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Les derniers chiffres sont tombés et les journalistes annoncent déjà la baisse de l’épidémie de chikungunya.
212.000 personnes touchées, 148 morts.
En quoi ça ressemble à une baisse ? En rien, évidemment. Ces chiffres veulent juste dire que l’épidémie progresse moins vite. Mais elle progresse, donc, toujours.
Mais le tout c’est de rassurer, non ?
Sinon, aujourd’hui on fête le soixantième anniversaire de la départementalisation de l’île de la Réunion.
Pour l’occasion les communistes du PCR (farouchement opposé à la départementalisation il y a quelques années) se réjouissent avec l’inusable Jean-Louis Debré actuellement président de l’Assemblée Nationale et en visite sur notre île.
Il y a fort à parier que personne ne rappelera à Debré que son papa était le meilleur ennemi de Vergès, l’actuel (et très ancien) président du Conseil Régional, justement chef du PCR.
Il y a fort à parier également que lors des raôuts et cocktails onéreux célébrés au Conseil Général on chantera les louanges des présidents de cette institution et qu’on baisera les pieds de l’actuelle présidente sans rappeler à Mâme Dindar que c’est grâce à elle et à ses prédecesseurs que le chik s’est installé pour longtemps (on parle d’une génération, soit 30 ans) sur leur bonne vieille île.
Mais bon du moment que tout ce petite monde peut s’envoyer du champagne et des samoussas à nos frais en se congratulant réciproquement de tout ce qu’ils n’ont jamais fait, on est heureux pour eux.
Quelle mouche a donc piqué les députés socialistes, mercredi 15 mars, à la fin de la séance des questions au gouvernement ? Vous avez pu voir la scène au journal de 20 heures, sur France 2, ou sur LCI. Si vous êtes scotchés à PPDA, sur TF1, vous n’en saurez jamais rien ! On résume l’incident ? Le député UMP Jacques Domergue, qui avait visiblement préparé son coup, se lance dans une diatribe enflammée contre les socialistes en général et Ségolène Royal en particulier. Celle-ci “bafoue la loi” puisqu’elle annonce à l’avance qu’elle n’appliquera pas le CPE, pourtant voté par le Parlement, dans sa région de Poitou-Charentes, s’écrie le député UMP, très énervé. Il demande donc à Jean-François Copé, ministre du budget et porte-parole du gouvernement, de lui “rappeler”, à elle et à quelques autres, “les règles essentielles de la démocratie”. C’est l’injure publique ! Le sang des socialistes en général et du compagnon de Ségolène en particulier ne fait qu’un tour. Ils descendent carrément vers les bancs du gouvernement, ce qui est rare. Dans son beau costume de velours noir, Fraise des bois a l’air très excité, ce qui est plus rare encore. Les huissiers s’interposent pour éviter cette invasion de l’emplacement réservé aux ministres qui pourrait aboutir, horresco referens, au blocage de la tribune. C’est le désordre, la pagaïe, quasiment la chienlit ! Jean-François Copé fustige ouvertement cette Ségolène irresponsable, son compagnon, et toute leur bande de casseurs de lois, bien connue depuis longtemps de ses services. Mais voilà, dans le tumulte devenu général, il ne peut pas se faire entendre ! Tout au plus peut-il s’écrier que la gauche en est réduite à ce genre de “dérives” parce qu’elle “ne propose rien, n’assume rien”. Le face-à-face entre les huissiers qui font barrage de leurs corps et les députés de l’opposition qui vocifèrent est haletant. On se croirait boulevard Saint-Michel ! N’est-ce pas d’ailleurs le but de toute l’affaire ? Les socialistes auraient voulu mimer à l’avance la manifestation étudiante et lycéenne prévue, ce jeudi 16 mars, à Paris, qu’ils ne s’y seraient pas pris autrement. De son perchoir, Jean-Louis Debré avait beau tempêter : “Je vous en prie ! Je vous en prie ! Vous manifesterez dehors ! Vous donnez un spectacle épouvantable. Faites preuve d’un peu de dignité !” Rien n’y faisait. Les socialistes avaient manifestement, c’est le cas de le dire, envie de se livrer, devançant les cortèges annoncés, à une sorte de jeu de rôle.
DOMINIQUE DHOMBRES
Villepin se serait fait piquer par un Aedes Albopictus pendant son court séjour à la Réunion.
D’après Libération et d’après Villepin lui-même, il aurait chopé un lumbago pendant son voyage de retour et depuis il n’est “pas en grande forme physiquement”.
D’après les journaux locaux, il se serait fait piquer plusieurs fois et l’aurait dit lui-même.
