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Presque trois mois après que deux solides créoles les ont porté dans leur énorme camion, bloquant la circulation dans le Bas-de-la-Rivière, mes malles se sont invitées, avant même le lever du jour, dans mon nouvel appartement nantais.

Une fois échangées les plaisanteries désormais habituelles, motivées par l’exotisme de leur provenance, avec deux solides ligériens, signés les divers documents (le temps de me rappeler, la tronche pas fraîche et le café à la main, l’ortographe de mon patronyme) je me risquais à jeter un oeil à l’intérieur des deux « cantines militaires » afin de constater les éventuels dégats.

Leur contenu, qui semblait bien m’appartenir, m’a rappelé instantanément que beaucoup d’eau avait coulé sous les ponts depuis début août.

Même si je sens encore physiquement que l’adaptation n’est pas tout à fait achevée, le Bas-de-la-Rivière et l’île qui le contient me paraît déjà appartenir à une dimension parallèle.

Il paraît qu’un chien attaché plus d’une demi-heure oublie qu’il a été libre. En combien de temps l’être humain croit-il qu’il a toujours vécu dans le même environnement ?

Toujours est-il que, ce matin, mon déménagement est terminé.

Il a neigé dans la nuit de lundi à mardi à la Réunion, phénomène très rare dans une île tropicale.

Un manteau blanc de deux à trois cm d’épaisseur recouvrait au lever du jour le massif du piton de la Fournaise, à plus de 2.200 mètres d’altitude, dans le sud-est de l’île, selon des témoignages recueillis au téléphone par les radios locales.

Le phénomène avait été annoncé par Météo France et des centaines de personnes ont convergé vers le sommet volcanique pour assister à ce spectacle, d’autant qu’une éruption est en cours au sommet du piton de la Fournaise (2.632 m).

Les dernières chutes de flocons de neige observées à la Réunion remontaient à août 2003. La neige avait tenu un peu plus de deux jours sur les plus hautes montagnes de l’île.

Selon Météo France, le manteau neigeux devrait fondre dans les prochaines heures. Un puissant anticyclone remontant de l’Antarctique est à l’origine de ce phénomène atypique. L’hiver austral est particulièrement tardif cette année à la Réunion. (REUTERS, 11/10/2006)

J’ajouterai, pour que l’information soit plus complète, qu’il pleut sur Nantes, mais pour le peu d’expérience que j’ai il me semble tout de même que le phénomène soit vachement moins rare…

Pierre-Henry Maccioni

Sur proposition de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire, le Conseil des ministres de ce mercredi a pris, entre autres, les décisions suivantes :

Laurent Cayrel, préfet de la région Réunion, est nommé préfet du Morbihan.

Pierre-Henry Maccioni, préfet des Côtes-d’Armor, est nommé préfet de la région Réunion, préfet de la Réunion (*).

Il paraît que ce nouveau préfet est né en 1948 à Saint-Denis (Réunion), voila qui tombe bien. Ca ne préjuge en aucun cas de sa compétence pour exercer ses fonctions ici, ni de son incompétence éventuelle, d’ailleurs.

Laurent Cayrel quitte donc notre bonne vieille île quelques jours avant moi (mais ça n’a probablement rien à voir dans la mesure ou Sarkozy prend, en général, ses décisions sans me consulter – on se demande bien pourquoi) avec l’honorable sobriquet de « Préfet-la-poisse ».

Faut dire qu’en à peine un an, nout’bon préfet a subi le chikungunya, la « tempête tropicale modérée » Diwa (qui a fait plus de dégâts que certains cyclônes) ainsi que l’effondrement de 30.000 mêtres cubes de rocher sur la « route en corniche ».

A-t-il été bon ou mauvais, finalement moi mi koné pas. Mais il y a fort à parier que, coinçés entre « la momie » Vergès à la Région(*) et cette brave madame Dindar au Département(*), l’objectif majeur de Cayrel ait surtout été qu’on lui foute la paix et qu’on le laisse profiter des multiples avantages post-colonialistes dont les hauts fonctionnaires locaux se repaissent quotidiennement.

On a plus qu’à souhaiter à Maccioni de profiter dignement des pharaoniques subsides de l’Etat, en argent et en nature, et de tenir plus d’un an, ce qui lui permettrait de battre des records de longévité préfectorale sur cette île.

En plus, quand on sait combien coûte à l’Etat le déménagement de ses fonctionnaires, on souhaiterait que ce soit un peu plus rare.

