A cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle, alors que les candidats mettent le “dernier coup de rein” (dixit Bayrou) pour séduire leur électorat et celui du voisin (ou de la voisine), le scénario des “quatre grands candidats dans un mouchoir de poche” qui nous est promis depuis des semaines, ne me paraît, d’un seul coup, plus crédible.

Depuis le début de la campagne, quelques verités nouvelles se sont imposées. Royal tient la route, elle s’améliore même dans la dernière ligne droite, Sarkozy s’essouffle et recommence à inquiéter une partie des électeurs, Bayrou a réussi son opération de séduction mi-contestataire mi-conservatrice et Le Pen, à trop radicaliser son discours, a pris le risque de se couper des voix modérées qui ont fait son succès en 2002.

Et puis, ce qui était beaucoup plus attendu : le grand gagnant de cette campagne est le vote utile. Les “petits candidats” se situent dans une fourchette particulièrement basse et ont toutes les peines du monde à convaincre qu’ils représentent une alternative crédible (souvent parce qu’ils n’en sont pas convaincus eux-mêmes mais passons…).

Chaque élection présidentielle comporte une surprise de taille au premier tour et il est donc relativement prévisible que celle-ci en comporte une, même si les sondeurs n’osent plus tenter de pronostics sur la question.

Du coup, je vais tenter ma chance.

En me fondant sur les impressions que me laissent cette campagne, les faits divers qui l’ont émaillée et les dynamiques autour de chacun des quatres candidats principaux (UMP, PS, UDF, FN) il me semble presque évident que l’un d’entre eux va brusquement dévisser dimanche soir.
On aura un tiercé gagnant dans “un mouchoir de poche” et le quatrième entre 10 et 15%. Le quatrième sera Le Pen ou Bayrou mais plus probablement Le Pen.

De plus, je suis prêt à parier gros que le score de Sarkozy sera plus bas que celui prévu par les sondages et celui de Royal bien plus haut. Cette dernière pourrait même être en tête.

On n’a plus que quelques jours à attendre. Je me réjouis déjà de ma soirée de dimanche, que je vais passer – une fois n’est pas coutume – devant la télé pendant des heures, à me délecter des différentes interventions, des trognes des déçus et de la joie des vainqueurs tout en écoutant déjà l’avis des politologues sur le second tour de la présidentielle.

En attendant, je m’appliquerai la règle que je chuchotte à l’oreille de tous mes proches : je vais choisir mon candidat ou ma candidate parmi les deux ou trois qui ont une chance d’être au second tour.

Et puis, bien sûr, j’irai voter.

En démarrant mes révisions pour une nouvelle matière qui répond au doux nom de “spécification formelle” et qui semble à la croisée des chemins entre mathématiques, algorithmique et logique propositionnelle, je me suis arrêté sur deux phrases que je devais “spécifier”.

Deux phrases qui, une fois “spécifiées” étaient clairement différentes alors qu’en “français” je me suis aperçu que la différence n’était pas aussi facile à entrevoir.

Du coup, je les soumet à votre sagacité.

Quelle est la différence entre : “Aucune personne ne peut être à la fois un homme et une femme” et “Toute personne est soit un homme soit une femme

Enfin, à moins d’un mois du premier tour de la présidentielle, on commence un peu à s’amuser.

Le dernier qui m’a faire rire aura été (qui l’eût cru ?) le candidat de l’UMP, qui se décide à attaquer sa concurrente socialiste sur la nouvelle pomme de discorde gauche-droite (et qui jusqu’ici faisait partie des thèmes de l’éternel candidat frontiste) : l’identité nationale.

«Il y a une semaine, Ségolène Royal et François Bayrou disaient que j’avais tort. Madame Royal, avec le sens de la modération qu’on lui connaît maintenant, prononçait même le mot ignoble. Après avoir prononcé ce mot ignoble il y a une semaine, elle fait un discours entier sur l’identité nationale». «Je ne lui en veux pas, c’est bien qu’elle comprenne».