Ladilafé ? Campagne de communication genre “le premier ministre est comme vous et vous comprend” ?
Mais si c’était vrai ça me ferait bien marrer quand même.
Vous connaissez la dernière de Villepin ? Il veut démoustiquer TOUTE la Réunion.
C’est lui, donc, qui va traverser les cirques, marcher des journées entières sur des corniches, faire le tour du volcan avec sa bombe de Baygon ?
Mais c’est pas fini, quand la gauche l’attaque sur le retard à l’allumage du gouvernement dans cette affaire il répond, royal, que “le gouvernement perfectionne en permanence un dispositif” contre une “maladie tropicale encore peu connue”.
Là, on commence à dépasser les frontières de la maladresse et on frise l’incompétence crasse.
N’importe quel réunionnais, même le moins éduqué, même le plus consanguin des yabes, pourra lui expliquer le mode de transmission de la maladie (piqûre), son vecteur (moustiques), les symptômes (fièvre, éruptions cutanées, courbatures…), le temps de convalescence (de 3 semaines à plusieurs mois selon l’âge) et les risques de mortalité (faibles, heureusement, sauf pour les gens ayant des soucis de santé graves).
Et puis même si on ne savait rien du tout sur la maladie, on sait qu’elle vient d’un moustique ce que le gouvernement devrait savoir traiter non ? (c’est loin d’être la première – cf. éradication du paludisme par exemple).
Mais c’est à sa dernière phrase qu’on comprend toute la pensée subtile de notre “prem’s”, quand il explique que les touristes peuvent venir à la Réunion sans problème car lui même le fait… et qu’il ajoute qu’il suffit de mettre des répulsifs sur sa peau. Là j’ai carrément cru entendre Raffarin.
Tu sais Dominique, si tu veux faire croire que ça t’intéresse vraiment tout ça, évite ce genre de petites phrases stupides, supposément rassurantes qui ne font que montrer à quel point tu as pris cette situation à la légère et à quel point tu continues !
Et puis tu sais si tu veux qu’on ne te prenne pas pour un bouffon, il faut y mettre un peu du tien, une fois de temps en temps.
***
- Mon dieu, pilote, mais où allez vous comme ça ?
- Ben à la Réunion, Monsieur de Villepin
- Mais vous n’êtes pas dans la bonne direction mon ami. On ne devrait pas traverser l’Afrique !
- Heu ben si, monsieur le premier ministre.
- Enfin ! Puisque je vous dis que vous n’êtes pas dans la bonne direction, ça fait des heures qu’on devrait être arrivé à Fort-de-France.
***
“Ca sent la banane, la vanille et le Villepin,
le sucre de canne, la mangue et la gomina…”
On avait déjà eu Xavier Bertrand, l’illustre inconnu qui nous sert de ministre de la Santé et qui n’a pas tiré le bon numéro avec le “chik” et la grippe aviaire. Il était venu 24h, avait fait les gros yeux à Laurent Cayrel, notre bon préfet, et s’en était retourné à Paris.
Puis on a eu l’autre Bertrand, Léon, notre ministre guyanais du Tourisme, venu expliquer aux riches familles marchandes que le gouvernement pensait à elles.
Cette semaine on a eu Harry Potter, alias François Baroin – ministre surtout des DOM parce les TOM ça fait trop d’heures d’avion – qui a réussi venir nous dire un petit bonjour et annoncer quelques mesurettes sans grand intérêt.
Mais le grand moment que tout le monde attend en trépignant des doigts de pieds, c’est ce week-end qu’il va avoir lieu. Le grand Galouzeau va accepter, dans sa mansuétude, de laisser voler ses cheveux dans le vent réunionnais… A plat ventre, manants ! Le Roy arrive !
Parce que finalement, il vient faire quoi le premier ministre ce week-end, à part refaire son bronzage ? Officiellement il vient “voir l’évolution de la démoustication” et rencontrera “des responsables économiques pour apporter les soutiens nécessaires à l’économie de l’île”.
Bon pour la démoustication il aurait pu passer un coup de fil, notre tronche d’alcoolo de service de Préfet lui aurait répondu avec sérieux, plutôt que de se pavaner en costume militaire pour accueillir Baroin à Gillot enfin passons.
La vraie raison de la venue de Villepin est donc économique. Villepin va venir rassurer les dynasties réunionnaises bourrées de fric sur l’avenir de leurs hôtels, restaurants, locations de voitures et autres fanfreluches touristiques diverses…
Autrement dit, à titre tout à fait exceptionnel, Galouzeau se fera Premier Ministres des familles riches, mais on est persuadés qu’il ne tardera pas à revenir, dès qu’il aura un petit créneau sur son agenda, pour trouver du boulot aux RMIstes…
En tout cas j’espère qu’un Aedes va lui passer sur le bras, histoire qu’il en rabatte un brin et qu’il se sente un peu plus solidaire des malades et un peu moins des commerçants !
