Après avoir compris que mon nouveau chef ne me demanderai ni de taper son courrier, ni de gérer ses rendez-vous, ni de répondre au téléphone (qu’on m’a installé tout de suite immédiatement et sans délais), je commençais tout doucement à me demander en quoi mon nouveau poste allait ressembler à du secrétariat.

Quand, tout à coup, à mon deuxième jour dans la « Tour Bretagne » celui-ci se précipite dans mon bureau pour m’annoncer une grande nouvelle : mon futur collègue (d’une catégorie supérieure à la mienne) ne viendra pas avant l’an prochain et on a donc besoin de moi pour assurer la fonction « d’assistant » en attendant.

Vu que je n’apporte plus mon orgueil quand je viens travailler (c’est un progrès très récent), cette nouvelle ne m’a pas bouleversé. Mais il est possible que, finalement, j’aie de temps en temps besoin d’utiliser mon cerveau à mon travail. Ca va me changer.

Ce qui est amusant, c’est de voir les réactions de mes nouveaux collègues, un peu agacés que j’aie obtenu ma ligne téléphonique aussi rapidemment et que le fauteuil ergonomique de luxe que j’ai demandé – à la place de mon siège de bureau classique – soit déjà commandé.

L’un d’entre eux m’a fait remarquer, sur un ton mi-figue mi-raisin (je suis quand même trop près des « chefs » pour qu’on me parle mal), que les grandes gueules dans mon style obtiennent trop vite ce que les gens timides n’obtiennent que trop tard, voire jamais (« Si zenfan y crie pa y gagne pa tété », comme dit kréol).

Me voilà prévenu, je ne vais pas aller pique-niquer souvent avec mes collègues « timides ».

Quant à mon nouveau chef :

Vous savez, j’ai apprecié la franchise de nos premiers entretiens, je sais bien que vous ne voulez pas de ce poste, mais entendez aussi que ça m’a encore plus donné envie de travailler avec vous.

La formule est jolie, mais vu qu’il s’agit de mon supérieur hiérarchique, l’emploi du mot « avec » me paraît inapproprié.

Je n’ouvrirai donc pas mon bec et je ne laisserai pas tomber ma proie.

Cette leçon vaut bien un fauteuil ergonomique, sans doute.

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