Ca c’est de la belle attaque ! Sportive, frontale, civilisée. On pourrait même trouver que sur ce point Sarkozy fait preuve d’un certain panache.

Jusqu’ici il y était allé mollo, en parlant de sa rivale, parce qu’il était un peu gêné aux entournures et craignait que chacune de ses attaques ne se retrouve soulignée en rouge avec, dans la marge, la remarque “sexiste”.

Ce qui était plutôt une bonne stratégie et pas seulement sur le plan moral, puisque Royal a déjà montré qu’elle était fort capable de trouver du sexisme là ou il n’y en a pas et de se poser en victime de la grosse méchante société machiste, même dans les quelques cas où le problème ne se pose pas.

Or il fallait bien commencer à l’attaquer, Mitterande, non seulement parce que le futur ex ministre de l’intérieur commence à baisser dans les sondages, mais aussi parce qu’elle commence à devenir bonne.

Depuis cette semaine, notamment, il semble que la picto-charentaise ait trouvé son ton, ses arguments et, surtout, retrouvé sa liberté de parole, celle qui lui avait permis de rafler le P.S. au nez et à la barbe (n’est-ce pas particulièrement le cas de le dire ?) de ses petits camarades.

Jusqu’à ces derniers jours, j’écoutais les discours de la candidate en baîllant, bercé par la solide langue de bois dont elle avait toujours fait preuve (je n’ai d’ailleurs jamais compris où les médias avaient trouvé le fameux “parler vrai” qui, d’après eux, justifiait son extraordinaire succès dans les sondages l’an passé).

Pendant ce temps, Sarkozy utilisait les mots des gens, quitte à parler de “racaille” et de “kärcher” pour se faire comprendre alors que l’énarque socialiste utilisait des phrases pompeuses qui, régulièrement, ne nous donnaient aucune idée de son opinion et nous faisait même douter qu’elle en avait une.

[Du coup, j'entendais souvent, chez les éminents spécialistes politiques (ma boulangère, la brave petite dame du pressing et autres passants enthousiastes) la phrase "moi je voterai bien pour Sarko, parce que lui au moins je comprends ce qu'il dit".]

Mais, alors que Sarkozy avait decidé de parler d’une voix plus grave et plus calme, et qu’il semblait de moins en moins naturel et de plus en plus coinçé dans sa posture de rassembleur, Royal commençait à moduler son ton, à associer son regard aux mots qu’elle employait, à montrer sa pugnacité, bref, à devenir crédible.

[Juste pour observer ces deux phénomènes - et si d'aventures leurs programmes vous intéressaient - je vous conseille chaleureusement les deux éditions spéciales de France Europe Express des 17 et 18 mars, disponibles gratuitement ici]

Alors quand Sarkozy commence à prendre les propos de Royal à la rigolade comme il l’a fait (sur un sujet qui prête pourtant peu à l’humour, surtout dans sa bouche) je me dis que c’est une bonne nouvelle.

C’est une bonne nouvelle, parce que s’ils commencent à se lâcher tous les deux et à entrer dans une bataille frontale, on pourra peut-être oublier un peu tous les inutiles autres candidats(*) et profiter d’un beau match.

Parce que je continue à penser que si on accepte de fermer un peu les yeux sur leurs lourdingues recours à la démagogie poisseuse, le duel entre ces deux là sera sportif, de qualité et que leurs idées et thêmes respectifs gagneront en profondeur et en crédibilité s’ils s’affrontent au second tour.

Au fait, si vous ne savez pas trop qui défend les idées qui vous conviennent le mieux, je vous conseille ce test sur le site du Monde.

(*) Pourquoi s’embarrasser de précautions oratoires quand on sait que dix candidats sur douze n’ont pas les moyens de gouverner, et que certains d’entre eux n’en ont même aucune envie ? Doit-on vraiment voter pour ceux qui ne pensent qu’à financer leurs partis ?

C’est par ces mots que François Mitterand, à l’époque président de la république, avait sous-entendu (ou clairement annoncé, selon les interprétations) que sa fin était proche, au cours de la cérémonie des voeux annonçant la “bonne année” 1995.

