Déjà, la séance à l'assemblée nationale avait mal commençé.

Le ton est rude, agressif, indiscipliné et les questions tournent autour de la fusion Suez-GDF (le nouveau tapis sous les pieds de Villepin) et autour d'EADS dont le nom évoquait déjà l'affaire Clearstream et qui a aujourd'hui une connotation encore plus mafieuse, dans la mesure où Noël Forgeard (son co-président exécutif) a vendu ses actions, réalisant une plus value importante trois mois à peine avant l'annonce officielle du retard de livraison de l'Airbus A380 qui a fait chuter les actions de près de 30%. Vente qui pourrait s'apparenter à du "délit d'initié".

C'est alors qu'arrive la question de Hollande sur la confiance que peut encore conserver le gouvernement au fameux co-président d'EADS, mis en place à marche forcée par le duo Villepin-Chirac.

Encore une petite disgression avant d'en arriver au sujet, le fait que ce soit le premier secrétaire du PS (c'est à dire en gros le chef de l'opposition) qui parle donne un certain poids à la question posée et rend plus solennelle la scène qui va se produire ensuite.

Hollande commence sa question en attaquant frontalement Villepin, lui demandant (en gros) s'il se sent légitime de travailler alors qu'il "a perdu la confiance des français", argumentant sur le fait que le premier ministre a également "perdu la confiance du groupe UMP" (sinon Suez et GDF auraient déjà fusionné) ainsi que celle des journalistes (Villepin a porté plainte contre des journalistes au lieu de s'expliquer publiquement sur ses contradictions dans l'affaire Clearstream) puis il embraye sur la légitimité de Forgeard à rester en poste.

A la fin de la question, Villepin se lève brusquement et, sans même prendre le temps de saluer le président Debré ainsi que l'ensemble des députés (ce qui est l'usage) répond directement à Hollande.

Soubresaut dans la salle. Déjà que les députés se sentent méprisés par Villepin, cette impolitesse, ce "coup de canif" institutionnel, a fait mouche dans leurs rangs.
Il commence par argumenter et puis, avec un regard haineux (je ne vois pas d'autre qualificatif) il parle de la lâcheté de Hollande dans cette situation.

Hollande, qui n'est pas au pouvoir et ne l'a jamais été, prend une drôle de tête, mais Villepin insiste et le caméraman de France 3 filme le visage du premier ministre en gros plan lorsqu'il prononce encore deux fois, et sur un ton méprisant, le mot "lâcheté".

C'en est trop pour les socialistes, insultés en la personne de leur chef, et Ayrault (le président du groupe PS) commence à héler ses troupes en leur disant : "On s'en va !".

Emmanuelli, un peu médusé, mais conscient de la présence des caméras, prononce très disctinctement, et plusieurs fois la phrase : "Il est fou !".

Les députés PS se lèvent et descendent interpeller directement Villepin, que les "huissiers" ont déjà encerclé pour limiter les débordements, et Debré (président de l'Assemblée Nationale) déclare qu'il ne suspendra pas la séance (il s'y résoudra pourtant quelques instants plus tard) et laisse hurler les socialistes pendant que sont posées les questions suivantes.

Une députée UMP commence alors une question en ironisant sur "l'image que donnent les socialistes de nos institutions" en se comportant comme à la maternelle.

Ce qui est un effet de manche, car dès ce matin, les députés sarkozystes (en toute bonne foi, naturellement, mais ça veut dire une part importante de l'UMP) condamnent sans détour l'attitude du chef du gouvernement.

Pour ma part, je pense que Villepin a pété les plombs hier, et qu'il n'a pas su maîtriser sa colère et son orgueil.

L'image est forte d'un point de vue symbolique, car le premier ministre a montré qu'il ne savait pas se contenir dans l'adversité, ce qui ne lui sera pardonné ni à gauche (on s'en doute) ni à droite, condamnant probablement ce pauvre Chirac à le déboulonner avant le 14 juillet s'il veut éviter que toutes les questions que lui poseront alors les journalistes, tournent autour de la personnalité et des erreurs de son ancien chef de cabinet.

Pour résumer, Hollande y est allé fort, Villepin a coulé une bielle et nos institutions (allègrement bafouées par le duo infernal au pouvoir) se sont encore pris une claque qu'elles ne méritaient pas forcément.

La politique française a connu des jours meilleurs.

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