Ayant passé le week-end à me dire qu’un travail payé 1.400 euros net par mois, avec connexion internet, horaires souples, congés à profusion et peu de responsabilités représentait le rêve de toute personne souhaitant faire des études en cours du soir et que plutôt que de regarder du côté de mon orgueil, je ferai mieux de regarder du côté de mon confort, c’est la tête vide et le moral au beau fixe que je suis venu à mon nouveau « travail » ce matin.

Heureusement. Parce que la situation est vite devenue surréaliste.

Les autres petits nouveaux ayant été accueillis vendredi (jour où je me voyais mieux gazouiller avec mon jules que découvrir la Tour Bretagne) je suis arrivé tout seul jusqu’à mon bureau vide et j’y ai passé mon temps à installer mon PC flambant neuf, commander mes fournitures et agencer à ma manière les différents « outils de travail » désormais à ma disposition.

Déjà un peu surpris que personne ne juge nécessaire de venir me dire bonjour, je comprît très vite que beaucoup de gens étaient gênés. D’abord parce que mes différents entretiens avec la Direction m’ont déjà offert une réputation de « grande gueule » et puis surtout parce que mon nouveau chef est absent et mon nouveau collègue n’est pas encore en poste.

Tout le monde savait donc ce qui m’attendais aujourd’hui.

C’est à dire rien.

La situation commençait juste à m’amuser quand je me suis aperçu d’un autre détail propre à réveiller mes zygomatiques.

Je n’ai pas de téléphone.

Oh oui, pardon, on s’en est aperçu vendredi, mais en fait il n’y a plus de prise disponible dans le bureau, on va voir comment remédier à ça.

Jubilation intérieure intense. Je suis secrétaire mais je n’ai pas de chef et pas de téléphone.

Au bord de la crise de fou-rire, je répondai, l’air sérieux, au type chargé de ce genre de détails :

– Bon, ben je ne vous dérange pas plus longtemps et je vais me remettre au travail.

L’ironie de l’expression n’aura echappé à personne mais, apparemment, mes nouveaux collègues (j’en ai vu bien peu, car d’après TF1 – j’ai la télé dans ma chambre d’hôtel – c’est la rentrée des classes aujourd’hui) ne se faisaient aucune illusion sur l’utilité du poste qui vient d’être créé et qui me sert désormais de gagne-pain.

Je vais probablement me faire un peu tartir, mais je crois que je vais bien me marrer.

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