Quel plaisir que celui de s'apprêter à partir !

C'est enfantin, mais la promesse d'une nouvelle ville, de nouvelles activités, de nouvelles contraintes climatiques, me conduisent à penser que l'herbe sera sûrement plus verte ailleurs et que j'ai intérêt à profiter de ce qui me plaît à l'endroit où je suis encore.

Il faudrait sans doute vivre chaque instant de cette façon (je n'en suis pas encore là) mais il est logique que mon état d'esprit soit très différent quand j'émet une pseudo volonté d'intégration (qui me fait surtout voir les choses auxquelles je ne peux pas m'habituer) que quand j'émet la volonté de profiter de ce que je peux avant de partir (ce qui me fait surtout voir ce qui me plaît dans la vie sur cette île).

En tout cas il me semble, aujourd'hui, que la complexité des rapports entre les métros et les créoles est due à un sentiment de désillusion réciproque.

Les créoles (surtout ceux qui n'ont jamais foutus leurs pieds en métropole) sont élevés à croire que tout est beaucoup mieux en "france", que les gens sont plus fûtés, plus dynamiques, plus ouverts d'esprit et plus beaux.
Et ceux qu'ils voient débarquer ce sont des chasseurs de "primes" (les fonctionnaires sont beaucoup mieux payés ici qu'en métropole), des vieux célibataires moches qui veulent se trouver une petite épouse docile, des chefs de service ou d'administration mollassons, souvent alcooliques, au mieux "colons" et au pire carrément racistes. Et puis ils ne manquent pas de s'apercevoir que, globalement,les "métros" ne sont pas mieux qu'eux. Ni plus ouverts, ni plus intelligents, ni moins intéressés. C'est le mythe paradoxal de la "Goyave de France".

Quant à nous métros, on s'attend plus ou moins consciemment à être accueillis avec des colliers de fleurs, des sourires de jeunes créoles subjugués par notre blancheur, notre intelligence, bref, notre supériorité d'aryens. On s'attend à arriver dans un endroit convivial, un petit coin de paradis où il ferait bon vivre. Et on se retrouve dans une acculumation de patelins avec des mentalités de patelins, dominés par des familles richissimes, où les gens préfèrent ne rien dire plutôt que de se compromettre, vivant dans la méfiance des clichés qu'ils véhiculent eux-mêmes, prêtant toujours aux métros, notamment, les mêmes raisons de venir ici (pourquoi chercher à comprendre le voisin quand, de toutes façons, il sera parti avant qu'on n'y arrive ?).

Tout ça est trop général et schématisé pour être complètement vrai, j'en ai conscience, mais cette relation amour-haine permanente doit bien venir de quelque part et vu que je me sens un peu seul à penser que c'est parce que l'abcès de l'esclavage n'a jamais été réellement percé…

…je cherche encore.

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