On va recruter une personne handicapée pour occuper un poste chez nous, ça te tente de faire partie du jury pour les entretiens ?

Ne me sachant pas officiellement qualifié pour la fonction, je me suis senti obligé de le rappeler à mon chef qui insista malgré tout :

D’accord, mais tu en as envie ?

Dans la mesure où ce monsieur a saisi assez vite, chez moi, le syndrôme de Kévin, lequel me fait, régulièrement, donner mon avis sur des choses qui, dans le fond, ne me regardent pas, et sur lesquelles je n’ai pas toujours suffisamment d’éléments pour la ramener(*), il savait que la réponse ne serait pas négative. Elle ne le fut d’ailleurs pas.

Plutôt, oui.

Si fait.

Le jeu consistait, en une matinée, à rencontrer cinq personnes d’âges et d’expériences diverses, toutes qualifiées pour un poste qui n’est, chez nous, pas considéré comme particulièrement prestigieux.

Cinq dames rougissantes, ayant vécu des expériences professionnelles tantôt douloureuses, cahotiques, tantôt agréables mais sans lendemain.

Je me suis déjà retrouvé face à un jury dans des circonstances diverses, qui n’étaient pas toujours aussi solennelles, et le fait de changer de rôle me paraissait être une expérience un peu grisante.

Et c’est vrai que ça l’était un peu. Ceci dit, 5 personnes, habillées sur leur 31, bafouillant des banalités en tentant de retrouver leur naturel seules face à 5 autres qui essayent de ne pas leur rendre les choses trop pénibles sans jamais oublier l’enjeu, est une scène qui n’est pas restée longtemps exotique.

Parce qu’en dehors du fait de comprendre si la personne pouvait tenir le poste, s’y plaire au moins quelques années (tant qu’à faire) et s’adapter à l’équipe en place, il s’agissait aussi de décider de qui n’aurait plus jamais à s’inquiéter de son avenir professionnel (nous les fonctionnaires, ont a cette chance parfois un peu à double tranchant) et de qui continuerait, au moins encore quelque temps.

Au terme des entretiens, la décision a été prise tout de suite, et personne ne s’est bouffé les ongles trop longtemps (comparativement aux mois de d’attente précédant les résultats d’un concours de nout’ministère, par exemple).

Quatre personnes doivent tirer un peu ou beaucoup la gueule, ce soir, mais il y en a une qui roule sous la table, dégoulinante de champagne et se croyant sur un petit nuage, prête à plaquer sa énième mission d’intérim le sourire aux lèvres et sans se soucier de la suivante.

Ma journée de travail m’a paru plus utile que pas mal de celles qui l’ont précédée.

***

(*) Je tiens à préciser, à ce propos, que l’inverse est également vrai de temps en temps, et que personne ne devrait l’ignorer.

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