Le cyclone en devenir s’est ratatiné comme un soufflé au fromage mal cuit, a été débaptisé et s’est tiré de notre région fissa fissa. On le remercie de nous avoir débarrassé de la pluie, mais pas des moustiques et, tant qu’à faire, on le remercie d’être allé voir ailleurs si on y était. “Carina” reviendra… peut-être.
Mais cette bonne nouvelle n’en a pas eclipsé une dramatique.
Hier, vers 6h du matin, Loulou, 64 ans, s’impatientait à l’entrée de la route du littoral qui, après avoir été fermée pour cause de fortes pluies, devait juste rouvrir. Il devait amener Daisy, sa femme de 20 ans sa cadette, à Saint-Denis où elle est infirmière. Quand la route finit par s’ouvrir le couple s’engagea dans la voie jusqu’à ce qu’un énorme rocher, délogé par la pluie et l’humidité, tombe sur leur voiture, tuant Daisy sur le coup, égratignant sérieusement Loulou qui, physiquement, s’en remettra.
C’est dans ces cas là que je me souviens des sempiternels reportages de RFO qui interroge le “grondin de base” au volant de sa voiture quand la route doit être fermée et les vociférations des gens qui trouvent inadmissible qu’on leur coupe leur seul moyen d’éviter la route de La Montagne qui fait 47 kms (au lieu de 15) et qui est à chier.
La seule fois où on m’a interrogé au volant de ma voiture, j’ai répondu qu’ils avaient bien raison de la fermer et qu’ils devraient la fermer longtemps, le temps de prendre les mesures nécessaires pour qu’elle soit enfin sûre. Jamais ils n’ont diffusé ça, tiens, comme si visiblement ce n’était pas le discours que voulait entendre la journaliste (elle avait eu l’air déçue, d’ailleurs, genre “putain, j’ai pas fini ma matinée, là”).
Je conseille à la journaliste d’aller voir “Loulou, 64 ans” pour lui expliquer que la “route en corniche” est le poumon économique de l’île que que M. Payet en a besoin tous les matins pour aller travailler, ça va lui faire une belle jambe, à “Loulou, 64 ans”.
Il a commis quoi comme erreur ? La route avait été rouverte officiellement, il avait confiance dans les autorités, il roulait (je n’en sais rien mais ça change quoi ?) prudemment et son taux d’alcoolémie était inexistant. Il va se reprocher quoi, maintenant ? D’être parti 5 minutes trop tôt ou trop tard ?
Quand à l’abruti qui a décidé de rouvrir la route (on était en vigilance cyclonique, en plus, m’enfin on va pas ergoter, hein), il écrira un petit rapport vite fait sur la responsabilité qui lui incombait de rouvrir la route pour que le camion de Dodo aille de Saint-Denis à Saint-Paul ? Que c’est la providence ? Le hasard ?
On ne parle pas d’un cyclone, là, on parle d’une route construite sur la mer, au bas d’un mur immense (15 km de long, déjà) de rochers dont tout le monde sait qu’ils se casseront la gueule l’un après l’autre, en cassant, au passage, la gueule d’un certain nombre de Daisy et de “Loulou, 64 ans” ! D’une route dont tout le monde connaît les “basculements” divers et variés, et que la DDE surveille en permanence.
Mais comme dirait, avec beaucoup de philosophie (et avec l’air pénétré), mon érudite collègue, “kan lé pour ou lé pour ou”, genre c’est le choix du bon Dieu ou d’un équivalent indien quelconque. Connasse !
Et puis devinez qui a mis, en une, la photo de la voiture avec le rocher dessus, des éclats de verre et des tâches de sang ? Le JIR, bien sûr, mais “Le Quotidien” aussi évidemment. Monsieur et Madame Hoarau seront ravis, au petit dèj, de voir la mort violente d’une de leurs camarades, collègue, nièce ou voisine (il y a deux ans, le JIR avait même pris l’initiative de mettre un grand rond rouge sur sa “une” autour du bras d’une autre “Daisy”,des fois qu’on n’ait pas bien vu qu’il avait été expulsé de la voiture sous le choc d’un rocher).
Je pense que le fatalisme est une bonne chose quand on parle de catastrophe naturelle et qu’on aurait intérêt, notamment en métropole, à être un peu plus humbles devant les éléments mais quand il s’agit de catastrophe tout à fait artificielle et d’incompétence meurtrière, le fatalisme est une connerie particulièrement dévastatrice.

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