Enfin, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, on commence un peu à s’amuser.

Le dernier qui m’a faire rire aura été (qui l’eût cru ?) le candidat de l’UMP, qui se décide à attaquer sa concurrente socialiste sur la nouvelle pomme de discorde gauche-droite (et qui jusqu’ici faisait partie des thèmes de l’éternel candidat frontiste) : l’identité nationale.

«Il y a une semaine, Ségolène Royal et François Bayrou disaient que j’avais tort. Madame Royal, avec le sens de la modération qu’on lui connaît maintenant, prononçait même le mot ignoble. Après avoir prononcé ce mot ignoble il y a une semaine, elle fait un discours entier sur l’identité nationale». «Je ne lui en veux pas, c’est bien qu’elle comprenne».

Ca c’est de la belle attaque ! Sportive, frontale, civilisée. On pourrait même trouver que sur ce point Sarkozy fait preuve d’un certain panache.

Jusqu’ici il y était allé mollo, en parlant de sa rivale, parce qu’il était un peu gêné aux entournures et craignait que chacune de ses attaques ne se retrouve soulignée en rouge avec, dans la marge, la remarque « sexiste ».

Ce qui était plutôt une bonne stratégie et pas seulement sur le plan moral, puisque Royal a déjà montré qu’elle était fort capable de trouver du sexisme là ou il n’y en a pas et de se poser en victime de la grosse méchante société machiste, même dans les quelques cas où le problème ne se pose pas.

Or il fallait bien commencer à l’attaquer, Mitterande, non seulement parce que le futur ex ministre de l’intérieur commence à baisser dans les sondages, mais aussi parce qu’elle commence à devenir bonne.

Depuis cette semaine, notamment, il semble que la picto-charentaise ait trouvé son ton, ses arguments et, surtout, retrouvé sa liberté de parole, celle qui lui avait permis de rafler le P.S. au nez et à la barbe (n’est-ce pas particulièrement le cas de le dire ?) de ses petits camarades.

Jusqu’à ces derniers jours, j’écoutais les discours de la candidate en baîllant, bercé par la solide langue de bois dont elle avait toujours fait preuve (je n’ai d’ailleurs jamais compris où les médias avaient trouvé le fameux « parler vrai » qui, d’après eux, justifiait son extraordinaire succès dans les sondages l’an passé).

Pendant ce temps, Sarkozy utilisait les mots des gens, quitte à parler de « racaille » et de « kärcher » pour se faire comprendre alors que l’énarque socialiste utilisait des phrases pompeuses qui, régulièrement, ne nous donnaient aucune idée de son opinion et nous faisait même douter qu’elle en avait une.

[Du coup, j’entendais souvent, chez les éminents spécialistes politiques (ma boulangère, la brave petite dame du pressing et autres passants enthousiastes) la phrase « moi je voterai bien pour Sarko, parce que lui au moins je comprends ce qu’il dit ».]

Mais, alors que Sarkozy avait decidé de parler d’une voix plus grave et plus calme, et qu’il semblait de moins en moins naturel et de plus en plus coinçé dans sa posture de rassembleur, Royal commençait à moduler son ton, à associer son regard aux mots qu’elle employait, à montrer sa pugnacité, bref, à devenir crédible.

[Juste pour observer ces deux phénomènes – et si d’aventures leurs programmes vous intéressaient – je vous conseille chaleureusement les deux éditions spéciales de France Europe Express des 17 et 18 mars, disponibles gratuitement ici]

Alors quand Sarkozy commence à prendre les propos de Royal à la rigolade comme il l’a fait (sur un sujet qui prête pourtant peu à l’humour, surtout dans sa bouche) je me dis que c’est une bonne nouvelle.

C’est une bonne nouvelle, parce que s’ils commencent à se lâcher tous les deux et à entrer dans une bataille frontale, on pourra peut-être oublier un peu tous les inutiles autres candidats(*) et profiter d’un beau match.

Parce que je continue à penser que si on accepte de fermer un peu les yeux sur leurs lourdingues recours à la démagogie poisseuse, le duel entre ces deux là sera sportif, de qualité et que leurs idées et thêmes respectifs gagneront en profondeur et en crédibilité s’ils s’affrontent au second tour.

Au fait, si vous ne savez pas trop qui défend les idées qui vous conviennent le mieux, je vous conseille ce test sur le site du Monde.

(*) Pourquoi s’embarrasser de précautions oratoires quand on sait que dix candidats sur douze n’ont pas les moyens de gouverner, et que certains d’entre eux n’en ont même aucune envie ? Doit-on vraiment voter pour ceux qui ne pensent qu’à financer leurs partis ?

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