Sans crier gare, notre bien aimé premier ministre a réussi une prouesse sans précédent ! Faire sortir Chirac du bois.

A l'époque de Juppé ou de Raffarien, notre guide spirituel, maître de nos destins et de nos bourses, n'avait jamais jugé utile de dire le contraire de ce que scandait la rue.

Jusqu'ici il s'était contenté de laisser pourrir les conflits pour finir par dire tout le contraire de ce qu'il avait demandé à son premier ministre en agitant les bras et en fronçant les sourcils persuadé que l'Irak en 2002 ou ses sorties sur le Tiers-Monde avaient fait de lui un homme d'Etat puissant et incontesté, ralliant en permanence la foule à son panache blanc.

Avant Chirac la démagogie n'était qu'une pratique professionnelle, il en aura fait un art (un art premier même aha aha aha).

Mais le moins qu'on puisse dire c'est que Villepin le connaît, son Chirac, depuis le temps qu'il le pratique, et là il l'a sommé (on ne sait trop comment) de prendre la défense du CPE.

Ce que Chirac a fait, certes du bout des lèvres, mais tout de suite, immédiatement et sans délais. Jusqu'à aller trois fois de suite "à la télé" la semaine dernière pour dire tout le bien qu'il pense du CPE, mesure libérale s'il en est, lui qui nous fait croire depuis 1995 qu'il est un révolutionnaire gauchiste attendant le grand soir.

(On imagine la scène entre les deux "grands hommes" : "Je te préviens, Jacques, si je tombe, tu tombes avec moi !". Que de flair politique, de grands idéaux, de réformes avisées, de dissolutions fûtées, tout ça pour finir comme Balladur, non franchement c'est trop injuste)

La question maintenant, c'est comment Chirac va réagir après les grèves d'aujourd'hui. Jusqu'à sa pathétique réélection de 2002, il avait toujours fait preuve d'à propos, réussissant à se tirer des plus mauvais pas d'un claquement de doigts mais, depuis, il semble qu'il ait nettement perdu la main.

Difficile de prévoir comment il va tenter de se sortir de ce traquenard cette fois. Ou alors comme après les émeutes de l'an dernier, une petite intervention mollassonne, des promesses, et hop une camomille et au lit ?

En tout cas, lui qui n'aura jamais fait comme tout le monde, il aura eu 40 ans de CDI qui se seront terminés par une période d'essai de deux ans… et on ne prendra même pas la peine de motiver son licenciement.

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