[C'est probablement cette phrase qui a inspiré le "Il y a une vie... jusqu'à la mort" de Chirac, qui a sans doute voulu laisser plâner une sentence censément sybilline avant son départ]

C’est par cette fameuse phrase que se présente un blog, particulièrement savoureux, dans lequel l’ancien président de la république (si ce n’est pas lui, alors qui ?) commente la campagne présidentielle actuelle ainsi que les petites stratégies des uns et des autres, se gausse de “son successeur”, des “jospiniens”, de sa cible préférée, Rocard, et se trouve des ressemblances avec sa potentielle successeuse (on féminise les mots ou pas ?) dont il prédit assurément la victoire.

Pour moi qui voit en Ségolène Royal une “Mitterande” et qui prédit obstinément sa victoire quelque soient les sondages actuels, je me régale des billets de ce blog que je vous conseille chaleureusement (et puis, si ça peut m’éviter de réviser pour mon prochain contrôle de maths).

Vous ne savez pas pour qui voter en 2007 ?

Votez Mitterand !

Il aura attendu le dernier moment pour le dire (il reste 5 jours aux candidats à la présidentielle pour obtenir leurs 500 signatures d’élus locaux) et il l’a dit joliment, clairement, presque à regrets :

Je ne solliciterai pas vos suffrages pour un nouveau mandat”.

Quelques mots pour nous dire qu’il nous aime, qu’on ne l’a pas élu pour rien, même si beaucoup de chemin reste à faire, et annoncer qu’il aura prochainement l’occasion de dire quel candidat il soutient pour prendre sa relève.

C’est finalement arrivé. Chirac s’en va.

Pour le première fois depuis que je le regarde, il m’a semblé qu’au delà des mots qu’il prononcait, sa voix vibrait d’une émotion sincère.

Mais on peut ne se sentir, ce soir, ni orphelin, ni desolé.

De plus, avant même que “le président de la république” ne se décide à dire qu’il soutient Sarkozy (*) on peut se décider à prendre au sérieux l’échéance qui s’annonce. Car même s’il le fait de façon moins violente que Giscard en 1981 (qui avait laissé sa chaise vide devant les caméras de télévision), Chirac rappelle qu’il va falloir le remplacer.

On pourrait imaginer que les jours qui viennent montrent un changement sensible du regard que les citoyens portent sur les trois principaux candidats à la présidentielle.

En effet, on va pouvoir jauger les Bayrou, Royal et Sarkozy à l’aune de la solennité du discours du chef de l’état sur sa succession.

Autrement dit – et malgré toute la difficulté de l’exercice – il va falloir essayer de les prendre au sérieux.

(*) On se doute que Chirac soutiendra son camp, mais il pourrait faire comme Mitterand, en 1995, qui a dit du bout des lèvres qu’il voterait Jospin et s’est ostensiblement affiché ensuite avec celui qui est devenu son successeur. Chirac, qui déteste Sarkozy au moins autant que Mitterand détestait Jospin nous fera-t-il la surprise de se montrer cordial avec Bayrou ou avec Royal ?

D’après une édifiante étude de l’INSEE, portant sur 60.000 français (soit 60 fois plus que les sondages qui nous annonçent Bayrou comme “troisième homme” en ce moment) 72,4% des français se “sentent proches d’une religion”.

Le top 50 du bon dieu est donc le suivant : 64 % des français se sentent proches de la religion catholique, 3% proches de la confession musulmane, 2,1% proches du protestantisme et 0,60% proches de la religion juive.

Autrement dit, l’islam est bien la deuxième religion de France, mais la “vague d’immigration musulmane” qui serait en train de bouleverser notre culture se résume à 3 personnes dans un groupe de cent, si Le Pen et Villiers se préoccupaient d’être objectifs, ils devraient changer de disque.

Quant à l’antisémitisme, ce sentiment qui semble bien ancré en France, c’est une phobie tournée contre moins d’un français sur cent.