Je ne voudrai pas cracher sur la « surcharge salariale » (comme dirait Tillier) qui m’a permis de passer des vacances somptuaires à Maurice avec mon amoureux et de m’installer dans une ville dans laquelle l’herbe est forcément plus verte et les meubles forcément moins chers.

Mais il me semble que ces habitudes héritées du colonialisme laisseront toujours planer une certaine méfiance dans les rapports entre les « créoles » et les « métros », notamment sur les intentions des derniers à venir vivre parmi les premiers.

Vu que j’en ai vraiment ras-le-bol d’entendre en permanence que les gens de mon espèce viennent vivre sur cette île « pour le fric, se trouver une malbaraise ou pour valider une promotion » je chante, ces jours-ci, sur tous les tons que la vraie raison de mon départ c’est que je n’ai réussi sur aucun des trois plans.

Imaginez la tête d’une de mes collègues, dont l’avis suit toujours le sens du vent, et qui peste volontiers (si elle est sûre de n’être entendue que par des créoles) contre les métros, quand je lui ai donné cette explication bidon.

Elle attendait que je lui reproche de le penser mais j’ai ajouté un sourire supposément complice, et « vous savez bien que nous les métros, ce sont nos seules préoccupations« .

Pendant toute une journée elle a donc arrêté de dire « oh la la il va nous manquer notre petit collègue » en oubliant (sincèrement ou non) qu’elle pourrait compter sur les doigts d’une seule main le nombre de jours qu’il lui faudra pour oublier totalement mon existence.

Mais elle a recommencé dès ce matin.

Pendant ce temps, je commence mon deuil par de la nostalgie (c’est quand même beau ici, bordel de merde), du stress (putain il me reste tout ça à faire en à peine 15 jours) et du soleil (mon Dieu, quelle température il fera à Nantes en janvier prochain ?).

Tout comme le « préfet la poisse », à ceci près que lui, il ne portera aucun de ses meubles.

(*) La Réunion est à la fois une région et un département.

– Salut. Ulrich. Et toi ?

– Franck.

– Tu me donnes ton numéro ? Je t’envoie un texto dans une heure.

– Ok. 66 12 18.

– 68 12… ?

– Non, non. 66 12 18.

– Ok à plus alors.

– A plus.

(entendu sur la plage de La Souris Chaude aujourd’hui aux environs de 16h)

On se croirait en plein jour ! Les bagnoles circulent, fenêtres ouvertes et musique à fond, le ballet des mobylettes de blaireaux a repris, les gens gueulent et chantent dans la rue, klaxons et sirènes retentissant un peu partout.

Sur le coup je pensais qu’une guerre venait de finir dans le monde et puis je me suis rappelé l’effet « coupe du monde » en 1998. La France avait été joyeuse et fière d’elle même pendant six mois. Comment s’en plaindre ?

C’est pas de bol que, à cause du décalage horaire, cette scène ait lieu à 1h30 et encore moins de bol que ce soit la veille de mon premier marché au puces (je me lève dans 3h30). Moi qui vient de découvrir que je suis un hypersensible, (je vous raconte ça très vite, promis) je sens que je ne vais pas tellement dormir…

Pas beaucoup de brésiliens dans mon quartier, on dirait.

Quand on m'a proposé un appartement dans le "Bas de la Rivière" (nom de mon quartier à Saint-Denis) plusieurs collègues m'ont déconseillé de le prendre, malgré son prix relativement bas, parce que c'est un quartier à majorité comorienne (et donc musulmane car on confond beaucoup ethnie et religion, ici) et que les comoriens ont beaucoup de gosses, sont bruyants, pauvres et que donc, globalement, ça craint.

Mais j'étais déjà un peu méfiant sur les différents aspects du racisme ordinaire réunionnais et je n'ai ecouté que d'une oreille, un peu agaçée, ce genre de conseils.

Depuis que je me suis installé ici, les rares métros ou créoles qui y habitaient sont partis et je fais désormais partie des très très rares "non-comoriens" du Bas-de-la-Rivière.

Depuis, également, le maire de Saint-Denis (un certain René-Paul Victoria, souvent appelé bêtement la "reine-maire") a compris l'intérêt financier de ce quartier, très proche du centre ville, avec des terrains tout à fait constructibles et donnant directement sur la route du littoral. Un coin parfait pour construire des résidences superbes, financées par les diverses lois d'exonérations fiscales domiennes, et y attirer des propriétaires et locataires de la classe moyenne voire supérieure.

L'idée c'est que si on fait des résidences superbes, à prix élevés, on donne une image au quartier qui fait augmenter les loyers des immeubles environnants, décourageant ainsi la population mahoraise (de Mayotte, "département" français) et comorienne qui vit principalement des aides et allocations diverses, et la poussant à trouver des "cases" moins chères ailleurs.

