Depuis le début de la campagne de la présidente picto-charentaise, des voix s’élèvent pour indiquer le risque que représentent sa personnalité et sa stratégie.

Le problème de ce genre de remarque est qu’il vient souvent des élus qui ont choisi un autre poulain pour la candidature PS ou d’élus qui ont du mal à céder leur place à une femme (évitons de parler de misogynie pour le moment).

Mais, ces jours-ci, quelques détails qui me paraissent curieux, ont tendance à m’inquiéter sur la capacité de Royal à tenir la route jusqu’en avril 2007.

Tout d’abord il y a « l’effet narcisse », dont elle vient de donner, sur l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, une démonstration par l’absurde.

« Mon opinion est celle du peuple français », répond-elle quand on lui demande de donner sa position sur le sujet.

[Au passage, cette phrase n’est pas sans rappeler la remarque de Sarkozy « Aller contre moi c’est aller contre l’opinion publique ».]

On en arrive à une extrême ou Royal ne se définit plus que comme un miroir de l’opinion, c’est-à-dire, pour le moment, des sondages.

Il est difficile de croire que Royal n’a pas d’opinion personnelle sur le sujet, ce qui fait que dès qu’elle sera amenée à débattre avec quelqu’un qui défend une position quelconque, elle risque d’être mise devant ses contradictions et perdre une partie de sa crédibilité.

Ce qui m’amène directement au deuxième point critique de la stratégie de Royal : le refus du débat.

Les journaux ont fait leurs choux gras de l’attitude discourtoise – et injuste – dont elle a fait preuve devant une militante bretonne (la fameuse Nolwenn) dernièrement et beaucoup ont glosé sur le fait qu’il était plus facile d’attaquer une militante quand on était à la tribune, soit en position de force, qu’un autre politique qui serait mis sur un plan d’égalité, ce qui est le principe du débat.

Or, les candidats à l’investiture PS doivent subir, prochainement, trois débats devant les militants socialistes et un sur la chaîne parlementaire LCP-AN.

Royal n’est pas motivée pour ces débats et le dit assez clairement « j’irai, parce que je ne veux pas qu’on dise : elle refuse. »

Peut-on aller jusqu’à dire qu’elle en a peur ?

En tout cas, depuis que le PS discute de l’organisation de ces débats, c’est l’équipe Royal qui a demandé les aménagements les plus étranges (voir ici).

Enfin, dans la « profession de foi » que les trois candidats PS viennent d’envoyer aux socialistes – leurs futurs électeurs – Royal se contente d’un festival d’eau tiède, se référant uniquement au programme officiel du PS, oubliant toutes les propositions qui ont fait l’originalité de sa candidature – en la conduisant au zénith des sondages – et mettant l’accent sur sa féminité (voir ici). Que dirait-on si Fabius et Strauss-Kahn mettaient l’accent sur le fait qu’ils sont des hommes ?

Alors est-ce que Royal n’est tout simplement pas à la hauteur (on a le droit de se poser la question qu’elle soit une femme ou non, n’est-ce pas ?) ou est-ce qu’elle « se réserve pour la suite » (i.e. après sa désignation comme candidate PS pour 2007) comme elle le dit elle-même ?

En tout cas, si elle veut être présidente de la République, il vaudrait mieux qu’elle ait réellement du « petit bois pour l’hiver », parce que comme dirait l’immense Raffarin, celui-ci risque d’être long (*).

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(*) « […] les victoires promises à l’automne ne sont pas acquises au printemps. Un long hiver nous sépare de l’élection » J.P. Raffarin, oct. 2006.

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