Quelle mouche a donc piqué les députés socialistes, mercredi 15 mars, à la fin de la séance des questions au gouvernement ? Vous avez pu voir la scène au journal de 20 heures, sur France 2, ou sur LCI. Si vous êtes scotchés à PPDA, sur TF1, vous n’en saurez jamais rien ! On résume l’incident ? Le député UMP Jacques Domergue, qui avait visiblement préparé son coup, se lance dans une diatribe enflammée contre les socialistes en général et Ségolène Royal en particulier. Celle-ci « bafoue la loi » puisqu’elle annonce à l’avance qu’elle n’appliquera pas le CPE, pourtant voté par le Parlement, dans sa région de Poitou-Charentes, s’écrie le député UMP, très énervé. Il demande donc à Jean-François Copé, ministre du budget et porte-parole du gouvernement, de lui « rappeler », à elle et à quelques autres, « les règles essentielles de la démocratie ». C’est l’injure publique ! Le sang des socialistes en général et du compagnon de Ségolène en particulier ne fait qu’un tour. Ils descendent carrément vers les bancs du gouvernement, ce qui est rare. Dans son beau costume de velours noir, Fraise des bois a l’air très excité, ce qui est plus rare encore. Les huissiers s’interposent pour éviter cette invasion de l’emplacement réservé aux ministres qui pourrait aboutir, horresco referens, au blocage de la tribune. C’est le désordre, la pagaïe, quasiment la chienlit ! Jean-François Copé fustige ouvertement cette Ségolène irresponsable, son compagnon, et toute leur bande de casseurs de lois, bien connue depuis longtemps de ses services. Mais voilà, dans le tumulte devenu général, il ne peut pas se faire entendre ! Tout au plus peut-il s’écrier que la gauche en est réduite à ce genre de « dérives » parce qu’elle « ne propose rien, n’assume rien ». Le face-à-face entre les huissiers qui font barrage de leurs corps et les députés de l’opposition qui vocifèrent est haletant. On se croirait boulevard Saint-Michel ! N’est-ce pas d’ailleurs le but de toute l’affaire ? Les socialistes auraient voulu mimer à l’avance la manifestation étudiante et lycéenne prévue, ce jeudi 16 mars, à Paris, qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. De son perchoir, Jean-Louis Debré avait beau tempêter : « Je vous en prie ! Je vous en prie ! Vous manifesterez dehors ! Vous donnez un spectacle épouvantable. Faites preuve d’un peu de dignité ! » Rien n’y faisait. Les socialistes avaient manifestement, c’est le cas de le dire, envie de se livrer, devançant les cortèges annoncés, à une sorte de jeu de rôle.
DOMINIQUE DHOMBRES

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