C'est à mon avis ce que viens de faire Chirac de la fonction présidentielle.

Je ne me rappelle pas avoir vu un président privilégier son premier ministre plutôt que la paix sociale et encore moins promulguer un texte en refusant de l'appliquer.

("Le chef de l'Etat a fait un grand écart, disant à la fois que la démocratie, c'est de publier des lois, pour dire trois phrases après qu'il demandait au gouvernement de ne pas l'appliquer. De qui se moque-t-on ?" Martine Aubry, P.S.)

Tant sur la forme que sur le fond, l'intervention du chef de l'Etat était tellement nulle et peu lisible que son "j'ai décidé de promulguer la loi instaurant le C.P.E." m'a rappelé, son "j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée Nationale" d'il y a 9 ans.

Beaucoup de commentateurs politiques fondent leur réflexion sur Chirac à partir du fait qu'il fait un complexe d'infériorité et que lorsqu'il parle de Juppé ou de Villepin il n'ose même plus jouer son rôle institutionnel.

C'était difficile à croire mais quand on voit ce qu'il vient de faire pour sauver la tête de son premier ministre, on se dit qu'il y a peut-être un fond de verité, finalement.

En tout cas Chirac a battu, ce samedi, le record d'impopularité présidentielle sous la Vème République avec 20% de sondés lui accordant leur confiance.

Et le prochain président ou la prochaine présidente n'aura pas à s'embarrasser de l'héritage de Chirac, de Mitterand ou même de De Gaulle parce que la fonction présidentielle de la Constitution de 1958 a été vidée de son sens.

Du passé faisons table rase… D'accord. Mais il va tout de même falloir réinventer cette fonction parce qu'aucun parti n'a prévu, dans ses réformes institutionnelles, la suppression du poste de président.

Pour le moment, on va simplement observer la suite des événements. Parce que ça risque d'être sévère, cette fois.

Les syndicats sont soudés comme ils ne l'ont jamais été (même en 1995 ils avaient des discours moins unanimes et la CFDT soutenait Juppé), la gauche a fait l'union sacrée, même avec son extrème (ce qui n'est jamais arrivé, à ma connaissance), les jeunes, incompris et meprisés, se sont lançés dans une bataille qui est devenue générationnelle (voilà, à mon avis, la seule comparaison qu'on puisse faire avec mai 1968) et les salariés, les citoyens et même le MEDEF sont solidaires du mouvement.

Avec une assise pareille la crise devrait s'amplifier dans des proportions difficiles à prévoir et les partis politiques de gauche comme de droite risquent d'entrer dans une surenchère "sans filets" compte tenu des échéances de 2007.

Pathétique fin de règne pour le "plus mauvais président de la Vème" (c'est pas moi qui le dit c'est les sondages).

***

Ce qui est amusant c'est que pour la première fois depuis longtemps la CFDT se bat contre le gouvernement et c'est François Chérèque (jusqu'ici bien mollasson) qui semble être devenu le trait d'union des syndicats de salariés. Et il ne s'en sort pas mal, finalement.

Une autre tête (une nouvelle) revient régulièrement dans les médias c'est celle de Bruno Julliard (UNEF). C'est pas qu'il soit mauvais, hein, mais il a l'air de prendre un tel pied à ce qu'on lui demande son avis, à jouer les grands mystérieux sur ses rapports avec les politiques ou les leaders syndicaux, qu'on a envie de lui conseiller de se tripoter l'ego dans sa salle de bains avant chaque intervention. Devant tout le monde c'est indécent…

Oh et puis j'ai failli oublier Hollande. "Lou ravi". Qui se permet de donner des leçons au gouvernement et à Chirac en levant ses petits poings… c'est mignon. On y croirait presque, et puis on se rappelle que le P.S., dans le fond, ne propose rien pour remplacer le C.P.E. et se contente de jouer les mouches du coche, que Hollande n'avait pas du tout vu venir la contestation et que l'union de la gauche n'a pas grand'chose à voir avec la choucroute, tous ses leaders essayant juste de nous faire passer la pilule de leur future réconciliation présidentielle et législative. Laquelle, grâce à Villepin et Chirac, sera probablement élargie et sûrement victorieuse.

Publicités