Le 14 juillet sert, depuis longtemps, au président de la République pour faire un petit bilan de son action et sonner le début de la récréation d’été pour les politiques français.

En fin de mandat, le président en profite, en général, pour lancer le suspens sur sa future (non-)candidature et situer son rôle dans l’histoire de France.

Pour le moment (et je fais partie de ceux qui l’ont toujours regretté) le « président de la république française » c’est Jacques Chirac et il est à la fin de son dernier mandat (1% des français/es souhaitent qu’il se représente).

Ce 14 juillet 2006 aurait dû être un exercice à haut risque pour Chirac car il clôt une année particulièrement mauvaise pour lui. La crise des banlieues de 2005, le retrait (pardon, la non-promulgation) du CPE en 2006, l’amnistie de Guy Drut et le maintien de son premier ministre aurait dû pourrir particulièrement son intervention mais, finalement, l’exercice a des chances de rester convenu.

Tout d’abord parce que Chirac a « déminé » le terrain en renouvellant sa confiance à Villepin il y à quinze jours, nous assurant que celui-ci tenait le coup, notamment sur la baisse du chômage (je vous raconterai très vite pourquoi ce satisfecit béat n’a aucun sens).

Du coup, les questions resteront mollassonnes. Chirac sera sans doute interrogé rapidement sur l’action du gouvernement Villepin, sur les leçons qu’il tire des crises de l’année politique qui s’achève et pourra prendre, ensuite, tout le temps qu’il veut pour nous expliquer pourquoi nous avons bien fait de le garder à la présidence pendant 12 ans (merci, merci le quinquennat, sans lequel on aurait dû attendre 2009).

Mais il y a un point majeur, qui n’a rien de politique, qui va encore ensoleiller l’interview de demain. La réussite non pas éclatante mais très honorable des « Bleus » pendant la Coupe du Monde de football qui vient de se terminer.

Chirac a hesité à se montrer pendant les premiers matches, pour ne pas être associé à un échec de la France (eh oui) et a beaucoup montré sa bobine ensuite, prouvant à une bonne partie des français (près de 25 millions à la fin de la demi-finale) qu’il vibrait de la même façon qu’eux et qu’il était, donc, un président légitime.

C’est une splendide leçon de démagogie mais ça fonctionne et je pense que ça fonctionne même tellement bien que Ségolène Royal risque de payer (à un moment ou à un autre) son désintérêt affiché et assumé des choses du ballon rond.

Du coup, et ça n’a rien d’un hasard (pas seulement selon moi mais selon les analystes qui ont produit ce sondage) 47% des français pensent que les deux mandats du président Chirac ont été « utiles ».

Quoi qu’on puisse penser personnellement de cette question de fond, on peut être sûr d’une chose : si ce sondage avait eu lieu à la veille du premier match de la Coupe du Monde de football, le pourcentage d’optimistes aurait été beaucoup plus faible et le sondage n’aurait sans doute même pas été publié.

Je ne reviendrai pas sur les 11 dernières interventions quatorze-juillesques de l’ancien maire de Paris, d’autant plus qu’un article du Nouvel Obs le fait de façon très marrante (et pas trop respectueuse) ici.

Ce qui m’a amusé, en fait, c’est de tomber sur les scores de premier tour de Chirac aux quatre élections présidentielles auxquelles il fut candidat.

1981 – 18.00%
1988 – 19.96%
1995 – 20.84%
2002 – 19.88%

On constate que, qu’il soit ensuite élu ou non, « Supermenteur » plaît à 1 électeur sur 5 (on appelle le score de premier tour le vote « d’adhésion », en opposition au score de second tour qui est dit « d’élimination »).

Du coup, si j’avais la moindre prise sur les questions qui seront posées demain à Chirac, j’aimerai qu’on lui pose celle-ci :

Monsieur le Président, vous avez été élu en 1995, et sans cesse rejeté ensuite. Tout d’abord via votre premier ministre Juppé (1995), puis obligé de dissoudre une assemblée aux couleurs de votre majorité (1997), de nommer un premier ministre socialiste pendant 5 années des 7 de votre premier mandat. Donné largement perdant à l’élection de 2002, vous avez été finalement réélu à 82% à la faveur d’incidents politiques conjoncturels et avez perdu toutes les élections ou référendum depuis 2004.

Alors tout d’abord, pensez-vous qu’il soit sérieux d’envisager un nouveau mandat et, ensuite, pouvez-vous dire à vos 82% d’électeurs de 2002 comment vous avez répondu à leur appel ?

Je n’ai aucune intention de minimiser le « choc » du 21 avril 2002 mais je pense que la présence de Le Pen au second tour est conjoncturelle (et explicable) alors que la réélection à 82% d’un président (qui n’a jamais plu qu’à 20% de français/es) est, en revanche, un événement historique, sur lequel Chirac ne s’est jamais expliqué et représente un appel qu’il n’a jamais entendu.

[On parie que cette question sera remplacée par une autre – éminemment politique – sur la position du président au sujet du fameux « coup de boule » de Zidane ? J’en pleure d’avance]

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