On peut se réjouir que ces sentiments de rejets soient objectivement décrits comme paranoïaques, mais le fait que plus de 2 français sur 3 cultivent, de près ou de loin, un sentiment religieux n’est pas une information de nature à me réjouir.

Le siècle des lumières a laissé moins de traces que ce qu’on aurait pu imaginer.

Les interventions de Ségolène Royal ont tendance, ces derniers jours, à être qualifiées de “quitte ou double”, tant la campagne de la madone au tailleur blanc continue de traverser des “trous d’air” (selon le cliché à la mode).

Le dernier “quitte ou double” ségolien a eu lieu hier soir, dans l’évenementielle “J’ai une question à vous poser” de TF1.

Il semble que l’émission en question ait pour objectif de servir la soupe aux candidats interrogés tant on s’aperçoit que les français, s’ils sont “experts de leur quotidien”, ne le sont pas de la politique et ont une fâcheuse tendance à ne voir les choses que par le petit bout de la lorgnette. C’est le moment, sans doute, de se souvenir que les journalistes et autres analystes politiques ou sondagiers ont – pour certains d’entre eux, en tout cas – retenu deux trois bricoles de leurs longues années d’études. Bricoles qui leur permettent de contredire les élus, de les mettre en difficulté, voire de les pousser à bout afin de “briser la langue de bois” une fois de temps en temps.

Donc, s’il est clair que cette émission ne sert pas à grand’chose sur le fond, elle est sans doute utile sur la forme. Elle a permis, en effet, de confirmer que Sarkozy tiendrait la route jusqu’au bout (ce qui n’était pas évident il y a seulement quelques semaines) et de démontrer, hier soir, que Royal tiendrait également la distance et que sa personne intéressait encore les français, lesquels étaient 700.000 de plus à la suivre qu’ils n’étaient à suivre son rival de l’UMP quinze jours auparavant.

[Lang va jusqu'à dire, aujourd'hui, que cette audience de 8,9 millions de péquins est même un record historique qui ne trouve son égal que 15 années en arrière, oubliant avec la merveilleuse mauvaise foi qui le caractérise, que Chirac avait réuni plus de 20 millions de "cerveaux disponibles" lorsqu'il a (non-) promulgué le C.P.E. en 2006.]

Autrement dit, Sarkozy et Royal s’affronteront jusqu’au bout et ont des chances équivalentes de l’emporter, même si Lady Nunuche (dixit Le Pen) adore se faire plaindre sur le fait que ce soit “tellement plus difficile pour une femme” oubliant au passage que personne à droite n’a tellement facilité l’ascension de Sarkozy ni de n’importe quel ambitieux ou ambitieuse dans n’importe quel parti.

Reste donc la nouvelle et délicieuse inconnue de la campagne présidentielle de 2007 que personne n’avait vraiment anticipée : la progression continue du centriste béarnais dont on nous dit aujourd’hui qu’il battrait indifféremment la gauche ou la droite au second tour (sans nous expliquer, d’ailleurs, comment il ferait pour passer le premier).

Bayrou profite donc de la stratégie qu’il a démarrée en 2002 lorsqu’il gifla un gamin qui lui faisait les poches pendant la campagne présidentielle, lorsqu’il gifla également la droite de Juppé et de Sarkozy pour conquérir son indépendance et en reprenant, dernièrement, quelques antiennes paranoïaques de l’extrème-droite (théorie du complot et autre défiances sur les “puissants”).

“L’extrème-centre” sera donc une des clés du premier tour de scrutin de la présidentielle 2007 et jouera incontestablement un rôle dans le déroulement du second.

Qui l’eût cru ? Surement pas moi.

Mais si Bayrou installe le centre dans la campagne présidentielle, j’y vois au moins deux avantages : d’abord que le vote contestataire (ni droite ni gauche) puisse être personnifié par quelqu’un d’autre que Le Pen et, ensuite, que les candidats UMP et PS soient obligés de prendre en compte quelques éléments inexistants dans leurs discours du moment (notamment au sujet de l’Europe).

Voila qui donne une idée des futures gesticulations de nos trois candidats préférés dans les jours, voire dans les semaines, qui viennent.

