En arrivant à Nantes, j’avais fermement decidé de ne pas m’intéresser à ce sujet brûlant.

Ce n’est pas que je méprise l’histoire de la ville dans laquelle je m’installe, mais j’ai largement eu l’occasion de m’énerver contre le régionalisme, le chauvinisme ou les combats géographiques d’arrière-garde et je n’ai aucune intention de continuer à m’énerver pour rien.

Mais, en ce qui concerne Nantes, le peu d’informations dont je disposai m’a conduit à la grossière erreur d’attribuer la « débretonnisation » de la ville à Napoléon. Le découpage des départements et régions en fonction des fleuves et non plus des anciens royaumes, duchés et propriétés de nobliaux locaux me paraissant plutôt une bonne initiative.

En lisant le prologue d’un bouquin sur l’histoire de la Bretagne, j’ai été tellement frappé par le ton très vif qu’utilise l’auteur – dont le nom m’échappe – pour expliquer que la Bretagne faisait partie de la France depuis peu et pas forcément pour longtemps (?!?), que j’ai quand même eu envie de jeter un oeil sur la question.

Apparemment, 1941 est une date importante dans l’histoire de la Bretagne et de Nantes, car c’est la date où furent fusillés les fameux « 50 otages » (en fait, ils étaient 48), en représailles de l’attentat qui avait coûté la vie d’un lieutenant colonel nazi.

Et 1941, c’est aussi la date à laquelle Nantes dût quitter la Bretagne, dont elle était la capitale depuis plus de mille ans, par décision unilatérale du… maréchal Pétain.

Voila qui change pas mal la donne, non ?

Aucun gouvernement n’ayant jugé utile de revenir sur cette décision, Nantes est devenue le chef-lieu d’une région faite de bric et de broc, baptisée Pays-de-la-Loire.

Du coup, je comprend mieux pourquoi les bretons utilisent des termes aussi durs pour parler de cette « amputation ». Elle est récente et, de plus, initiée par le régime de Vichy (celui dont Mitterand disait qu’il « n’était pas la France »).

Mais je ne trouve, pour le moment, aucune trace de cette colère à Nantes et j’en suis encore à me demander comment cette ville abrite une population aussi détendue, confiante et ouverte vers le métissage culturel ou éthnique.

La devise de ma nouvelle ville (Favet Neptunus eunti) dit que Neptune favorise ceux qui osent, ceux qui partent.

Peut-être que Neptune favorise également ceux qui arrivent.

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