En parcourant les 200 mêtres entre mon immeuble et mon boulot le matin, j'ai croisé deux fois une dame créole d'une cinquantaine d'année qui m'a abordé pour me parler de Saint-Jean Baptiste.

Le matin au réveil, avec ma démarche un peu rapide, le contexte ne s'y prétait pas trop mais je dois dire que j'ai été relativement sec dans ma réponse genre "j'ai pas de temps à perdre avec ça" et depuis je la croise encore de temps en temps mais elle me regarde avec un air un peu méfiant et ne répond plus quand je lui dit bonjour. Tant mieux.

Il y a quelques années, je faisais un marché aux puces à Ensisheim (c'est vous dire si je m'en souviens bien) quand un type de mon âge (de l'époque) m'avait abordé en me prenant l'épaule et, les yeux dans les yeux et avec assurance, m'avait dit : "Jésus t'aime, mon frère".

J'avais esquivé poliment mais je me souviens très bien que j'avais eu envie de le gifler. Et que ça m'avait travaillé par la suite.

Pourquoi avais-je eu un élan d'agressivité envers quelqu'un qui m'avait dit un truc inadapté, certes, mais pas désagréable ?

Aujourd'hui j'assume mieux mes intolérances et surtout je comprend mieux ce qui me gène là-dedans.

Ces gens, même s'ils le font gentiment, imposent leurs croyances sans respecter ni même se préoccuper des miennes.

Si j'avais répondu à cette brave dame sur le même ton que Dieu n'existait pas, par exemple, il y a fort à parier qu'elle l'aurait mal pris.

Je pense que je ne comprendrai jamais que les gens puissent être croyants mais je suis, en revanche, tout à fait prêt à les respecter. Et à prendre en compte les implications quotidiennes de leurs religions, même quand parfois ça m'emmerde.

J'ai fini par comprendre qu'il n'y avait pas une seule verité et que je fais partie, moi aussi, des aveugles qui croient savoir ce qu'est un éléphant rien qu'en touchant sa trompe.

Mais, du coup, j'exige qu'on accepte (même sans comprendre) mon incroyance et je n'hésiterai plus à envoyer chier des gens qui viennent me dire qu'ils sont mes frères (ma môman m'en aurait informé, j'imagine), que mon destin est entre les mains de Shiva ou d'Allah ou bien que ma réincarnation est compromise du fait de mon mode de vie.

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