Cette politique mi-économique mi-raciste commence juste à produire ses effets, je commence à croiser des jeunes étudiants métros dans ma rue et deux baraques de bois datant des années 60 (d'après les tags qui trônaient sur leurs "murs") ont été détruites pour créer de nouvelles résidences. Ces baraques étant principalement des points de rencontres pour jeunes et vieux désoeuvrés, têtant la dodo et le rhum toute la journée, même le dimanche, je ne pleurerai pas sur leur sort. Mais, dans l'ensemble, cette politique me fait un peu gerber.

Je reconnais que je ne choisirai plus d'habiter ce genre de quartier, où il y a presque tout le temps un bébé qui pleure, des blaireaux qui font hurler leurs mobylettes, et les fameux imbibés qui chantent et écoutent du Bob Marley et du Georges Michael (?!?) le matin dès 6h alors que je n'ai jamais été du genre lève tôt.

Je reconnais aussi que j'ai souvent des instincts de meurtre quand des dizaines de gosses jouent en piaillant dans la cour "intérieure" et que les gens se hèlent bruyamment d'une fenêtre à l'autre ou de la rue au dernier étage.

Mais vu comme ce comportement ressemble à celui des quartiers pauvres métropolitains, je doute qu'il faille naître aux Comores pour l'adopter.

En tout cas, mon quartier ne "craint" pas. Tout le monde connaît le code du portail de mon immeuble, n'importe qui y entre et sort à n'importe quelle heure et jamais rien ne m'y est arrivé de grave.

Mes voisins comoriens sont d'ailleurs bien plus accueillants qu'une bonne partie des créoles que je fréquente au boulot et dans mes diverses obligations commerciales ou administratives.

C'est vrai qu'ils sont bruyants, et pas très concernés par les nuisances que ça peut générer. C'est vrai que les papas sont souvent aux Comores ou à Mayotte, à visiter leurs différentes épouses et à frauder quelque peu les documents officiels français et, enfin, c'est vrai qu'ils vivent un peu comme ils vivraient sur ces îles peu développées et fortement religieuses.

Mais même s'ils ne se font pas beaucoup d'illusions sur le genre humain en général et la population créole en particulier (les comoriens font l'unanimité contre eux, ici) ils ne sont pas agressifs pour deux ronds et plutôt partants pour être de bons voisins, pour peu que je fasse cet effort également.

Les gamins sont, contrairement aux clichés, très bien élevés et respectueux des adultes et j'entend souvent rire et chanter dans ces familles de 6 à 9 enfants, pauvres au point d'aller à l'école pieds nus (imaginez les réactions des gamins surépuipés en Nike de l'école primaire du coin), vivant principalement dans des F3 et ignorées au mieux, snobées souvent, meprisées au pire, par la population locale.

Mes voisins directs, qui sont passés de 6 à 9 enfants pendant mon séjour ici, sans aucune nouvelle naissance (le dernier arrivé doit avoir environ 6 ans) et ne sont pas les plus calmes des habitants de l'immeuble (et de loin pas) passent régulièrement téléphoner de chez moi et me tiennent au courant, via la fille ainée, des évolutions les plus marquantes de leur histoire familiale (elle continue naturellement à me mentir en souriant quand elle me parle de ses nouveaux "frères" et "soeurs").

En tout cas, je serai content de quitter ce quartier, à cause des diverses nuisances dont je parlais plus haut, sans pouvoir ignorer le bruit insupportable des travaux nécessaires à la création des fameuses "résidences" haut de gamme (dont mon guignol préféré de chef est déjà co-propriétaire), mais je me rappelerai quand même que mes rapports étaient meilleurs avec mes voisins comoriens qu'avec les autres.

Quant à ma voiture, confortablement installée dans le "parking securisé" (dixit l'agence, qui a lourdement insisté sur ce point) elle y dort exactement comme elle dormirait dehors puisque, je le répète, tout le monde connaît le code du portail "securisé" et que ça fait des mois que les portières de mon AX pourrie ne ferment plus et que tout le monde s'en fout.

Bon, c'est vrai que je ferme ma porte à clé même quand je suis dans l'appartement parce les gosses d'à côté ont eu du mal à apprendre à frapper avant d'entrer et que le petit dernier est un roublard que je dois surveiller en permanence quand il entre chez moi, tant mes petites affaires éveillent chez lui une fascination cleptomane dès que je le lâche des yeux (personne n'est à l'abri d'avoir un "sale gosse", visiblement).

