La presse nous présente souvent Jospin comme un homme qui n’aurait pas assez la « rage de vaincre » et explique, notamment, par ce trait de personnalité, son échec à la présidentielle de 2002.

On nous rebat ainsi les oreilles de l’éducation protestante de l’ancien premier ministre, qui serait plus prompt à se sacrifier dans l’intérêt collectif qu’à cultiver d’honteuses ambitions personnelles.

Soit.

Mais il ne faudrait tout de même pas oublier que le pauvre sacrifié avait prévu son coup de longue date et qu’il n’est pas trop aisé de voir le moindre sens de l’intérêt collectif dans ses actions depuis.

Tout d’abord, en quittant ses fonctions le fameux 21 avril 2002, il avait pris soin de se retirer de la vie politique sans prononcer le mot « définitivement » et de concentrer, dans la foulée, tous ses potentiels successeurs au sein du bureau du P.S.

L’idée était simple, le concert d’ambitions personnelles créerait un cafouillage médiatique tel que les adhérents et sympathisants du P.S. finiraient par implorer le grand Lionel de revenir guider leurs pas.

Entre temps, la désormais célèbre pin up du Times, la compagne du premier secrétaire, a réussi à se faire un prénom et Lionel a du revoir sa stratégie, dans l’urgence, à la veille des vacances scolaires d’été.

A un moment où personne ne l’attendait plus, voila « l’austère qui se marre » qui annonce, non pas qu’il est candidat, mais qu’il est « disponible ».

Personne ne lui répond gentiment qu’il n’est plus nécessaire comme le recours qu’il espérait représenter, du coup il prend pied dans le cafouillage médiatique qu’il avait lui même mis en place.

Arrivé à la rentrée, il emprunte (tout en la critiquant vertement) la tactique de Royal et, au lieu de faire une campagne de terrain en faisant des propositions, il fonce à la télé le plus souvent possible pour y parler, pendant des heures, d’un seul sujet. Lui-même.

Quand il comprend, enfin, que sa stratégie de « recours » à pris l’eau, il décide de rencontrer les candidats potentiels pour leur demander de se désister en sa faveur. On suppose qu’il leur fait des promesses à la hauteur du sacrifice espéré.

En oubliant de prendre rendez-vous avec Ségolène (on se demande bien pourquoi), il demande à Dominique, à Jack et à Martine de se rallier sous son panache blanc.

Résultat : Dominique crie, un peu vexé, qu’il est toujours candidat et prend ses distances avec son ancien chef de file, Jack – qui n’y croyait déjà plus – attend encore afin de ne pas sacrifier ses relations royales et Martine ne dit toujours pas qu’elle jette l’éponge.

Encore raté.

Finalement, il fait ce qu’on croyait impossible. Il fait alliance avec son meilleur ennemi d’hier, Fabius, pour lui proposer un de ces petits accords pourris dont la politique ne sort jamais grandie.

Celui des deux hommes qui sera le mieux placé au premier tour (de la consultation interne socialiste de novembre) se désistera pour le second, dans l’objectif de battre la compagne de Hollande.

Alors, dans le rôle de l’homme politique « au dessus de tout ça » qui ne revient que si c’est nécessaire, notre très regretté premier ministre est-il vraiment crédible ?

Et quelle était la seule raison de voter Jospin en 2002, si ce n’est la réputation d’intégrité qu’il s’était faite ?

Du coup, en 2007, on risque de trouver encore moins de raisons de sortir de nos cases un dimanche pluvieux pour essayer de sauver la carrière personnelle de « l’austère qui se marre mais qui pleure aussi des fois s’il pense que ça peut lui être utile ».

Alors ces jours-ci, quand les journalistes et ses petits camarades se joignent, tels des loups, dans un concert de hurlement sur le thême « Si tu as envie d’y aller, dis-le », moi j’ai surtout envie qu’on se mette à chanter une chanson différente.

Sois gentil, Lionel, tire-toi.

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