Ces temps-ci, une bonne partie des journalistes, des hommes politiques ou des patrons d'instituts de sondages parlent de la fin de la Vème République.

Pourquoi ? Quelle est la révolution qui se serait opérée à notre insu et qui mériterait une solution aussi radicale ?

A mon avis ce ne sont pas les affaires ou la corruption qui poussent à ce grand changement. Des études récentes montrent que les électeurs préfèrent un personnel politique corrompu mais efficace plutôt que honnête et sans prises sur les événements.

Marie-France Garaud, ancienne conseillère de Pompidou et de Chirac, vient de sortir un bouquin (La Fête des Fous, je crois) où elle explique que les institutions de la Vème République sont fortes mais que les hommes politiques sont faibles et que c'est là tout le problème.

C'est vrai que si on considère que la constitution de 1958 a été confectionnée comme des petits chaussons pour le général de Gaulle, aucun homme politique n'en a eu ensuite la pointure.

Il me semble aussi que le problème se pose sur le "non-dit" de cette constitution plutôt que sur ses règles écrites.

En effet, aucune règle n'oblige le président à démissionner lorsqu'il perd un référendum ou rate une dissolution, à changer de premier ministre si celui-ci s'est planté ou est cité dans une affaire financière.

Ce ne sont que des exemples mais la Vème fonctionne surtout autour du président. On considère qu'il est le seul à pouvoir trancher lorsqu'il y a un problème dans la société française (ce qui fait qu'on parle facilement de président-monarque mais je creuserai ça une autre fois).

C'est tout à fait significatif de voir tous les regards se tourner vers Chirac quand les autres n'ont pas de réponses (voir Crise des banlieues, CPE, Clearstream par exemple) alors que peu de gens aujourd'hui tiennent réellement compte de son pouvoir ou même de son avis.
C'est un costume taillé trop grand pour notre président actuel. Lui qui a déjà du mal a respecter les règles écrites, on ne peut pas vraiment s'attendre à ce qu'il respecte des règles tacites qui ne seront pas opposables devant un tribunal (si jamais il y va un jour).

Et la presse s'acharne sur lui, ces temps-ci. Dont Franz-Olivier Giesbert, qui balance dans un bouquin salé (mais très agréable à lire) les confidences que lui a faites Chirac lorsqu'ils étaient amis (parce que Giesbert est toujours ami avec les politiques au pouvoir et les balance régulièrement lorsqu'ils sont en fin de règne – ce qui manque un peu de classe, je trouve).

Mais depuis peu la droite aussi balance sur le président-fondateur de son mouvement.

Je n'ai jamais eu de respect pour Chirac, me faisant mon idée sur lui dans les années 80 en le voyant être un maire de Paris clientèliste et démago, puis un premier ministre en campagne présidentielle permanente, s'écrasant devant un président qui le manipulait à l'envi.

Mais je trouve un peu facile de "balancer le bébé avec l'eau du bain" et d'accuser Chirac de tous les maux.

Il n'est pas un bon président, ça c'est sûr. Mais il n'est pas le seul à avoir fait campagne dans un camp pour gouverner dans l'autre, à rester en poste quand le peuple le rejette ou à gouverner en fonction de qui gueule le plus fort oubliant ses grandes idées politiques dès que les citoyens sont dans la rue. Mitterand l'a fait avant lui.

Il est probable que les deux finalistes de la présidentielle 2007 soient des gens qui aient compris cet état de fait. Et qui aient analysé, notamment, un des avatars de cette crise de régime qui a eu lieu le 21 avril 2002.

Aujourd'hui, des candidats probables, seuls Sarkozy et Royal organisent leur campagne en fonction de ces éléments. Et en revenant à un nouveau clivage gauche-droite plus clair et (comme dirait Sarko) "décomplexé".

Alors non seulement je leur souhaite bonne chance à tous les deux, mais je nous souhaite aussi qu'ils nous bricolent une VIème république pragmatique ou au moins une nouvelle Vème, plus modeste, qui accorde au président la possibilité d'être nul.

Parce que ça arrive, parfois.

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