Il y avait eu « abracadrabrantesque », puis « pschitt ! », puis « je décide, il éxecute » (sur Sarkozy) et la petite phrase qui restera de l’intervention du chef de l’Etat, le 14 juillet 2006, concerne « le sexe des anges ».

Chirac utilise cette phrase, de façon plutôt habile, au moment où les journalistes lui parlent de son bilan à la présidence. Il répond qu’il est dans l’action et qu’il n’est pas en train de « s’interroger sur le sexe des anges ».

Il y a pourtant un point sur lequel il a fait un bilan, il y a deux semaines, lorsqu’il a pris la défense de son premier ministre, l’inégalable Villepin, c’est l’emploi.

Au lendemain du « non » au référendum européen, Chirac avait découvert le « sexe des anges » et nommé son chef de cabinet à la tête d’un « gouvernement de mission » chargé de la question de l’emploi en France.

Et, de ce point de vue, Chirac trouve que Villepin a parfaitement rempli son contrat (ceci dit sans jeu de mot).

Voila un petit exemple de démagogie foireuse très facilement démontable.

Après la seconde guerre mondiale, la France a connu, ce n’est un secret pour personne, une embellie du nombre des naissances, baptisé « baby boom » (ce qui est très visible dans la pyramide des âges que vous trouverez ici).

Sans rentrer dans les données statistiques(*) sur le nombre des « baby-boomers », on peut jouer à un petit jeu tout simple.

Nés en 1945/46, on imagine que les baby-boomers sont arrivés sur le marché du travail entre 1963 et 1970, à l’époque des « trente glorieuses » (où n’importe qui trouvait du travail du jour au lendemain) et qu’il sont en train de prendre leur retraite, 40 ans après, entre 2003 et 2010.

Vu la masse que représente (et représentait) ces actifs, il est évident que cette situation a des conséquences.

D’abord il faut payer les retraites de tous ces braves gens, ce qui explique les débats extrèment tendus sur ce sujet depuis les années Balladur, avec pour conséquence l’allongement des périodes d’activités dans le privé et le public (ce deuxième point me faisant, je dois le dire, encore plus chier que le premier, mais passons) finalement baptisé « loi Fillon ».

C’est le mauvais côté de l’affaire.

Mais il y en a un bon. Ces braves gens libèrent des postes.

Bien sûr, le contexte économique, la fin de l’euphorie trente-glorieusesque et le coût social des emplois en France fait que chaque poste ne sera pas offert à de nouveaux salariés.

Mais même en ne remplaçant pas tout le monde, on arrive quand même à recaser certains chômeurs et à embaucher des jeunes.

Le meilleur moyen de s’apercevoir que cette théorie est juste c’est de regarder de près les chiffres du marché du travail dont Villepin se gargarise.

Dans toutes les études, on voit que la baisse du nombre de chômeurs est plus forte que le nombre des créations d’emplois.

Autrement dit, on supprime des postes, on réorganise des fonctions, on délocalise des emplois et on en crée très peu de nouveaux mais le chômage baisse quand même.

C’est une telle aubaine pour Villepin d’être premier ministre en ce moment qu’on se demande s’il ne l’a pas fait exprès (il s’est quasiment nommé lui même en 2005).

Et il y en a sans doute un autre qui l’a bien compris c’est Borloo. Il a presenté son « plan de cohésion sociale » à qui voudrait de lui comme ministre de l’emploi. Ca aurait pu être le PS (je me fais une joie de rappeler souvent qu’il a failli devenir socialiste en 2002) et, finalement, c’est l’UMP.

Mais (et c’est un cliché savoureux qu’on entend tout le temps dans le ministère de Borloo dans lequel je suis toujours) : « le plan de cohésion sociale tarde à produire ses effets ».

Et si ce retard à l’allumage semble ne pas inquiéter Borloo c’est sans doute parce qu’il suffira que son « plan » crée quelque milliers d’emploi pour que le gouvernement en place se félicite collectivement (et donc, à mon avis, de manière mensongère) sur la « formidable » baisse du chômage qui est, en fait, inéluctable.

C’est le prix Gavroche, mais à l’envers. Au lieu d’attribuer ses propres erreurs au voisin, Chirac (mais, avec lui, Villepin et Borloo) s’attribue les mérites de la providence.

***

(*) Ca, c’est le genre de phrase que j’adore, quand je l’entend dans la bouche de politiques. Ca fait genre « je ne vais pas vous abrutir avec ça, masse inculte » mais en fait ça veut dire « les chiffres, je les ai pas mais même si je les avais je n’y comprendrais goutte ». Moi, en tout cas, je l’avoue humblement : je suis dans la seconde situation.

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