Le cyclone en devenir s’est ratatiné comme un soufflé au fromage mal cuit, a été débaptisé et s’est tiré de notre région fissa fissa. On le remercie de nous avoir débarrassé de la pluie, mais pas des moustiques et, tant qu’à faire, on le remercie d’être allé voir ailleurs si on y était. « Carina » reviendra… peut-être.

Mais cette bonne nouvelle n’en a pas eclipsé une dramatique.

Hier, vers 6h du matin, Loulou, 64 ans, s’impatientait à l’entrée de la route du littoral qui, après avoir été fermée pour cause de fortes pluies, devait juste rouvrir. Il devait amener Daisy, sa femme de 20 ans sa cadette, à Saint-Denis où elle est infirmière. Quand la route finit par s’ouvrir le couple s’engagea dans la voie jusqu’à ce qu’un énorme rocher, délogé par la pluie et l’humidité, tombe sur leur voiture, tuant Daisy sur le coup, égratignant sérieusement Loulou qui, physiquement, s’en remettra.

C’est dans ces cas là que je me souviens des sempiternels reportages de RFO qui interroge le « grondin de base » au volant de sa voiture quand la route doit être fermée et les vociférations des gens qui trouvent inadmissible qu’on leur coupe leur seul moyen d’éviter la route de La Montagne qui fait 47 kms (au lieu de 15) et qui est à chier.

La seule fois où on m’a interrogé au volant de ma voiture, j’ai répondu qu’ils avaient bien raison de la fermer et qu’ils devraient la fermer longtemps, le temps de prendre les mesures nécessaires pour qu’elle soit enfin sûre. Jamais ils n’ont diffusé ça, tiens, comme si visiblement ce n’était pas le discours que voulait entendre la journaliste (elle avait eu l’air déçue, d’ailleurs, genre « putain, j’ai pas fini ma matinée, là »).

Je conseille à la journaliste d’aller voir « Loulou, 64 ans » pour lui expliquer que la « route en corniche » est le poumon économique de l’île que que M. Payet en a besoin tous les matins pour aller travailler, ça va lui faire une belle jambe, à « Loulou, 64 ans ».

Il a commis quoi comme erreur ? La route avait été rouverte officiellement, il avait confiance dans les autorités, il roulait (je n’en sais rien mais ça change quoi ?) prudemment et son taux d’alcoolémie était inexistant. Il va se reprocher quoi, maintenant ? D’être parti 5 minutes trop tôt ou trop tard ?

Quand à l’abruti qui a décidé de rouvrir la route (on était en vigilance cyclonique, en plus, m’enfin on va pas ergoter, hein), il écrira un petit rapport vite fait sur la responsabilité qui lui incombait de rouvrir la route pour que le camion de Dodo aille de Saint-Denis à Saint-Paul ? Que c’est la providence ? Le hasard ?

On ne parle pas d’un cyclone, là, on parle d’une route construite sur la mer, au bas d’un mur immense (15 km de long, déjà) de rochers dont tout le monde sait qu’ils se casseront la gueule l’un après l’autre, en cassant, au passage, la gueule d’un certain nombre de Daisy et de « Loulou, 64 ans » ! D’une route dont tout le monde connaît les « basculements » divers et variés, et que la DDE surveille en permanence.
Mais comme dirait, avec beaucoup de philosophie (et avec l’air pénétré), mon érudite collègue, « kan lé pour ou lé pour ou », genre c’est le choix du bon Dieu ou d’un équivalent indien quelconque. Connasse !

Et puis devinez qui a mis, en une, la photo de la voiture avec le rocher dessus, des éclats de verre et des tâches de sang ? Le JIR, bien sûr, mais « Le Quotidien » aussi évidemment. Monsieur et Madame Hoarau seront ravis, au petit dèj, de voir la mort violente d’une de leurs camarades, collègue, nièce ou voisine (il y a deux ans, le JIR avait même pris l’initiative de mettre un grand rond rouge sur sa « une » autour du bras d’une autre « Daisy »,des fois qu’on n’ait pas bien vu qu’il avait été expulsé de la voiture sous le choc d’un rocher).

Je pense que le fatalisme est une bonne chose quand on parle de catastrophe naturelle et qu’on aurait intérêt, notamment en métropole, à être un peu plus humbles devant les éléments mais quand il s’agit de catastrophe tout à fait artificielle et d’incompétence meurtrière, le fatalisme est une connerie particulièrement dévastatrice.

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