Le moins qu'on puisse dire c'est que Chirac et Villepin attendaient avec impatience la coupe de monde de football.

Le premier parce qu'il espérait qu'on le lâche un peu avec Guy Drut et pour changer de premier ministre dans un contexte d'indifférence totale (ce qui n'était pas gagné il y a à peine deux semaines) et le second pour tenter de reprendre la main et de continuer ses réformes (dont plus personne ne veut) afin d'avoir un bilan à proposer, ce qui suppose qu'il n'a, finalement, pas tout à fait renoncé à la présidentielle.

Il est vrai que les esprits commencent à se calmer et qu'on compte désormais les points de l'équipe de France (enfin si j'ai bien compris on a pas encore besoin d'un seul doigt pour les compter) plus que les mises en examen dans l'affaire Clearstream.

La plèbe a enfin ses jeux, César et Néron peuvent dormir tranquille.

Mais la campagne pour la présidentielle de 2007 est désormais lançée et il n'est plus possible de faire machine derrière. La plupart des candidats sont declarés et on peut compter sur une campagne inédite, tant par ses acteurs que par les stratégies individuelles ou collectives mises en oeuvre.

Tout d'abord, il n'est plus possible d'ignorer Royal au PS (même si son François a été obligé de lui faire les gros yeux ce week-end après ses propos au sujet des 35h) et il ne sera pas possible d'ignorer, non plus, Strauss-Kahn (et les beaux yeux bleus d'Anne Sinclair, sans laquelle il ne se déplace plus) qui se dit persuadé d'être investi à l'automne et d'être le candidat de gauche au second tour de la présidentielle.

Sans que ce soit une réelle surprise, Bové a décidé de se présenter à son tour, comme candidat représentant la "gauche de la gauche" et le "non" au référendum européen, ce qui nous promet, de nouveau, de belles leçons de démagogie comme on les aime, et va compliquer la tâche du PS qui a déjà du mal à trouver son rythme.

On va découvrir aussi Yves-Marie Adeline, le candidat officiel des royalistes français (rien à voir avec Ségolène) qui, à défaut de donner un nom au futur roi des français (un écueil trop difficile à surmonter après un XIXème siècle friand en changement de régimes) indique toutes les bonnes raisons de faire de la France le royaume qu'elle n'aurait jamais dû cesser d'être et de rendre la parole au peuple. Un paradoxe qu'il assume… chiraquement.

Mais une sacrée surprise a été le pari risqué que vient de faire Bayrou d'être le nouvel arbitre du second tour de la présidentielle. Un pari risqué, certes, mais pas impossible à gagner.

Tout d'abord Bayrou fait partie des rares politiques à avoir compris les leçons de la traumatique élection présidentielle de 2002. Et, sans piocher dans le catalogue d'idée du FN, il défend désormais une position solitaire, jetant les gestions Chirac et Mitterand aux orties mais faisant entendre qu'il est prêt à gouverner indifféremment avec la gauche ou la droite, du moment que ceux ci acceptent un compromis de second tour sur leur programme.

Ce qui change un peu la donne politique. On n'imagine pas Bayrou s'imposer comme favori du premier tour ni même des sondages, mais sa campagne de 2002 était bonne et les positions qu'il prend depuis, montrent qu'il s'apprête à en faire une encore meilleure en 2007.

Il n'est pas encore évident que les déçus de la droite et de la gauche troquent leurs bulletins Le Pen, Laguillier ou Besançenot contre un bulletin Bayrou, mais il est possible que l'UDF fasse un score honorable et il n'est pas tout à fait impossible (quoiqu'assez improbable pour le moment) qu'il tire les ficelles du second tour en mai prochain.

Bon, il était effectivement temps que la coupe du monde et les vacances d'été arrivent avant que "la plèbe" ne se lasse des guéguerres de ses dirigeants et décide d'aller à la pêche le 22 avril 2007, jour du premier tour, mais il me semble que la campagne qui s'annonce sera intéressante. Et, dans le sens le moins fort du terme, "révolutionnaire".

Le plus gros risque, c'est finalement Sarkozy qui va nous le faire prendre. Sa tactique assumée d'aller chercher "un à un" les électeurs du FN est une idée utile mais le risque de rester en permanence sur le terrain des lepénistes c'est de voir se reproduire une "cristallisation" de la campagne présidentielle sur un seul sujet (insécurité ou immigration) qui n'est – et de loin pas – la priorité des réformes qu'il faut mener en France, avec les conséquences qu'on connaît désormais (Le Pen au second tour et un quinquennat inutile).
La tactique de l'élection sur les "peurs", utilisée par Bush aux Etats-Unis ou par Berlusconi en Italie, a déjà fait des dégats en France en 2002, il ne faudrait pas qu'on retombe dans ce dangereux travers.

Ou alors on accepte l'idée de remettre un Roi sur le trône de France, changeant ainsi le rythme et l'enjeu des élections françaises, afin d'en finir avec la démagogie, comme le prêche le leader de l'Alliance Royale (le fameux Adeline) dans les oreilles d'électeurs fatigués des alternances successives qui font tanguer de plus en plus le bateau France vers ses extrèmes.

Bien sûr, la restauration de la monarchie française est hautement improbable, mais dans un pays ou le foot est le seul moyen de raviver le patriotisme de ses citoyens, combien de temps faudrait-il pour que ceux-ci votent "oui" à l'accession au trône d'un nouveau Roi ?

Je vais poser la question autrement : Il y a à peine 10 ans, combien de gens étaient prêts à voter, à la présidence, pour une femme d'une cinquantaine d'années dont le programme prévoyait (un peu malgré elle, c'est vrai) le mariage des homosexuel(le)s ?

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