Quand on demande à Ségolène Royal quelle est sa vision en terme de politique internationale, elle répond, toutes griffes dehors et avec ce petit air de féministe outragée qu’elle nous joue assez régulièrement :

– Poseriez-vous cette question à un homme ?

A n’importe quel homme, pas forcément, mais la poser à un homme qui se verrait bien président, me paraît tout à fait légitime. Et l’égalité de traitement entre homme et femme exige donc qu’on pose cette question à toute candidate déclarée et donc à « Ségo » même si ça la défrise (ou si elle préfère s’en tirer par une pirouette parce qu’elle n’en aurait aucune, de vision, ce qui est un autre sujet).

On veut bien croire qu’elle aie beaucoup subi la misogynie de ses compagnons et adversaires politiques et qu’elle soit un peu à fleur de peau sur la question.

Mais, à mon avis, la compagne de François Hollande devrait plutôt s’émouvoir des quolibets faussement compatissants dont le premier secrétaire du P.S., père de ses quatre enfants, est devenu la cible quasi quotidienne.

Si on oublie le « Qui va garder les enfants ? » de Fabius (lequel n’est plus à une connerie près ces temps-ci), on peut quand même relever la nouvelle blague à la mode sur Hollande – « l’an prochain, il s’occupera des pièces jaunes » – ou les gentillesses maladroites des sympathisants du P.S. qui le prennent à parti sur le ton de « vous devez en chier, mon bon monsieur, en ce moment ».

Au fond, en quoi la carrière de Royal pourrait gêner celle de Hollande ?
Elle l’empêcherait de représenter le P.S. à la présidentielle de 2007 ? Soyons sérieux, personne n’a jamais vu « Lou Ravi » dans le rôle, il serait célibataire que ça n’y changerait rien.

Elle l’empêche de continuer une carrière politique crédible ? C’est pas très gentil pour Bernadette Chirac et ses électeurs corréziens (lesquels la réélisent depuis 30 ans, mari président ou pas), et surtout ce n’est pas très juste. Je ne vois pas ce qui empêche Hollande de rester premier secrétaire du P.S. ou député et il pourrait même – soyons fous – devenir le premier ministre d’une royale présidente.

Le problème, finalement, c’est que les Hollande-Royal (ordre alphabétique, on ne me cherche pas !) donnent, en ce moment, l’image d’un couple dans lequel ce n’est pas l’homme qui porte la culotte, mais la femme.

Ce qui est une plaie vénéneuse dans la virilité des représentants de la gente masculine actuelle (et surtout passée), et qu’on ne plaisante pas avec ces trucs là, parce que sinon ça va nous mener où, hein, elles vont finir par décider de tout, on servira plus à rien, faut pas déconner déjà qu’elles ont le droit de vote.

Ce n’est pas de la misogynie, c’est sans doute pour cette raison que ça n’empêche pas l’autoritaire présidente picto-charentaise de dormir la nuit, mais c’est tout de même du bon machisme bien primaire, ce qui, à la réflexion, devrait lui paraître tout aussi grave.

Dommage que le féminisme un peu « gros doigts » des Royal, Guigou ou Pécresse ne relève pas ce genre de détails et que ces dames ne se mettent pas à pourfendre, comme de juste, le mythe de l’homme chasseur en exigeant, sur l’heure, réparation.

Voila qui prouve – sans qu’il en soit vraiment besoin – que les femmes politiques sont féministes quand ça les arrange et qu’elles sont donc à égalité avec leurs compétiteurs masculins quand s’il s’agit de faire de la démagogie ou de prendre des postures un peu bidon.

En revanche, dans les lieux communs qui servent de pensée politique à certains de nos élus et de nos congénères, l’un d’entre eux semble donc devenir caduc ; celui qui consiste à croire que les femmes changeront la manière de faire de la politique.

Ca n’en prend pas le chemin.

P.S. Ce billet a été refusé par agoravox.com au motif qu’il “reflétait une opinion personnelle et méritait d’être plus argumenté”.

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