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"La Bretagne des traditions celtiques, une île mystérieuse entourée d'écueils meurtiers, des cadavres qui disparaissent et des disparus qui renaissent…

Une formule mystérieuse : Quatre femmes en croix, trente cercueils, la Pierre-Dieu qui donne mort ou vie.

Cette histoire à rebondissements nous entraîne sur les traces de Véronique d'Hergemont qui sera la victime d'une machination diabolique."

Voila pour le résumé officiel, qui, encore une fois, ne nous transporte pas directement vers le vidéo-club du coin.

Moi j'étais tombé par hasard sur une scène qui m'avait marqué, lors de la diffusion initiale de cette série française, fin 1979.

Un homme et une femme sont piégés dans une grotte donnant sur la mer, sans possibilité de s'échapper. La grotte est équipée d'un plancher mécanique, qui se met brutalement à monter, poussant petit à petit le couple vers le précipice et vers la mer.

A l'époque, j'allais bientôt fêter mon anniversaire de 6 ans (ce qui n'est sans doute pas le meilleur âge pour voir un truc pareil) et ma curiosité avait été piquée, d'autant plus que je n'avais pas vu le dénouement de cette fameuse scène et que je n'ai jamais vu le reste de la série… jusqu'à aujourd'hui.

En fait il s'agit d'une femme (Claude Jade, voir photo), infirmière durant la première guerre mondiale (car la série date de 1979 mais l'action se déroule en 1916) qui travaille le plus possible pour oublier un très douloureux passé, qui va la rattraper d'une façon un peu étrange et l'attirer vers une île bretonne (probablement imaginaire), l'île de Sarek, surnommée l'Ile aux Trente Cercueils, sur laquelle elle espère retrouver son fils et son père, morts dans des circonstances terribles quatorze ans plus tôt.

Ce qu'elle y découvrira surtout, c'est une funeste prophétie, qu'une population superstitieuse craint depuis des siècles, un homme mégalomane et avide de pouvoir et… je n'en dit pas plus. Elle aura toutes les peines du monde à comprendre la verité et surtout à survivre.

Inspirée d'un roman de Maurice Leblanc, ce qui m'a mis plutôt en confiance, réalisée par Marcel Cravenne (non, non pas Wes Craven, mais ça fout les jetons quand même) avec une musique sympathique et totalement désuète, la série vaut quand même carrément qu'on lui consacre les cinq heures qu'elle dure.

Certains disent qu'elle a mal vieilli, que c'était mieux dans leurs souvenirs et qu'on a désormais largement depassé cette façon de faire de la fiction.

Sans doute. Mais moi je pense que l'histoire n'a pas pris une ride, même si c'est vrai que les dialogues et le jeu des acteurs sont un peu théatraux, les plans assez bizarres et l'histoire cousue de fil blanc.

Umberto Eco (dans Comment voyager avec un saumon ?) expliquait que le meilleur moyen de savoir si on était devant un film porno était de compter le temps qu'il fallait à un individu pour se rendre d'un point A à un point B (il s'arrête au feu rouge, la voiture est filmée à chaque virage, le "héros" coupe le contact, ferme sa portière, sonne à la porte, monte les escaliers, ce qui fait que le moment où il enlève enfin son slip est singulièrement retardé par la mise en scène), et si on a cette règle en tête en regardant l'Ile aux Trente Cercueils on peut croire, dans un premier temps, qu'on est devant un film cochon.

Alors qu'en realité on est devant un film d'épouvante. A la sauce Hitchcock.

Alors il faut être patient, avoir bu un café et probablement éviter de regarder les cinq heures d'affilée (parce que si le réalisateur à envie de vous montrer une vague pendant plusieurs secondes alors que ça n'apporte rien à l'intrigue, il n'hésitera pas, vous êtes prévenus).

Mais, ces précautions oratoires prises, on passe un très bon moment à regarder cette histoire étrange. Les meurtres, les crucifixions, les mensonges, les faux semblants, la tension des personnages ou les rebondissements (assez fréquents) sont surtout là pour pousser notre imagination à nous faire peur.

Le parti pris de la mise en scène en "plan séquence" (le "film porno" d'Eco) quoiqu'un peu déstabilisant au début, se révèle assez vite une excellente façon de s'identifier au personnage et de sentir monter la pression.

