Ce matin, une collègue habituellement un peu lourde (le genre à qui je ne demande jamais si « ça va » après lui avoir dit bonjour) m’a invité dans son bureau pour m’offrir un souvenir de la Réunion.

Tu sais, j’ai vécu 18 ans en métropole et quand je suis revenue ici, j’ai vu les défauts de cet endroit. Je voudrais que tu en ramène un bon souvenir.

Et elle m’offre la reproduction d’une calligraphie de 1859 représentant mon quartier.

J’en étais sans voix. Mais je l’ai rassurée. Je ne pars pas fâché avec la Réunion.

***

Cet après-midi, un collègue créole, proche de la retraite, avec lequel mes rapports ont été courtois, mais uniquement professionnels, m’appelle dans son bureau pour me dire au revoir.

Et alors, quel souvenir tu gardes de mon île ?

Contrasté. Je suis sous le charme de l’endroit mais je ne me suis pas fait aux gens.

Son sourire, un peu complice, ne m’a pas fait regretter ma franchise. Et nous avons discuté pendant près d’une heure de ce que la Réunion était devenue depuis la départementalisation de 1946. Et des conséquences sociales de la mauvaise foi historique réunionnaise (et du pesant silence métropolitain) concernant la période de l’esclavage.

Tu sais, en ce moment j’ai honte d’être réunionnais.

– Vous ne devriez pas aller jusque là.

– Tiens, au fait, je voulais t’offrir un petit souvenir. Je t’ai gravé des morceaux de musique de mon pays, pardon, de mon île et, en me tendant des CD, il me tend aussi un tee-shirt rouge brodé de margouillats blancs.

***

Quelque temps auparavant, une collègue yabe (rapports cordiaux mais poliment distants) m’avait offert un cadeau artisanal de la Réunion (ouvre le paquet dans ton nouvel appartement, d’accord ?) afin que j’en garde un bon souvenir.

J’en ai, naturellement, été touché et je suis bien content que des souvenirs d’ici (j’avais envie d’en trouver quelques uns par moi même) me soient offerts par des gens qui connaissent mieux la Réunion que moi et qui ont apprecié mon passage éclair dans leur vie professionnelle.

Mais pourquoi pensent-ils que la Réunion me laissera de mauvais souvenirs ?

Parce que je suis resté peu de temps ? Parce qu’ils sont déçus de ce qu’ils ont retrouvé après leur passage en métropole ? Parce qu’ils pensent que les métros ne peuvent pas trouver leur bonheur ici ? Parce qu’ils ne m’ont pas senti joyeux de vivre ici ?

Le moins que je pouvais faire était de leur dire la verité.

Que je suis venu vivre ici parce que, la seconde fois que j’y suis venu en vacances, j’ai eu l’impression de « rentrer à la maison » et que je me rappelais de chaque endroit que j’y avais vu comme si j’y étais passé la veille.

Que je suis venu ici parce que j’avais l’impression que ça me ferait évoluer.

Que le résultat dépasse mes espérances.

Et, enfin, que je quitte cette île sans regrets, mais sans joie.

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