On entend les mêmes phrases ici sur les comoriens (mais certaines d'entre elles visent également les métros) que celles qu'on entend en métropole sur les arabes.

Ils envoient leur argent au pays, ils viennent ici pour les aides sociales, ils puent, ils ont plein de gosses, ils sont voleurs, menteurs, bruyants etc.

Et on fait peser directement sur des individus l'incompréhension voire le désaccord qu'on a avec la pseudo politique migratoire et les conséquences de l'histoire coloniale française (car les "arabes", comme les "comoriens" ont été – ou sont toujours – français).

Ce qui tend à prouver, à mon avis, que le racisme n'est ni plus important ni plus faible ici qu'en métropole (même si le contexte historique rend ses manifestations un peu différentes) et que le communautarisme, qui permet à des gens très différents de vivre pacifiquement sur la même île, ne fait donc rien gagner en ouverture d'esprit et en tolérance.

Il pose même un problème qui est moins marqué en métropole, en permettant à la majorité des gens (même de ma génération) de faire des généralités un peu puantes sur les autres communautés, qu'ils connaissent finalement assez peu.

Ce n'est pas agressif ni même raciste au sens propre du terme (parce que les créoles sont tous créoles et que personne n'en disconvient) mais ça sonne mal à mon oreille de jeune adulte ayant grandit dans le politiquement correct et dans l'humanisme gauchisant (parfois un peu aveugle) de la bien-pensante métropole.

Voila donc une des leçons que j'aurai apprises ici : Vivre avec des gens qui ont des cultures très différentes de la nôtre n'est pas une chose qui va de soi et il faut faire des concessions de tous les côtés pour y arriver. De tous les côtés.

Le "compromis" de la Réunion est souvent bien plus efficace que celui dont on a vu les conséquences dans les banlieues métropolitaines l'an dernier, mais je trouve qu'en terme de rapports humains il n'est pas très performant.

Trois jours après m'être esclaffé, ici, sur les déclarations de la petite Emilie-Jolie de la Star Academy, j'ai assisté à un débat dans mon bureau (qui est un véritable moulin à vent) sur les raisons pour lesquelles elle n'a pas gagné son télé-crochet.

"C'est normal, elle a trop de personnalité, elle ne voulait pas entrer dans le moule", "Elle était trop intelligente", "Elle suscitait la jalousie".

Et puis il y cette histoire de violon, qui l'a obligée à se rebeller contre ses profs, qui ne lui ont jamais pardonné.

Le concert s'est très bien passé et, évidemment, Emilie a bouleversé la foule de sa voix unique, et a pu faire avancer ses idées.

Le plus beau cadeau, c’est de venir ici voir à zot !, a hurlé la jeune femme
face à un stade déchaîné. Ce soir, moin na une petite pensée pou tout’ sak la pas gaign’ venir. Mi espèr’ la musique la Réunion va voyage loin, maloya tout sa la…” (JIR 07.06.2006)

La République avait sa Marianne, La Réunion a désormais son Emilie.

Et vive le maloya-tout-sa-la !

Un jour j'ai dit à une amie métro qui vit ici qu'il me semblait que la mauvaise foi était élevée au rang d'art sur cette île.

Sa réponse, très spontanée, fut : "Un art ? Tu rigoles, c'est une religion, oui !".

Cette formulation me paraît, en effet, plus précise.

Les exemples sont nombreux – et quotidiens – lorsqu'on vit ici, mais le plus percutant, à mon avis, est celui de l'esclavage.

Quand je suis arrivé ici j'ai découvert avec plaisir que si je perdais les deux jours fériés alsaciens, je récupérais le 20 décembre, date commémorative de l'abolition de l'esclavage à la Réunion.

Vaguement interessé, je demandais alors à mes collègues si des réjouissances étaient prévues. On m'a répondu que ma couleur ne me permettrait pas forcément de faire la fête et que seuls les cafres (créoles à majorité de sang africain) célébraient ce jour là, ce qui justifiait son nom de "Fête des Cafres".

Cette réponse m'avait alors beaucoup surpris car, en lisant un bouquin sur l'histoire de la Réunion, j'avais appris qu'il y avait eu plusieurs vagues de "traite d'esclaves" dont une venant de la côte de Malabar, en Inde, côte qui a d'ailleurs laissé son nom aux "créoles à majorité de sang indien et de religion indouïste".

Les "malbars" et les "malbaraises" – comme on les appelle aujourd'hui – pouvaient donc difficilement ignorer leur histoire.

Hé bien, si.

