La fracture entre les stratégies politiques de Royal et de Jospin, dont je jactais ici devient plus explicite depuis la confirmation de la « candidature à la candidature » de la première et le retrait du second (et se révèle plus générale que je ne l’envisageais dans un premier temps).

Si on en croit, un (nouveau) fabiusien, Mickaël Moglia (photo ici), « La rénovation ne consiste pas à contourner le parti, à dire le contraire de notre projet, à ériger les Français en meilleurs experts. »

Peut-être les proches de Fabius ne sont-ils pas les mieux plaçés pour clamer cette leçon puisque, selon ses propres camarades socialistes, leur leader a decidé de faire campagne pour le « non » après avoir compris que les français allaient faire de même et non par conviction personnelle (on pourrait dire que ce sont des mauvaises langues qui tiennent ce genre de discours mais la carrière politique de Fabius, avant 2005, confirmerait plutôt cette hypothèse).

Mais si on admet que Fabius n’a pas de leçon à donner sur le sujet, on peut retenir également la phrase de Dominique Strauss-Kahn (tout en dansant la biguine, évidemment) : « le renouveau ne doit pas conduire à toutes les échappées vers les demandes de l’opinion. C’est à nous de structurer la vision politique, pas de la recevoir ».

DSK étant désormais le candidat des rebelles socialistes qui en ont marre de bouffer du Royal (Canin – oui, on peut la faire puisque la dame s’est fait limer les dents avant de lancer sa candidature à la candidature, comme DSK s’est fait refaire les paupières mais passons), on peut imaginer que cette phrase va être entendue, et peut-être même avoir un certain impact à gauche.

Dans l’émission de Giesbert (sur France 5, le samedi à 19h), Rocard rappelait que c’était exactement cette ligne – « des experts ou des veaux » – qui l’a toujours separé de l’homme pour lequel il n’a « pas de respect », c’est à dire Mitterand.

Même Villepin, qui semble tenté de se remettre dans la course à la présidentielle, sous-entend (desolé je ne trouve plus la citation) que la campagne de Sarkozy n’est pas la bonne et qu’un homme politique doit fixer le cap et non se laisser dicter sa conduite par la rue.

Enfin, Bayrou – de moins en moins diplomate – se fait l’écho des impressions des français sur leur personnel politique, dénonçant la collusion entre les médias et les élus, fustigeant (depuis ce matin) « les puissants aux habitudes méprisantes«  et critiquant vertement notre système politique actuel (interview que vous trouverez ici).

Voilà donc un sujet qui dépasse très largement les petites personnes de Royal et de Jospin et qui se situe dans un contexte historique dont Rocard (un brin revanchard ?) fixe, comme point de départ, la prise de contrôle du P.S. par Mitterand en 1979  [et dont Giscard (un brin revanchard ?) fixe, comme point de départ, la « trahison » – dont il s’estime victime – de Chirac en 1981].

Ce qui constituerait, toujours selon Rocard, la conséquence logique et malheureuse de l’élection du président de la république au suffrage universel direct.

On pourrait ajouter que c’est une conséquence « logique et malheureuse » de la présence d’un leader populiste au second tour de l’élection présidentielle de 2002 et que la stratégie des Bayrou-Royal-Sarkozy en est influençée (pour le meilleur, on l’espère, mais aussi pour le pire).

Dans ce cas, on pourrait penser que l’onde de choc du 21 avril 2002 n’est toujours pas retombée et que même si Le Pen fait moins de 10 % (ce qui est très improbable) au premier tour de la présidentielle de 2007, il sera toujours l’homme politique qui a le plus d’influence dans son déroulement.

Ce dernier étant, peut-être, celui qui aura introduit en France une « nouvelle façon de faire de la politique » ayant vocation à devenir, désormais, la règle générale.

***

Au fait, depuis 2002, la plupart des partis politiques nous promettent des réformes institutionnelles majeures allant même, pour certains, jusqu’à instaurer une VIème République, ce qui serait une des options pour trancher ce fameux débat.

Pourquoi ils n’en parlent plus ?

NDH : « L’effet Narcisse » est une technique publicitaire consistant à s’attirer les faveurs des consommateurs en se faisant l’écho de leurs préjugés.

Publicités