Pierre-Henry Maccioni

Sur proposition de Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et de l’Aménagement du Territoire, le Conseil des ministres de ce mercredi a pris, entre autres, les décisions suivantes :

Laurent Cayrel, préfet de la région Réunion, est nommé préfet du Morbihan.

Pierre-Henry Maccioni, préfet des Côtes-d’Armor, est nommé préfet de la région Réunion, préfet de la Réunion (*).

Il paraît que ce nouveau préfet est né en 1948 à Saint-Denis (Réunion), voila qui tombe bien. Ca ne préjuge en aucun cas de sa compétence pour exercer ses fonctions ici, ni de son incompétence éventuelle, d’ailleurs.

Laurent Cayrel quitte donc notre bonne vieille île quelques jours avant moi (mais ça n’a probablement rien à voir dans la mesure ou Sarkozy prend, en général, ses décisions sans me consulter – on se demande bien pourquoi) avec l’honorable sobriquet de « Préfet-la-poisse ».

Faut dire qu’en à peine un an, nout’bon préfet a subi le chikungunya, la « tempête tropicale modérée » Diwa (qui a fait plus de dégâts que certains cyclônes) ainsi que l’effondrement de 30.000 mêtres cubes de rocher sur la « route en corniche ».

A-t-il été bon ou mauvais, finalement moi mi koné pas. Mais il y a fort à parier que, coinçés entre « la momie » Vergès à la Région(*) et cette brave madame Dindar au Département(*), l’objectif majeur de Cayrel ait surtout été qu’on lui foute la paix et qu’on le laisse profiter des multiples avantages post-colonialistes dont les hauts fonctionnaires locaux se repaissent quotidiennement.

On a plus qu’à souhaiter à Maccioni de profiter dignement des pharaoniques subsides de l’Etat, en argent et en nature, et de tenir plus d’un an, ce qui lui permettrait de battre des records de longévité préfectorale sur cette île.

En plus, quand on sait combien coûte à l’Etat le déménagement de ses fonctionnaires, on souhaiterait que ce soit un peu plus rare.

Je ne voudrai pas cracher sur la « surcharge salariale » (comme dirait Tillier) qui m’a permis de passer des vacances somptuaires à Maurice avec mon amoureux et de m’installer dans une ville dans laquelle l’herbe est forcément plus verte et les meubles forcément moins chers.

Mais il me semble que ces habitudes héritées du colonialisme laisseront toujours planer une certaine méfiance dans les rapports entre les « créoles » et les « métros », notamment sur les intentions des derniers à venir vivre parmi les premiers.

Vu que j’en ai vraiment ras-le-bol d’entendre en permanence que les gens de mon espèce viennent vivre sur cette île « pour le fric, se trouver une malbaraise ou pour valider une promotion » je chante, ces jours-ci, sur tous les tons que la vraie raison de mon départ c’est que je n’ai réussi sur aucun des trois plans.

Imaginez la tête d’une de mes collègues, dont l’avis suit toujours le sens du vent, et qui peste volontiers (si elle est sûre de n’être entendue que par des créoles) contre les métros, quand je lui ai donné cette explication bidon.

Elle attendait que je lui reproche de le penser mais j’ai ajouté un sourire supposément complice, et « vous savez bien que nous les métros, ce sont nos seules préoccupations« .

Pendant toute une journée elle a donc arrêté de dire « oh la la il va nous manquer notre petit collègue » en oubliant (sincèrement ou non) qu’elle pourrait compter sur les doigts d’une seule main le nombre de jours qu’il lui faudra pour oublier totalement mon existence.

Mais elle a recommencé dès ce matin.

Pendant ce temps, je commence mon deuil par de la nostalgie (c’est quand même beau ici, bordel de merde), du stress (putain il me reste tout ça à faire en à peine 15 jours) et du soleil (mon Dieu, quelle température il fera à Nantes en janvier prochain ?).

Tout comme le « préfet la poisse », à ceci près que lui, il ne portera aucun de ses meubles.

(*) La Réunion est à la fois une région et un département.

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