Il y a quelque temps, je disais, ici, que je pensais que Le Pen était un nostalgique de la France coloniale et, depuis, j’observe avec intérêt qu’il n’est pas le seul.

D’abord on a eu Wade, le président du Sénégal, qui s’est permis de critiquer la politique d’immigration française au nom de « ses » cerveaux, que Sarkozy avait très joliment mouché.

Puis on a eu Bouteflika, le président algérien qui a essayé de dompter ses électeurs, un peu en colère contre lui, en disant que les problèmes algériens étaient « la faute à la France » (comme chez nous on dit « c’est la faute à l’Europe ») avant de se précipiter dans un hôpital français dès qu’il a un petit pépin de santé (à nos frais, hein).

Ces jours-ci il a fait encore mieux.

Enfin remis sur pattes par nos impôts, il revient dans son pays et, en plein milieu d’une discussion sur un traité d’amitié entre les deux pays, se met à hurler que la colonisation française en Algérie a été « l’une des formes de colonisation les plus barbares de l’Histoire ! ».

Voilà une déclaration d’amitié qui fait chaud au coeur !

En aucun cas je ne me permettrai de dire s’il a tort ou raison sur ce point, mais ce que je me permettrai tout à fait de dire c’est que Bouteflika se fout un peu du monde (des français comme des algériens) et qu’il considère que son pays est indépendant uniquement quand ça l’arrange.

Que Vergès fasse ça à la Réunion déjà ça m’agace un peu (tout ce que je fais c’est bien, tout ce qui est mauvais c’est la faute de la métropole) mais l’île est française et personne ne cherche à le contester (à part les analphabètes de Nassion Réunioné qui font 0,70% aux élections). En Algérie et au Sénégal on n’en est plus là.

Depuis l’an dernier (et probablement même depuis 2001, date du rapport Taubira sur la colonisation et l’esclavage) le débat sur l’époque coloniale française et ses conséquences est bien engagé en France et un des rares avantages de Chirac c’est que sur ce point il a gardé une attitude pragmatique et a laissé avancer (et parfois même encouragée – exception faite du fameux « rôle positif de la colonisation ») la prise de conscience.

J’espère que les Bouteflika, Wade et compagnie braqueront un peu les électeurs français et que ceux-ci se décideront enfin à regarder les responsabilités historiques de la France sans aucune complaisance supposément patriotique.

Parce que la campagne de la présidentielle 2007 pourrait permettre un grand débat de fond sur la question, et qu’il me semble qu’on ne pourra pas régler le problème de l’intégration « à la française » sans en passer par là.

Et même si je ne suis pas d’accord avec les idées de Sarkozy en la matière (je trouve que le communautarisme est une ineptie) je me réjouis qu’il aborde le sujet de façon nouvelle, alors qu’il va jouer un rôle principale dans la pièce de théâtre qui nous attend bientôt.

Quant à Royal et Jospin, il semble que, dans ce domaine, ils aient encore du mal à se souvenir de leur texte.

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