NDH : Ca n’a rien à voir mais ce blog fête aujourd’hui ses un an et près de 10.000 connexions (ce qui peut se fêter par un grand concours de “qui fait pipi le plus loin”, non ?).

Malgré la suspiçion qu’il a lançé lui-même sur la nouvelle émission de TF1 “J’ai une question à vous poser”, Le Pen (Ier du nom, hein, pas fifille) s’est précipité à la tribune qui lui était offerte hier soir, à la place qu’occupait Sarkozy lundi dernier.

La première chose qui m’a frappé en voyant le président du Front National face aux questions des “vrais français” c’est qu’il n’était pas très à l’aise.

Le grand orateur, capable de petites phrases assassines, de commentaires politiques fins et bien pensés, s’est transformé en élève bafouillant, caricatural et finalement assez maladroit.

Sa mémoire semblait flancher souvent, il attendait les questions avec le dos courbé, le visage tendu, la mâchoire crispée, comme s’il craignait la “pensée populaire” dont il se réclame pourtant depuis plus de 30 ans.

Depuis le début de la campagne un peu abrupte de Bayrou, qui lui pique sa critique des puissants et sa théorie du complot, ainsi que les campagnes de Royal et de Sarkozy, picorant sans complexe sur ses terrains de chasse favoris, Le Pen est poussé à se retrancher sur ses antiennes de “l’immigration massive”, du “retour des frontières”, de la “sortie de l’Europe” et autres vieux tubes qui avaient fait le succès du F.N. dans ses meilleures années.

Bref, à devenir sa propre caricature.

Cette émission me rappelle celle qu’avait subie (à sa propre intiative, bougre de lui) le président actuel devant des jeunes lors de la campagne réféndaire de 2005. Il avait fini par apparaître decalé, mal à l’aise et finalement… vieilli.

Pour un homme qui dit souvent qu’il faut “sortir les sortants” et que “charité bien ordonnée commence par soi-même” on finirait par souhaiter qu’il fasse le lien entre ces deux phrases.

C’est sûr qu’il nous manquerait. Les campagnes présidentielles seraient moins drôles et moins piquantes sans lui, mais gageons qu’une fois libérés de cette forte concurrence, d’autres candidats (Villiers, Buffet, Besancenot…) développeraient leur potentiel comique (*).

La politique doit rester une fête, que diable !

(*) Au cours de la même émission, Buffet a tenté un “Je ne veux pas faire de démagogie” du plus bel effet.

De l’avis général (à l’exception de la droite, naturellement) l’entrée en campagne de Ségolène Royal hier à Villepinte est une réussite.

Elle a trouvé un ton, un rythme, et a réussi à devenir la candidate de gauche qu’elle n’avait jamais été (on ne peut plus dire “candidate socialiste” puisqu’elle représente également les radicaux de gauche et les chevènementistes).

De plus, la salle bondée de militants enthousiastes et la présence des Fabius, DSK et autres éléphants jusqu’ici plus discrets, a donné une légitimité toute neuve à une candidate qui en avait besoin, particulièrement depuis l’entrée en campagne officielle de son principal rival, Sarkozy, qui chasse sur ses terres au cri de “Blum” et de “Jaurès” depuis la mi-janvier.

Il y a bien quelques réserves qui sont apportées sur les manques de ce discours “fondateur” (selon l’adjectif cliché à la mode) concernant la fiscalité, les recettes, l’europe ou la politique internationale, mais dans l’ensemble, les observateurs politiques parlent d’une examen de passage réussi.

En ce qui me concerne, j’ai relevé trois choses qui m’ont déçu, surpris et fait mourir de rire.

D’abord j’ai trouvé décevant que “Mitterande” fasse monter la mayonnaise autour de ses débats participatifs en annonçant qu’on va “voir ce qu’on va voir” pour finir par nous recracher le programme du P.S. (dont j’ai déjà dit ici que je ne le trouvais pas bien bandant) décoré de quelques bribes de “ségolisme” sur l’encadrement militaire ou les jurys citoyens.

