Les interventions de Ségolène Royal ont tendance, ces derniers jours, à être qualifiées de « quitte ou double », tant la campagne de la madone au tailleur blanc continue de traverser des « trous d’air » (selon le cliché à la mode).

Le dernier « quitte ou double » ségolien a eu lieu hier soir, dans l’évenementielle « J’ai une question à vous poser » de TF1.

Il semble que l’émission en question ait pour objectif de servir la soupe aux candidats interrogés tant on s’aperçoit que les français, s’ils sont « experts de leur quotidien », ne le sont pas de la politique et ont une fâcheuse tendance à ne voir les choses que par le petit bout de la lorgnette. C’est le moment, sans doute, de se souvenir que les journalistes et autres analystes politiques ou sondagiers ont – pour certains d’entre eux, en tout cas – retenu deux trois bricoles de leurs longues années d’études. Bricoles qui leur permettent de contredire les élus, de les mettre en difficulté, voire de les pousser à bout afin de « briser la langue de bois » une fois de temps en temps.

Donc, s’il est clair que cette émission ne sert pas à grand’chose sur le fond, elle est sans doute utile sur la forme. Elle a permis, en effet, de confirmer que Sarkozy tiendrait la route jusqu’au bout (ce qui n’était pas évident il y a seulement quelques semaines) et de démontrer, hier soir, que Royal tiendrait également la distance et que sa personne intéressait encore les français, lesquels étaient 700.000 de plus à la suivre qu’ils n’étaient à suivre son rival de l’UMP quinze jours auparavant.

[Lang va jusqu’à dire, aujourd’hui, que cette audience de 8,9 millions de péquins est même un record historique qui ne trouve son égal que 15 années en arrière, oubliant avec la merveilleuse mauvaise foi qui le caractérise, que Chirac avait réuni plus de 20 millions de « cerveaux disponibles » lorsqu’il a (non-) promulgué le C.P.E. en 2006.]

Autrement dit, Sarkozy et Royal s’affronteront jusqu’au bout et ont des chances équivalentes de l’emporter, même si Lady Nunuche (dixit Le Pen) adore se faire plaindre sur le fait que ce soit « tellement plus difficile pour une femme » oubliant au passage que personne à droite n’a tellement facilité l’ascension de Sarkozy ni de n’importe quel ambitieux ou ambitieuse dans n’importe quel parti.

Reste donc la nouvelle et délicieuse inconnue de la campagne présidentielle de 2007 que personne n’avait vraiment anticipée : la progression continue du centriste béarnais dont on nous dit aujourd’hui qu’il battrait indifféremment la gauche ou la droite au second tour (sans nous expliquer, d’ailleurs, comment il ferait pour passer le premier).

Bayrou profite donc de la stratégie qu’il a démarrée en 2002 lorsqu’il gifla un gamin qui lui faisait les poches pendant la campagne présidentielle, lorsqu’il gifla également la droite de Juppé et de Sarkozy pour conquérir son indépendance et en reprenant, dernièrement, quelques antiennes paranoïaques de l’extrème-droite (théorie du complot et autre défiances sur les « puissants »).

« L’extrème-centre » sera donc une des clés du premier tour de scrutin de la présidentielle 2007 et jouera incontestablement un rôle dans le déroulement du second.

Qui l’eût cru ? Surement pas moi.

Mais si Bayrou installe le centre dans la campagne présidentielle, j’y vois au moins deux avantages : d’abord que le vote contestataire (ni droite ni gauche) puisse être personnifié par quelqu’un d’autre que Le Pen et, ensuite, que les candidats UMP et PS soient obligés de prendre en compte quelques éléments inexistants dans leurs discours du moment (notamment au sujet de l’Europe).

Voila qui donne une idée des futures gesticulations de nos trois candidats préférés dans les jours, voire dans les semaines, qui viennent.

NDH : Ca n’a rien à voir mais ce blog fête aujourd’hui ses un an et près de 10.000 connexions (ce qui peut se fêter par un grand concours de « qui fait pipi le plus loin », non ?).

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