Souvent, j’ai entendu d’anciens militants de la « cause gaie » dire que ce n’était plus leur truc, qu’il fallait laisser ça à la jeunesse et qu’ils préféraient être militants dans leur vie de tous les jours.

Et je trouvais ça un peu con, voire un peu lâche.

Mais c’est exactement ce que je fais (sauf que je n’ai pas le sentiment que laisser ça à des plus jeunes ou des plus vieux change quoi que ce soit sur le fond) .

J’ai effectivement le sentiment que cette affaire là est derrière moi, que le peu que j’ai fait est largement suffisant (« suffisant » étant exactement le mot qui convient, comme dirait Giscard) et que ma visibilité dans la vie de tous les jours, contribue, tout doucement et à bien moindre échelle, à faire évoluer les mentalités.

C’est moins de boulot, c’est moins de résultats flamboyants mais c’est gratifiant aussi et ça reste (rarement, mais) parfois un effort.

Quand on me parle qui de sa nana qui de son mec, j’indique (très rarement dans les détails, faut pas déconner non plus) l’existence de mon « jules » et j’accorde la même valeur à tous les types de couple, devant des interlocuteurs parfois un peu crispés (ce qui ne dure pas tellement, en général), parfois franchement ouverts, le plus souvent amusés.

Globalement les gens ne se permettent pas trop d’être « incorrects » quand on ne manifeste aucune gène. S’ils crachent dessus dans mon dos, ils le font comme ils le feraient devant n’importe quoi qui les change un peu de leur train-train et, presque toujours sans conséquences.

Il y a beaucoup d’hypocrites, de suivistes, de « disciplinés » (l’homophobie est désormais un délit – enfin, en gros) qui sont tout à fait prêts à changer leurs représentations sur l’homosexualité (et probablement bientôt sur l’homoparentalité aussi) quand ils comprennent que ça ne changera pas grand’chose dans leur vie et que, au pire, ça évitera de rougir devant la voisine si fiston ou fifille devait prendre goût à des « partenaires » de son genre (et puis ça fait moderne, il y a beaucoup de gens qui aiment avoir l’air « dans le vent ») (qu’importe le flacon, hein…).

Et ça arrive… C’est marrant mais au boulot j’ai surpris des conversations (destinées à tomber dans mon oreille sans que je ne soie formellement invité aux discussions, c’est compliqué la Réunion) par lesquelles j’ai pu comprendre que certains de mes collègues avaient des doutes sur l’orientation sexuelle de leur « tout/e petit/e » et se sentaient un peu perdus.

Est-ce une bonne chose pour « mon bébé » ?

Quelle réaction attend-il/elle de moi ?

Comment puis-je le/la conseiller moi qui ne partage pas ou ne comprend pas ses désirs ?

Dois-je avoir honte ?

Etc.

Là où je bosse et là où j’ai bossé, je n’ai jamais vu de réactions franchement hostiles, la plupart du temps les gens m’ont même surpris par leur naturel devant ce genre de questions supposément taboues (bon, supris dans les deux sens, c’est vrai, j’ai découvert des cons aussi, mais il ne m’ont pas dit bonjour souvent alors je ne me rappelle plus très bien d’eux).

Avoir un collègue pédé dans ces cas là ne leur est pas vraiment d’une grande aide mais ça rassure sur deux trois détails de base, souvent les plus bêtes, donc les plus inavouables, donc les plus terribles à surmonter au début.

Oui j’ai un boulot, non je ne suis pas drogué (enfin pas trop), maquillé, travello, je n’ai certes pas l’air frais tous les matins (donc on me suppose infatigable fêtard, c’est un cliché pas trop pénible et ça évite des questions) mais je fais mon boulot, je glande, je parle, je me tais, je gueule ou je suis sympa en fonction de la lune, des marées et du climat de la saison, donc en gros je ne suis pas une insulte à la routine, fiston ou fifille ne sera pas un sujet inépuisable de conversations, ce qui est incontestablement un plus.

Tout ça pour dire (desolé, sur ce coup là j’ai été un peu longuet) qu’être « visible », même sans militer, n’est pas un si gros effort car ça devient vite un réflexe.

On a donc l’occasion de penser à autre chose et parfois même à rien.

P.S. C’est le fait de lire aujourd’hui les propos homophobes du député UMP Vaneste et que ma première pensée aie été "Oh ! Une nouvelle façon de piquer des voix à Le Pen" qui m’a fait penser que je n’étais vraiment, vraiment plus « dedans ».

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