J’ai trouvé surprenant qu’après avoir tenté (plutôt avec succès) d’incarner une sorte de renouveau à gauche, elle reprenne le très démagogique et (donc) très fabiusien “SMIC à 1.500 euros” histoire de remplir les premiers rangs de la salle avec ceux dont elle disait plus ou moins fort qu’elle ne les remettrait pas en selle si elle était élue (notamment Aubry, Fabius et autres Delanoë). Obligation de jouer la ressembleuse, sans doute.

Mais le plus beau passage, de mon point de vue, fut celui sur les banlieues.

D’abord c’est la première fois que la candidate prend des accents de présidente, tente de montrer qu’elle a des convictions et exploite la faille que représente, dans le bilan de Sarkozy, le soulèvement des banlieues de la fin 2005.

Ce passage était donc d’une grande importance à la fois sur le plan stratégique et sur le plan de la “cristallisation émotionnelle” puisqu’elle nous a fait le coup des trémollos dans la voix.

Pour ma part, j’ai bien ri lorsqu’elle a commencé à dire que c’était en tant que mère qu’elle avait envie de régler le problème de “ces jeunes” et qu’elle a pris le ton regardez comme je suis sincère et comme ça me prend aux tripes en disant “ce projet je l’ai, là [poing fermé sur le ventre], chevillé au corps”.

C’était beau comme l’antique.

***

Sarkozy se réclame de Jaurès ? Mais dites-moi, ils est depuis longtemps maire de Neuilly, je crois. Vous connaissez une rue, avenue ou un boulevard Jaurès à Neuilly ?” (citation approximative – Hollande dans Ripostes sur France 5).

C’est pas finement joué, ça ?

Depuis quatre jours, le petit frangin est reveillé.

Quatre jours pour tenter de faire la différence entre la realité et la fiction qui l’a distrait pendant ses neufs jours de coma. Fiction jalonnée d’événements réels, de purs délires, et de sentiments contradictoires.

Il s’est reveillé avec l’impression de “ne pas avoir dormi pendant huit jours”, et en ayant conscience de bon nombre d’événements qui se sont produits pendant cette période, même si son cerveau endolori les a interprété de façon fantaisiste (*).

Dès le premier jour où l’équipe médicale lui a enlevé le respirateur, la sonde urinaire et autres joyeuses fariboles qui assuraient ses fonctions vitales, il se souvenait se sa langue maternelle, des prénoms et des liens qu’il a avec chacun de ses proches, il semblait même ne pas souffrir de la moindre amnésie.

Passés les réactions épidermiques et les restes de délires, il paraît redevenu totalement lui-même et commence à râler de rester enfermé toute la journée, tout seul, dans une “chambre” du service de réanimation de son hôpital préféré (qui était, jusqu’à hier, un vaisseau spatial avec des pièces modulables).
Son entourage commence enfin à respirer et à revenir à des problèmes quotidiens moins intéressants mais infiniment plus rassurants.

A ce jour, il semble qu’aucune séquelle physique ou psychologique ne soit à prévoir, à l’exception notable d’un de ses yeux, dont personne n’est sûr qu’il fonctionnera de nouveau correctement.

Mais comme dirait le frangin lui-même, on peut toujours s’en sortir avec un seul oeil, le tout étant d’être vivant pour pouvoir se servir de l’autre.

C’est vrai qu’on a tous en tête la réussite de borgnes célèbres.

J’en connais même un qui s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle il n’y a pas si longtemps.

(*) Un exemple, parmi tant d’autres : lorsqu’on lui a retiré la sonde urinaire il a eu tellement mal qu’il a cru qu’on lui “coupait la bite” et il a gardé une joyeuse rancune contre l’infirmier qui s’est chargé de cette tâche ingrate. J’imagine la tronche dudit infirmier lorsque le frangin l’a appelé pour la première fois “Eric, le coupeur de bites”.

Il paraît même que le fameux “Eric” garde un morceau de chaque bite qu’il coupe pour sa collection personnelle. Dire qu’on laisse ce genre de psychopate soigner des gens !