– Alors, ça y est, vous nous quittez ?

(malgré sa nuit dans l’avion, mon directeur a l’air presque frais, ses réflexes sont un peu plus mous que d’habitude et je me demande si ça va tourner à mon avantage).

– Oui, je suis prêt.

(j’ai dans la main le courrier de résiliation de mon bail, puisque si je commence effectivement le 01/09 à Nantes, c’est le dernier jour pour en informer mes proprios, sinon je suis parti pour payer aussi le mois d’août)

– Et ils vous veulent quand alors les nantais ?

– Ils souhaitent que je commence le 1er septembre et ça me conviendrait tout à fait.

– Bien. C’est réglé alors.

– Vous voulez dire que ça vous va ?

– Bien sûr, je ne vais pas vous retenir.

J’en perds mes mots. Persuadé que la flemme hiérarchique retarderait mon départ, j’avais préparé une réorganisation de mon service afin d’apporter une solution « tout rôti dans le bec » à mon directeur et, du coup, je ne sais plus trop quoi dire…

Il reprend.

– Vous vous en doutiez, non ?

– Honnêtement, non. Je craignais que vous ne sachiez plus quoi faire de mon poste et que ça retarde mon départ. Vous allez faire quoi, finalement ?

– Ecoutez, si vous voulez partir, vous partez, c’est à moi de me démerder avec mes services, non ?

Je n’en crois pas mes oreilles. Mais c’est à ce moment-là qu’un petit diablotin me souffle à l’oreille une façon de savonner la planche à ma collègue préférée (je vous ai déjà précisé que c’était une connasse ?) sans dire du mal d’elle (on a ses petits principes) et je propose tout de même une réorganisation du service, tout en changeant un détail d’importance, car je lui propose désormais la suppression pure et simple de mon poste. Et j’éveille chez lui un intérêt que je n’imaginais même pas.

Puis je file chez mon chef préféré, qui prend aussitôt en main la circulaire qui traîne sur son bureau depuis une semaine et qu’il fait semblant de lire attentivement à chaque fois qu’on entre dans son bureau et je lui chante une version très légèrement différente (vu que ce guignol n’a jamais été foutu de modifier mes attributions – particulièrement mal définies – malgré ses belles promesses, je lui devais bien ça), attribuant l’idée de supprimer mon poste à notre directeur commun.

Lorsque je reviens dans mon bureau, ma collègue (qui me regarde avec un air haineux depuis que j’ai obtenu ma mutation), me gratifie d’un compliment et d’un joli sourire afin que je lui crache la teneur de mes deux entretiens, pendant lesquels elle s’est bouffé les ongles de peur que je ne dénonce ses faiblesses et incompétences (ce que je ne fais jamais mais pourquoi la rassurer ?).

Jouant les bonnes copines, elle s’inquiète de savoir si j’ai obtenu ce que je veux et là je lui raconte un entretien imaginaire, jalonné de détails réels pour étayer mes mensonges, la laissant croire que mon départ sera, pour elle, une promesse de promotion. Et j’oublie malencontreusement de lui raconter que mon poste pourrait être supprimé et qu’elle risque d’être obligée de s’y mettre… ou de changer de service, en perdant tous les avantages qu’elle y a (c’est pas très gentil mais ça fait du bien).

Bref. Je quitte la Réunion le 3 août au soir, je file en Alsace acheter une voiture, je charge les affaires que j’y ai laissées et je traverse la France en voiture pour aller dans une ville que je connaît à peine, où l’herbe est plus verte qu’ailleurs, et je me met en quête d’un appartement.

Ce qui veut dire qu’il me reste 34 jours avant de me retrouver à Gillot, ma malle de 50kg d’affaires à la main (tout le reste doit trouver de nouveaux propriétaires d’ici là) et un mouchoir blanc pour dire au revoir à la route du littoral pendant que mon avion décolle.

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