Le débat qui s'en est suivi fut des plus stériles et des plus déstabilisants pour moi. Un certain nombre de malbars, et notamment ma collègue préférée (laquelle, est-il besoin de le rappeler, est une connasse) m'ont répondu sans sourciller que la seule immigration indienne était postérieure à l'abolition de 1848 et était motivée par le commerce.

Or, cette vague d'immigration concerne en realité les indiens musulmans (dits "zarabs") qui détiennent tous les grands commerces de la Réunion aujourd'hui et lesquels, effectivement, n'ont jamais été esclaves.

C'est un détail, bien sûr, mais c'est le genre de détail qui me heurte.

Aucun d'entre nous n'est sûr d'être totalement lucide sur son pays, sa région ou sur soi, mais il me semble que la lucidité est tout de même un filon à creuser et que, lorsque les preuves sont aussi évidentes, il n'est pas sain de les ignorer, d'autant que pour couvrir ce mensonge là, on est obligé d'en proférer d'autres.

Ce genre d'arrangement avec la realité existe aussi en métropole, ce qui m'apparaît encore plus nettement vu d'ici (si j'en ai l'occasion je reviendrais volontiers sur la campagne référendaire de 2005) mais, et c'est une part de ma naïveté, je me dis que la vérité finit toujours par triompher.

Je crois que j'ai regardé trop de films américains.

Reportée pour des raisons chikungunyennes, la tournée "symphonique" (?!?) de la Star Academy s'arrête à la Réunion cette semaine.

Ce qui est un événement historique puisque pour les mécreants qui l'auraient oublié, Emilie Minatchy est possessionnaise, c'est à dire que sa famille habite juste à la sortie (ou à l'entrée si on vient de Saint-Pierre, je vous l'accorde) de la route du littoral.

Et pour ceux dont la mémoire serait encore plus défaillante je vous rappelle que Emilie est la "vraie" gagnante de la Star Academy puisque chacun sait que si la plateforme SMS d'Orange Réunion n'avait pas planté au beau milieu des votes, Emilie l'aurait largement emporté avec au moins 80% des suffrages vu que c'est la meilleure, que sa voix nous fait vibrer, que c'est une vraie artiste torturée, une musicienne chevronnée ayant largement fait ses preuves etc.

Il est de bon ton de ne pas accabler la pauvre petite Magalie, la gagnante par forfait, parce que la nature l'a déjà fait pour nous et que Emilie est tellement plus jolie, tellement plus mince, tellement plus intelligente, tellement plus sensible et tellement plus… carri-poulet.

On ne nous la fait pas à nous, quand on ira applaudir les "academyciens" (je suis sûr que ce mot va entrer dans le dico parce qu'il doit flatter les "immortels" de l'Académie Française) au petit Stade de l'Est, après s'être garés sur le parking de Carrefour (ça ne s'invente pas) on ne verra qu'elle ! Et on exhibera fièrement nos GSM de chez SFR-Réunion (ben oui on a compris la leçon) sur lesquels la touche 2 est la plus usée et la plus enfonçée.

Et ensuite on racontera à nos arrière-petits enfants, comment la Réunion a retrouvé ses lettres de noblesse en 2006 grâce à la fabuleuse victoire d'Emilie au grand concours international de l'Eurovision, l'élection d'Emilie à la présidence du Conseil Général, Emilie qui marche sur la mer à Boucan-Canot, Emilie qui multiplie les pains au pique-nique dominical à Grand-Coude et les guérisons miraculeuses consécutives à l'écoute de ses albums à l'hôpital de Bellepierre.

Evidemment la presse péï publie des interviews de la jeune philosophe ces jours-ci, histoire de faire monter la mayonnaise et, à leur lecture, j'ai pensé à un nouveau slogan :

Pour faire penser Emilie, tapez… fort !

Bonsoir

– Oh bonsoir, vous allez bien ?

– Ah oui ça va et vous ?

– On fait aller, hein. Et vos enfants ?

– Ca pousse, ça pousse.

– Ah ben c’est bien, et ils vont bien ?

– Oh ben vous savez ce que c’est hein ?

– Ah oui, je vois très bien ce que vous voulez dire.

– C’est pas gagné, quoi.

– Mais vous savez rien n’est gagné en ce bas monde.

– C’est vrai, c’est vrai.

– Et puis, je vais vous dire, l’essentiel c’est la santé. Si la santé va tout suit.

– Vous savez quoi ? Je crois bien que vous avez raison.

– Bon ben je vais devoir y aller, je suis contente d’avoir pu parler avec vous.

– Moi aussi. Bonne soirée.

(entendu à la caisse de Score Chatel ce soir à 19h10).