Si la campagne présidentielle, déjà largement entamée, nous a surtout montré l’efficacité du souvenir de 2002 pour les deux partis dominants (par les retraits successifs de Taubira, Chevènement, Boutin, par exemple) elle nous montre en ce moment les limites de ces « pactes d’avant premier tour » par les parcours solitaires et contradictoires de mes deux petits chouchous du moment : Marie-Georges Buffet et Nicolas Hulot.

Buffet, d’abord, est en train de vivre une période difficile, qui est la suite logique du rejet, en 2002, de la « gauche plurielle » en général et du PCF en particulier (Hue avait fait 3,37%).

Du coup, elle a été obligée de recentrer son discours vis à vis du PS et croit pouvoir sauver les restes du PCF grâce aux « collectifs anti-libéraux » qui s’étaient engagés avec lui dans la campagne pour le « Non » au référendum européen.

Mais cet espoir semble en train de s’effriter. La LCR et LO ont déjà annoncé qu’elles seraient candidates de toutes façons et Buffet s’obstine à se présenter comme la candidate anti-libérale idéale dans le but de sauver les meubles communistes.

C’est, à mon avis, le non-dit de l’actuel fouillis observé ces temps-ci chez les « anti-libéraux ».

La victoire du « Non » au référendum de 2005 leur avait donné une chance historique de se regrouper et de faire entendre un discours, qu’on veut bien croire sincère, sur la remise en question de la « société capitaliste ». Un regroupement entre LO, LCR, PCF et les différents « collectifs » ayant une chance de retrouver, voire de faire progresser, le score qu’ils faisaient séparément en 2002 (déjà au-delà de 10%).

Las, les stratégies personnelles et partisanes auront tellement embourbé ce « grand soir » qu’il est désormais probable que chacun de ces groupes se présente de nouveau séparément et ne pèse pas sur le deuxième tour, c’est à dire sur la politique de rassemblement qui sera effectivement menée ensuite.

De son côté, Hulot a pris le pari, et le risque, de peser pendant la campagne présidentielle en se faisant le porte-parole de plusieurs associations, collectifs ou experts écologistes, afin de faire passer 5 propositions concrètes, incluses dans un « pacte écologique » qui doit réveiller nos consciences et nous préparer à un futur qui ne s’annonce pas radieux.

Sa menace était claire : si aucun des leaders politiques ne l’entendaient, il se verrait dans l’obligation de se présenter à la présidentielle.

Classe ! Et sans doute une démarche efficace.

Le principal problème (« pardon de le dire« ) c’est qu’il est aujourd’hui contraint de se présenter par fidélité à ses convictions, mettant de côté sa vie personnelle et son émission sur la très écologique (?!?) TF1 et qu’il est surtout contraint de débattre alors qu’il n’est pas un extraordinaire rhéteur.

C’est grâce à sa popularité que Hulot a réussi à obtenir autant d’attention de la part des citoyens, lesquels semblent prêts à l’écouter sur des sujets où ils le sentent sincère, mais c’est à cause de sa popularité que le ton commence à monter du côté des partis politiques qui craignent les 10% d’intentions de vote dont le présentateur télé est actuellement crédité.

Hulot est conscient de ses limites face à des professionnels du débat politique et il est vrai (« pardon de le dire« ) que ça commence à se voir.

Ces deux personnages sont donc contraints de se présenter, quitte à se tirer une balle dans le pied.

Qui peut imaginer que Buffet se retire en admettant que l’empreinte de son parti pèserait trop lourd sur le résultat électoral d’une « candidature de rassemblement anti-libéral » ?

Qui peut imaginer que Hulot se retire parce que Royal et/ou Sarkozy auraient suffisamment pris en compte ses propositions ?

***

Et maintenant une petite devinette :

Qui est l’ancien premier ministre français qui s’est battu en 2005 pour le « Non » uniquement avec sa bouche et tout en disant « Oui » avec ses doigts ? Qui a jugé que Hulot serait prêt au calcul personnel et lui a proposé d’être « vice-premier ministre du développement durable » en échange de son retrait ?

Qui s’est invité chez les anti-libéraux, et notamment à la Fête de l’Humanité, en espérant devenir le leader du « Non » pour la présidentielle de 2007 ? Qui a cru représenter les ouvriers en disant qu’il regardait « Star Academy » et qu’il aimait les carottes rapées ?

Et, enfin : Qui va se retrouver le bec dans l’eau en avril 2007 et n’aura plus qu’à se trouver une île bretonne ou il pourra jouer à « qui fait pipi le plus loin » avec son meilleur ennemi ?

Publicités