« Pourquoi Ségolène Royal ne nous donne-t-elle pas son programme présidentiel puisqu’elle s’affiche ouvertement candidate ? » feignent de se demander les DSK, Lang, Fabius ou même, dans un autre style, Jospin (« Ségolène ? Quel problème ? »).

Pourquoi ? Et bien parce qu’elle n’en a pas besoin. Le PS de son compagnon est en train d’en élaborer un pour son futur candidat, c’est à dire très probablement pour elle (« cristallisation positive durable » d’après les sondeurs). Et que, même si elle en avait les moyens, elle ne prendrait jamais le risque de se couper du PS.
Elle montre ainsi qu’elle a été elevée (en politique) par Mitterand. Elle est ambitieuse (elle était déja candidate au perchoir, piqué finalement par Fabius, en 1997), elle sait obtenir des victoires (comme en 2004 en Poitou-Charentes) sans en négliger médiatiquement la dimension symbolique (elle avait, alors, soufflé sa région au premier ministre en exercice, le petit père Raffarin) et elle est, donc, résolument calculatrice.
De plus le contexte lui est favorable, Fabius, supposé grand gagnant de la « course à l’échalote » socialiste au moment du référendum européen aura le plus grand mal à expliquer les paradoxes et les grosses ficelles démagogiques sur lesquels il a surfé à ce moment-là, Lang n’a toujours été qu’une blague présidentielle, DSK ne « fait » décidemment pas de gauche et enfin Jospin, qui reste pourtant le seul adversaire possible, incarne déjà une période ancienne de la vie politique française, alors que les français disent avoir envie de changement.

Alors finalement on se dit que « Ségo » a peut-être raison de ne pas trop parler (d’ailleurs elle a déjà perdu de belles occasions de se taire) et de se montrer suffisamment (notamment ses dents toutes récemment ponçées) pour incarner le renouveau à gauche, alors que Sarkozy se démène, plutôt efficacement jusqu’ici, à incarner le renouveau à droite.

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