On est visiblement beaucoup à surveiller les pieds de Nicolas Sarkozy quand il s'approche d'un nouveau tapis.

Et on en oublierait presque que la royale compagne du premier secrétaire du PS peut se prendre, elle aussi, les pieds dans le tapis avant même d'être désignée candidate pour la présidentielle 2007.

Pour une raison que j'ignore (et que j'ai donc imaginée) la presse raconte souvent, ces jours-ci, l'aventure de Le Canuet, Chaban-Delmas, Rocard, Barre ou plus récemment de Balladur, qui étaient donnés grands gagnants à un an de leurs élections présidentielles respectives et qui s'étaient, au final, passablement vautrés.

Il faut dire que leurs "tueurs" étaient souvent Chirac ou Mitterand et qu'on sait désormais qu'ils avaient les moyens, les plus mesquins si nécessaire, de leurs ambitions.

Mais ce n'est pas parce que ces deux là sont hors-circuit (pour des raisons bien différentes évidemment) que Ségolène Royal doit se sentir à l'abri.

Ses propos sur le blairisme avaient surpris mais en même temps un peu aiguisé l'intérêt des foules. Les propos sur la politique sécuritaire qu'elle a tenus hier en Seine-Saint-Denis (93) faisant passer Sarkozy pour un laxiste, ouvrent, en revanche, plus nettement les portes à la critique.

Et surtout, ça donne l'impression qu'elle est en train de commettre l'erreur de Jospin, en 2002, qui a fait une campagne de second tour dès son entrée dans le jeu (à sa décharge, qui, alors, pensait qu'il n'y serait pas ?).

S'étant peut-être laissée griser par les pronostics actuels, elle s'attaque violemment à Sarkozy (qui n'attendait que ça) tout en oubliant qu'elle n'en est pas encore à "rassembler au centre" (ce qui est la bonne méthode, au second tour, pour tenter de déstabiliser un candidat de droite dans un pays qui est plutôt de droite) et qu'elle en est encore à "séduire la gauche" qui, elle seule, peut lui offrir la qualification.

Royal nous avait habitués à une attitude un peu "de droite" qui, si elle ne plaît pas aux jeunes de la LCR, rassure un peu les ex-soixante huitards ainsi que les socialistes plus âgés qui veulent se sentir à l'abri dans leur pays quitte à oublier un peu, au passage, leurs idéaux de jeunesse (il paraît que "c'est la vie"), mais ce positionnement sécuritaire aussi rapide et clairement affiché risque de la couper de pas mal de militants de base qui ne peuvent pas blairer Sarkozy et donc rejettent (souvent même sans la connaître) tout ce qui ressemble à sa politique.

Je pense que ce n'est pas très bien joué.

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