De l’avis général (à l’exception de la droite, naturellement) l’entrée en campagne de Ségolène Royal hier à Villepinte est une réussite.

Elle a trouvé un ton, un rythme, et a réussi à devenir la candidate de gauche qu’elle n’avait jamais été (on ne peut plus dire « candidate socialiste » puisqu’elle représente également les radicaux de gauche et les chevènementistes).

De plus, la salle bondée de militants enthousiastes et la présence des Fabius, DSK et autres éléphants jusqu’ici plus discrets, a donné une légitimité toute neuve à une candidate qui en avait besoin, particulièrement depuis l’entrée en campagne officielle de son principal rival, Sarkozy, qui chasse sur ses terres au cri de « Blum » et de « Jaurès » depuis la mi-janvier.

Il y a bien quelques réserves qui sont apportées sur les manques de ce discours « fondateur » (selon l’adjectif cliché à la mode) concernant la fiscalité, les recettes, l’europe ou la politique internationale, mais dans l’ensemble, les observateurs politiques parlent d’une examen de passage réussi.

En ce qui me concerne, j’ai relevé trois choses qui m’ont déçu, surpris et fait mourir de rire.

D’abord j’ai trouvé décevant que « Mitterande » fasse monter la mayonnaise autour de ses débats participatifs en annonçant qu’on va « voir ce qu’on va voir » pour finir par nous recracher le programme du P.S. (dont j’ai déjà dit ici que je ne le trouvais pas bien bandant) décoré de quelques bribes de « ségolisme » sur l’encadrement militaire ou les jurys citoyens.

J’ai trouvé surprenant qu’après avoir tenté (plutôt avec succès) d’incarner une sorte de renouveau à gauche, elle reprenne le très démagogique et (donc) très fabiusien « SMIC à 1.500 euros » histoire de remplir les premiers rangs de la salle avec ceux dont elle disait plus ou moins fort qu’elle ne les remettrait pas en selle si elle était élue (notamment Aubry, Fabius et autres Delanoë). Obligation de jouer la ressembleuse, sans doute.

Mais le plus beau passage, de mon point de vue, fut celui sur les banlieues.

D’abord c’est la première fois que la candidate prend des accents de présidente, tente de montrer qu’elle a des convictions et exploite la faille que représente, dans le bilan de Sarkozy, le soulèvement des banlieues de la fin 2005.

Ce passage était donc d’une grande importance à la fois sur le plan stratégique et sur le plan de la « cristallisation émotionnelle » puisqu’elle nous a fait le coup des trémollos dans la voix.

Pour ma part, j’ai bien ri lorsqu’elle a commencé à dire que c’était en tant que mère qu’elle avait envie de régler le problème de « ces jeunes » et qu’elle a pris le ton regardez comme je suis sincère et comme ça me prend aux tripes en disant « ce projet je l’ai, là [poing fermé sur le ventre], chevillé au corps ».

C’était beau comme l’antique.

***

« Sarkozy se réclame de Jaurès ? Mais dites-moi, ils est depuis longtemps maire de Neuilly, je crois. Vous connaissez une rue, avenue ou un boulevard Jaurès à Neuilly ? » (citation approximative – Hollande dans Ripostes sur France 5).

C’est pas finement joué, ça ?

Publicités