Même le casting est soigné, la plupart des acteurs ayant réellement la tête de l'emploi, dont certains des physiques inquiétants ou diaboliques.

La schizophrénie, la paranoïa, la claustrophobie, l'insularité névrotique (hé hé, ça tombe bien) sont suggérées de façon très pragmatique (c'est Leblanc), ce qui fait qu'on a une réponse à toutes les bizarreries ainsi qu'à l'explication du comportement de chacun des personnages.

Rien n'est laissé au hasard et ça j'aime bien.

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Jim Profit, jeune cadre supérieur fraîchement débarqué au département des acquisitions de la prestigieuse compagnie Gracen & Gracen, est un homme dangereux. Son but : parvenir au sommet, et par n'importe quel moyen. Jim Profit, un être odieux, cynique, vicieux et arriviste… Qui est-il? Pourquoi tant de perversité?

Bon ça c'est le résumé officiel. Mais je trouve que résumer deux scènes du pilote donne encore plus envie de jeter un oeil à cette série particulièrement bizarre, dont le héros est un psychopathe auquel on finit presque par s'identifier, au bout du compte.

Première scène du pilote : Pendant le générique, la caméra se balade dans un appartement américain, avec une vue splendide. Tout est propre, neuf et decoré sobrement. L'appartement donne l'impression que personne n'y vit. Au fond de l'appartement, il y a un aquarium à côté duquel une porte cachée s'ouvre, laissant sortir Adrian Pasdar (Jim Profit dans la série, mais aussi l'avocat de Carlos Solis dans Desperate Housewives) nu.

Déjà je trouve que le ton est donné. Les apparences sont donc trompeuses et ça va être un des sujets de la série.

Autre scène du pilote : Une jolie blonde à peine plus agée que le héros, le colle contre le mur et l'embrasse fougueusement (sur la bouche, évidemment). Jim Profit se laisse faire, avec un regard étrange et, une fois le baiser fini, dit : Bonjour, Maman.

Les apparences, encore. Et on comprend que la série, véritable bouillon de culture névrotique, va beaucoup jouer sur les tabous.

La série, qui date de 1996, a été déprogrammée aux Etats-Unis après la diffusion de 4 épisodes. Officiellement pour des raisons d'audience. Mais bon vu le ton de la série, il n'est pas impossible aussi qu'elle aie un peu trop choqué.

Il faut se remettre dans le contexte aussi, le film American Beauty et des séries comme Six Feet Under ou Desperate Housewives n'existaient pas encore. Le côté glauque et anti-politiquement correct de la série a du effectivement braquer un peu le puritanisme américain (en France, les 8 épisodes de la série ont été diffusée avec succès sur Canal Jimmy).

Bon du coup, il y a des défauts.

D'abord le fait que ce qui était très choquant en 1996 l'est nettement moins en 2006 et on est moins conscients, en la voyant aujourd'hui, du côté radical de la série.

Et puis il y a la technologie utilisée, qui se veut moderne mais qui est un peu ridicule aujourd'hui. Pas de téléphones portables mais des gros terminaux dans les voitures, Profit qui joue en permanence avec un ordinateur passant des images en 3D un peu comme dans le film "Le Cobaye" (en moins bien) et qui nous rappellent que, même si on n'a pas forcément fait très attention à ça, la technologie qui nous entoure aujourd'hui était encore de la science-fiction il y a à peine 10 ans.

Et le pire des défauts c'est que la série est inachevée, évidemment. Heureusement que le dernier épisode clôt quand même quelques intrigues, mais il vaut mieux savoir qu'il n'y a pas de fin avant de se lancer parce que sinon c'est horriblement frustrant.

Le coup de bol aussi, c'est l'acteur principal. Son interprétation est excellente, ses regards, ses attitudes, ses émotions sont parfaitement contrôlées et permettent de comprendre le personnage au delà de ce qu'il dit, ce qui devient rare, surtout dans les séries.

Et surtout, même s'il est beau gosse, presentée de façon plutôt sexy, on n'arrive jamais à s'y attacher. On a même presque du mal à le juger.

Bref, c'est jouissif de cruauté, d'hypocrisie, de bêtise et d'orgueil, moi ça m'a bien eclaté et je vous conseille vivement cette série.