Arriver dans une nouvelle région, un nouveau quartier et un nouvel environnement professionnel implique, si tant est qu’on le juge nécessaire, une multitude de petits « coming out » qui sont toujours l’occasion de surprises amusantes ou inquiétantes, reflets de l’évolution des mentalités sur la « douloureuse question homosexuelle ».

Au travail, tout d’abord, j’ai eu la surprise de constater que certains de mes collègues étaient très ouvertement en ménage avec des personnes de leur genre et que mon orientation sexuelle était beaucoup moins intéressante, pour mes nouveaux camarades de jeu, que ma créolitude provisoire passée.

D’autant que, dernièrement, un agent a fêté son départ à la retraite au cours d’un traditionnel « pot » organisé conjointement avec son jules, pot qui a regroupé un nombre impressionnant de collègues, vu que le dit nouveau retraité était particulièrement apprecié dans la maison malgré son goût prononcé pour les messieurs.

Du pain béni pour tout nouvel arrivant pédé.

Plus drôle aura été la réaction d’un de mes « camarades de classe », qui m’avait gentiment proposé de me ramener à la maison en voiture après un cours particulièrement ennuyeux, lorsqu’il a découvert, au détour d’une phrase, que l’occupant de son siège passager avait un « jules ».

Ce conducteur prudent s’est mis, rouge de confusion, à griller un feu rouge, à zig-zaguer en plein mileu de la rue, pilant au dernier moment pour préserver la vie de deux piétons un peu surpris.

Mais, passé l’effet de surprise, son comportement à mon égard s’est stabilisé très vite en revenant vers la neutralité bienveillante dont j’étais l’objet lorsque j’étais encore un hétérosexuel présumé.

En voyant ce genre de réactions d’un oeil un brin paranoïaque, on pourrait croire à de l’homophobie, mais il m’a semblé plutôt que, face à ce genre de situation, certaines personnes avaient un petit moment de flottement du type « je suis censé réagir comment ? » avant de revenir à une attitude plus habituelle du type « pourquoi devrais-je réagir, après tout« .

Ce moment de flottement étant probablement prolongé, chez les messieurs, par une interrogation passagère sur mes sentiments ou désirs à leur égard.

Résultat, à part un collègue qui me regarde d’un oeil torve depuis qu’il n’ose plus ramasser sa savonnette en ma présence (et qui deviendrait probablement un mauvais camarade si je commentais le popotin d’un collègue devant lui), il me semble que je bénéficierai de nouveau d’une paix royale sur ce sujet.

***

Je vous promet que ça n’a rien à voir avec le sujet précédent mais j’ai entendu une phrase (de la bouche d’un agent de maintenance de la Tour Bretagne) dont la tournure me fait encore rire et que je me devais, donc, de partager rapidement avec vous :

« Celui qui veut me baiser, c’est parce que il faut se lever de bonne heure« .

Ce sera désormais ma devise.

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