’a particulièrement titillé l’oreille. Il semblerait que Nantes soit la principale ville négrière de l’époque esclavagiste et coloniale française. Et que ce passé soit désormais assumé.

Deux élements qui vont réellement me changer de la Réunion.

En me baladant dans le centre ville nantais pour sourire aux agents immobiliers, j’ai aussi été frappé par le nom de certaines rues ou places, témoins d’un passé violent (Place du Pilori, Cours des 50 Otages notamment) et par les références subliminales ou directes à la mythologie celtique (dans les magasins, les tags etc.).

Un nouveau terrain de jeu exaltant, en somme.