Apparemment, l’opposition tranquille, mais affichée, de Jospin contre la stratégie de Royal peut être comprise sur une phrase, que notre féministe socialiste préférée a souvent à la bouche : Les français sont mes experts.

On peut d’ailleurs noter, tout de suite, que Royal partage cette opinion avec son principal compétiteur actuel (du moins, d’après les sondages) le « petit maître à penser » de l’émérite philosophe Doc Gynéco, c’est à dire Sarkozy (et pas avec feu le Général de Gaulle, pour qui les français étaient « des veaux« ).

La stratégie consiste donc à tenter de refléter l’opinion de l’électorat dans le but légitime de se faire élire par lui.

Et quand je dis légitime, je ne veux pas dire « sain », parce si Royal et Sarkozy sont pour le moment dans une stratégie électoraliste, il est probable que l’un(e) d’entre eux devra, ensuite, gouverner, ce qui suppose de prendre, parfois, des décisions qui ne feront pas plaisir aux citoyens français, et de les assumer quand même.

L’exemple par l’absurde étant l’attitude adoptée par Villepin dans l’affaire du contrat première embauche. La rue n’en voulait pas, mais il a tenu bon, le plus longtemps possible (avant de refiler la patate chaude à Chirac, qui a dû trancher la question avec le succès et l’intelligence politique que l’on sait).

Jospin, lui, s’incrit en faux contre cette vision de la politique et a rappelé, ces temps-ci, que les français étaient certes des électeurs mais pas exactement des experts. Demander à la rue de décider de l’éventuelle fusion Suez-GDF, par exemple, ne serait pas une idée lumineuse selon lui.

D’ailleurs, selon moi, demander aux français s’ils leur paraît bon de ratifier un Traité de Constitution Européenne, ne paraît pas une idée plus brillante, d’autant que, dans ce cas de figure, ceux qu’on paye pour nous servir d’experts – nos élus – n’étaient pas d’accord entre eux (souvent pour des raisons démagogiques, mais on ne va pas parler de Fabius à chaque fois non plus).

Bien sûr, si on va au bout de la logique de Jospin, les « français » ne seraient pas non plus les mieux plaçés pour juger de la personne de leur président(e) et il vaudrait mieux, dans ce cas, supprimer l’élection présidentielle au suffrage universel direct, ce que réclame, notamment, Rocard.

Royal et Sarkozy auraient beau jeu de répondre à Jospin qu’ils ont compris, eux, les enseignements de la présidentielle de 2002 et du référendum de 2005 et que, pour permettre à l’électorat français de renouer avec sa classe politique, il est temps que ladite classe politique lui parle dans son langage (avec des portes-parole comme Johnny Hallyday si nécessaire).

La limite de cet exercice étant, bien entendu, de basculer dans la démagogie, ce qui semble ne pas beaucoup poser de problème éthique ni à la probable candidate PS ni au (très) probable candidat UMP à l’élection présidentielle de 2007.

A contrario, Jospin, à force de se refuser à pratiquer la démagogie, a fait une campagne de technocrate rasoir en 2002 et s’apprêtait à faire de même s’il avait été candidat une nouvelle fois. Et probablement, donc, à perdre une seconde fois.

On est tenté, face à ce dilemme, de choisir son camp entre ces deux positions.

Mais peut-être peut-on aussi, en tant qu’électeurs, choisir une position plus pragmatique qui consiste à considérer l’élection présidentielle comme une comédie de guignols dans laquelle on a besoin de premiers rôles à la Royal et à la Sarkozy, sachant que, de toutes façons, ils ne gouverneront pas seuls et que leur éventuelle incurie sur les sujets de fond sera forcément compensée par des collaborateurs qui seraient, eux, pour le coup, des « experts ».

Et puis on ne peut pas oublier non plus que nos présidents se sont souvent formés pendant l’exercice de leur pouvoir. Devenant souvent bien meilleurs en fin de mandat qu’au début.

Même Chirac (qui a utilisé la stratégie Royal-Sarkozy actuelle) a fini par devenir moins mauvais quand il parle de politique internationale.

C’est dire.

***

Relevé dans la presse, je ne pouvais pas m’empêcher de vous faire partager ce jeu de mots concernant Jospin.

L’austère qui se marre est devenu l’austère qui se barre.

Elle est mignonne, non ?

P.S. Ce billet a été refusé par agoravox.com au motif qu’il « reflétait une opinion personnelle et méritait d’être plus argumenté ». 

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