Au moment où va aboutir le projet de chaîne internationale française de l’information (qui portera finalement le nom de France 24), Chirac-président verra la concrétisation d’une idée qu’avait lançée Chirac-premier-ministre en… 1987.

Et c’est, peut-être, le moment de rappeler l’empreinte que laissera Chirac sur bon nombre de réformes qui ont touché, voire révolutionné, le paysage audiovisuel français.

Petit retour en arrière.

En 1949, la Radio-Télédiffusion Française (RTF) est créée (en lieu et place de la Radio-Diffusion Française – RDF) et s’occupe, notamment, de la seule chaîne de télévision française, qui émet depuis 1935 et qui a survécu à l’occupation allemande. Radio-PTT Vision, devenue Fernsehender Paris sous l’occupation, puis Paris-Télévision, devient la RTF.

En 1963, la RTF lance une seconde chaîne de télévision, baptisée « Chaîne 2 » et dès 1964, le général de Gaulle crée l’ORTF, sur le modèle de la BBC britannique. Et c’est l’ORTF qui va lancer la troisième chaîne française, « Couleur 3 », en 1972.

Arrivé en 1974 à Matignon, Chirac va concrétiser le projet d’éclatement de l’ORTF en sept organismes disctincts, dont Télévision Française 1 (TF1), Antenne 2 et France-Régions 3 (FR3).

C’est la première révolution audiovisuelle chiraquienne. Ce n’est pas son idée, mais c’est lui qui la met en oeuvre.

Mitterand, devenu président, ouvre les canaux hertziens aux entreprises privées et « offre » la quatrième chaîne à Havas (TVCS, devenue canal 4, devenue Canal +), en 1984, la cinquième au désormais célèbre Berlusconi, qui crée La Cinq en 1986 et la sixième à Publicis, qui ouvre TV6 en 1986.

De retour à Matignon pendant la première cohabitation, Chirac s’engouffre dans la voie ouverte par le chef de l’état et lance un appel d’offre, destiné à privatiser TF1 (alors que c’est FR3 qui devait initialement y passer), qui fait baver les groupes privés Hachette, Lagardère et Bouygues. C’est officiellement le « mieux-disant culturel » (qui a connu l’aboutissement que l’on sait) proposé par l’entreprise de BTP qui permet à Françis Bouygues de rafler la mise pour 3 milliards de francs en 1987. Chirac en profite pour annuler la concession de TV6 et offre le sixième canal à RTL et la Lyonnaise des Eaux qui créent Métropole-Télévisions (M6) en 1987.

C’est la seconde révolution audiovisuelle chiraquienne, qui marquera les esprits et qui ouvrira un serpent de mer (désormais oublié), celui de la privatisation d’Antenne 2.

Puis, c’est sous un gouvernement de gauche que les deux chaînes publiques se regroupent (1989), puis se rebaptisent (1992) France 2 et France 3, que La Sept émet ses premiers programmes (1989), vite absorbée et remplacée sur les ondes par l’européenne ARTE (1992) et c’est Balladur qui créera La Cinquième en 1994, sur le canal laissé vacant par le traumatique décès de La Cinq en 1992.

C’est encore sous un gouvernement de gauche, celui de Jospin, que les restes de la télévision publique connaissent une nouvelle révolution, en 2000, lors de la création de la holding France Télévisions S.A. qui absorbe La Cinquième (qui deviendra France 5 en 2001).

Et c’est sous la présidence de Chirac que se produit, de nouveau, une révolution qui marquera l’histoire de la télé française, l’avènement de la télévision numérique terrestre (TNT) en 2005 et la création, dans la foulée de France 4 (ex-Festival avec un petit bout de ARTE dedans), Direct-8 (groupe Bolloré), W9 (groupe M6), NT1 (groupe AB, les producteurs de Dorothée dans les années 90), NRJ 12 (groupe NRJ, qui avait participé à la création de TV6, dans les années 80), Europe 2 TV (Lagardère n’avait pas eu TF1 mais il aura sa chaîne quand même) et Gulli (un peu de France Télévisions, avec des vrais morceaux de Lagardère dedans) tandis que les existantes TMC (ex-Télé Monte Carlo), LCP/AN, BFM TV et I-Télé (groupe Canal +) deviennent accessibles gratuitement. Et c’est aussi sur décision de Chirac que France Ô (l’ex-RFO Sat, chaîne métropolitaine sur l’outre-mer) rejoindra bientôt ses petites camarades sur le réseau numérique.

Et c’est dans quelques semaines que la chaîne française d’information internationale finira enfin par voir le jour, après 19 années de valse hésitation (un pas en avant, deux pas en arrière).

En 1987, le premier ministre demande un rapport sur l’information française à l’étranger. Le rapport, qui indique une fragmentation trop importante d’icelle, souffle à Chirac l’idée d’une chaîne qu’on appelera par la suite « la CNN à la française ».

Chirac n’aura pas les coudées franches avant son élection à la présidence, et il attendra 1997 pour demander à son premier ministre Juppé de plancher sur une Télévision Française Internationale (Télé-FI).

Encore un coup à gauche et un coup à droite et, ironie de l’histoire, c’est le fait que les chaînes américaines d’information continue aient coupé au montage les applaudissements soutenus qu’a recolté Villepin lors de son fameux discours sur l’Irak devant le Conseil de Securité de l’ONU (2002) qui donnera finalement des ailes au projet.

Télé-FI devient CFII ou CF2I et récolte bientôt un budget et une équipe dirigeante, mais n’émet toujours pas.

Le sac de noeuds de sa création retardera finalement le projet jusqu’à cette année 2006, ou l’hybride fille de TF1 et de France Télévisions verra le jour sous le nom de France 24 (parce, décidémment, « France 1 » ne plaisait pas aux remplisseurs de « temps de cerveau disponible »).

Difficile de savoir comment va tourner « Télé-Chirac » (comme ses détracteurs aiment à la nommer) mais l’utopie (peut-on la qualifier de gaulliste ?) de faire entendre « la voix de la France » en français, en anglais, en arabe et en espagnol va devenir realité le 6 décembre 2006.

Et si on prend l’exemple de CNN en 1991, le plus beau cadeau qu’on puisse souhaiter à la petite dernière du P.A.F. c’est…

…une bonne guerre.

NDH : La naissance de la télévision française a eu lieu dans les studios de la rue Cognacq-Jay, a Paris.

Publicités