La pragmatique Ségolène Royal a donc « tendu la main » à un François Bayrou moins critique à son égard qu’à celui de Nicolas Sarkozy.

La solennité de l’évenement, même s’il est dû à un calcul politicien immédiat, doit être souligné.

En 2002, la réélection d’un impopulaire chef d’état à 82% des voix dénotait, quelles qu’en soit les circonstances, une crise politique majeure pour notre vieux pays.

Cinq ans plus tard, la participation record au premier tour de la présidentielle et la claque que se sont pris les candidats représentant les extrèmes de droite et de gauche, montrait que les électeurs avaient compris la leçon et acceptaient de faire confiance (bon gré, mal gré) aux trois représentants des partis qui avaient réellement l’intention de gouverner.

Mais en tirant les enseignements de l’élection de 2002, les trois « jeunes premiers » ont profondément modifié le paysage politique et une fois les cartes redistribuées dans leurs mains par 85% des électeurs, ils sentent confirmées leurs statégies de premier tour.

Il est clair (à plus de 31%) que le président de l’UMP a eu raison de « droitiser » le discours de son camp pour piquer les électeurs d’extrème droite, et il est net (à plus de 18%) que le président de l’UDF a eu raison de remettre en question son alliance avec la droite sans se marier avec la gauche.

Les choix des deux hommes comportent des risques, dont on n’a pas fini de nous rebattre les oreilles, parfois à juste titre, mais la révolution que Royal se propose de faire dans les consciences de gauche est plutôt de l’ordre du quitte ou double.

En tendant la main, donc, au président du futur Parti Démocrate (appelé à remplacer l’UDF) la compagne du premier secrétaire du PS décide, subitement, de proposer le fameux aggiornamento que la gauche française n’avait jamais tenté.

Celle que j’appelais Mitterande rompt avec la stratégie d’alliance à gauche qui avait fait gagner son mentor politique en 1981 et amené Jospin à gouverner pendant 5 ans, et joue son avenir politique personnel avec un sang-froid qui force le respect.

Car soit elle gagne le 6 mai et elle devient alors l’incontestable leader d’une nouvelle gauche, une femme d’état dont l’empreinte politique sera durable, soit elle perd et elle sera instantanément balayée par la foule de ses contradicteurs dans son propre camp, qu’elle vient de déstabiliser une fois de plus.

[Vous me direz, Sarkozy et Bayrou risquent leur avenir aussi. Mais vu leurs résultats au premier tour et le fait qu’ils sont déjà les chefs de leurs camps réciproques, un passage dans l’opposition serait vécu comme une petite traversée du désert en attendant 2012.]

Alors si Royal nous a déjà prouvé qu’une femme est un homme politique comme les autres (pour le meilleur et pour le pire, d’ailleurs), elle est en train de nous prouver qu’elle a, si je puis me permettre cette expression particulièrement machiste, « des couilles de taureau ».

De plus, en tentant de prendre une longeur d’avance sur son électorat, Royal se pose en chef d’état visionnaire ce que Sarkozy, malgré ses qualités politiques incontestables, n’a jamais réussi à faire.

NDH : Aggiornamento, « mise à jour » en italien, est un terme qui avait été utilisé en français pour définir la volonté de changement du concile Vatican II et qui a été repris, ensuite, pour définir le changement de culture des gauches européennes après l’effondrement du communisme soviétique.

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