Dans le documentaire sur Chirac qui vient d’être diffusé ces derniers jours sur France 2 (et qui dément un peu les propos de Bayrou sur la collusion des médias et des politiques – puisque Carolis a laissé diffuser un documentaire « au vitriol » sur l’homme qui lui a offert la télévision publique) une des idées défendues est que le président actuel, en se positionnant au centre-gauche (à l’élection de 1995, notamment, avec la fracture sociale) a laissé la place, à droite, au discours musclé de Le Pen.

Cette explication tendrait à démontrer qu’il existe un fort électorat de droite qui se reconnaît mieux dans les propositions de Le Pen ou de Sarkozy sur un ordre social qui doit être maintenu par une autorité forte (policière, notamment) que dans le discours humaniste de Chirac.

Ainsi, la présence de Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 trouve de nouveaux éléments d’explication et les stratégies actuelles de Royal (encadrement militaire, notamment) et de Sarkozy (racaille, kärcher) deviennent d’autant plus limpides.

Le « débat » (il paraît que c’en était un) d’hier soir entre les candidats à l’investiture socialiste a tourné, entre autres, sur cette notion d’ordre.

Lorsque Royal propose de créer des « jurys populaires » qui devraient contrôler le travail des élus (les français sont des experts), elle le fait suite à un sondage qui indique que 60% des français pensent que leur classe politique est corrompue.

Ce qui fait dire à son principal compétiteur, Strauss-Kahn, « Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu’on peut bâtir une société sur la suspicion généralisée » (en considérant notamment que les élus sont corrompus).

Ces dernières années, ce clivage existait entre la gauche et la droite. La droite, au nom du pragmatisme, mettant l’accent sur la répression (immigration, radars automatiques, alourdissement des peines…) la gauche, au nom de l’humanisme, continuant à croire à la prévention (associations de quartiers, police de proximité…).

Depuis le début de sa campagne, Royal est de plus en plus souvent accusée d’être « de droite », ce qui prouve, à mon avis, qu’elle a compris comment se faire élire.

Et que la « lepénisation des esprits » (formule paranoïaque par excellence) consiste simplement à remettre dans le débat les positions de la droite classique, dont Chirac n’a jamais fait partie (et pour laquelle il a toujous eprouvé un certain mépris).

La différence entre la gauche et la droite est donc toujours aussi brouillée et, contrairement à ce que je pensais, le match Royal/Sarkozy (s’il a lieu) a peu de chances de l’éclaircir.

Depuis que Mitterand s’est fait élire à gauche pour gouverner au centre-droit, que Chirac s’est fait élire à droite pour gouverner au centre-gauche, les politiques les plus ambitieux semblent croire que c’est la façon normale de se faire élire et de gouverner en France.

Si elle est désignée par le P.S. le 16 (ou le 23 novembre) Royal remettra probablement un « coup de barre » à gauche pour se distancier de son futur compétiteur UMP, mais la mitterrandienne n’aura donc en rien inventé « une nouvelle façon de faire de la politique ».

En conclusion, il semble qu’une nouvelle notion (après l’Effet Narcisse) fasse son entrée dans la campagne, au travers de la notion (pas trop nouvelle, je vous l’accorde) de l’ordre.

Une notion qui risque – l’heure n’étant pas à la demi-mesure – de diviser nos élus en deux catégories : les angélistes et les paranoïaques qui choisiront leur camp en dehors, comme d’habitude, de de qu’on appelle, sans doute abusivement depuis la fin des années 70, le clivage gauche-droite « classique ».

Alors, qui sera notre prochain(e) président(e) : l’ange ou le diablotin ?

Les paris seront bientôt ouverts.

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