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A force de chanter sur tous les tons (et à n’importe qui) que mon poste et celui de ma collègue préférée ne se justifiaient pas et qu’il suffisait d’une personne à temps plein, plus un intérimaire provisoire pour les vacances, ma mollassonne hiérarchie se sent obligée de réorganiser le service avant mon départ.

En terme d’organisation c’est tant mieux (même si ma collègue ne pourra pas supporter l’idée de faire seule ce qu’elle ne faisait déjà pas quand on était deux) mais ça peut désormais me nuire.

Tout d’abord parce que mon syndicat préféré (que j’ai remercié mille fois) a quelqu’un à placer sur mon poste actuel (on n’a rien sans rien) et que cette solution n’est donc plus sur les bons rails, mais surtout parce que je cours désormais le risque que mon départ soit retardé, ce qui m’inquiète un brin car théoriquement mon directeur actuel peut me retarder… longtemps.

Je vais le voir vendredi, histoire que mon dossier administratif soit à jour pour mon départ et pour lui demander de me lâcher au 1er septembre (c’est à dire, en soldant mes congés, début août) quelle que soit la solution pour mon (non-)remplacement.

D’autant plus que mon poste nantais ne semble, pour le moment, pas bien défini.

Avant de faire ma demande de mutation, j’avais pris la précaution d’appeler tous les sites où j’étais susceptible d’échouer, pour savoir quels étaient les postes vacants, ce que je narrais ici.

Curieusement, à la “Direction Régionale” de Nantes on m’avait passé directement (ce qui est un peu inhabituel) celui qui est désormais mon futur directeur, un monsieur très sympa qui m’avait indiqué qu’il n’avait qu’un poste vacant, celui de sa secrétaire.

Aujourd’hui, un peu inquiet de taper les lettres de ce monsieur ou de gérer ses rendez-vous avec le Préfet, j’ai appelé mon nouveau site en espérant entendre qu’ils avaient trouvé une solution en interne et… oui !

Mais, du coup, il semble qu’il ne sachent plus trop quoi faire de moi.

C’est pas grave, moi j’ai des idées (des nouvelles demain si tout va bien).

Enfin, j’ai commencé à me chercher un appartement pas trop loin de mon nouveau boulot et j’ai découvert qu’il était sur… une île (l’île de Nantes, quartier Beaulieu). Et que Nantes avait plein de petites îles. Ce qui est marrant déjà, mais il y a mieux, une de ces îles s’appelle…. Ile Héron.

Si c’est pas un signe, ça !

La nouvelle est tombée en deux fois et elle est triplement bonne :

1. J’ai ma mutation

2. Je vais à Nantes

3. C’est quand je veux.

Plus qu’à me trouver une bonne crèperie bretonne à Saint-Denis et à me saoûler au cidre !

Et si quelqu’un connaît un bon resto réunionnais à Nantes, il fera mon bonheur parce qu’il n’y a aucun produit de substitution pour le rougail saucisses.

Mi sa va ! Mi sa va ! Mi sa va !

Aujourd’hui tout le monde commente la déclaration de Chirac, qui aura réussi à ne rien dire, sauf que Villepin restera au moins jusqu’à la rentrée (moi qui le voyait partir avant le 14-juillet) et que nout’président ne déclare toujours pas forfait pour la présidentielle 2007.

Navrant.

Pendant ce temps, Antenne Réunion, qui tenait beaucoup à parler de football, a invité un tarologue pour nous dire qui de la France ou de l’Espagne va gagner ce soir. Pronostic : la France va perdre mais l’Espagne ne l’emportera pas au paradis, vu que la finale opposera le Brésil et l’Argentine, les premiers gardant leur coupe du monde.

Inutile de regarder les matches. Navrant aussi.

Mais en fait, tout ça, aujourd’hui je m’en fous un peu. Il n’y a qu’une seule question dont la réponse m’intéresse :

Mi sava ?

Pendant que mon guignol de chef comprend enfin que je risque de partir et qu'il va être obligé de me remplacer, j'ai appelé mon syndicat préféré sous un pretexte futile histoire de me rappeler au bon souvenir du type qui va défendre mon dossier demain.

Lui il ne voit vraiment pas pourquoi je n'obtiendrais pas ma mutation, mais "sous réserve des deux ans" de présence à la Réunion, ce qui veut dire que je partirais mais je ne prendrais mes nouvelles fonctions qu'au 1er octobre 2006.

Ou ça ? Ben ça va falloir attendre demain. Mais connaissant le syndicat en question, je pense qu'ils vont focaliser sur mon premier choix. Nantes.

Maintenant, il faut que l'administration n'oublie pas de présenter ma demande (c'est arrivé à une collègue une fois) et que mon dossier ne soit pas présenté au moment où tout le monde aura envie de boire un pastis…

En tout cas, les dés sont jetés et ils sont un peu pipés en ma faveur.

***

Aujourd'hui, en rentrant du boulot, je suis tombé sur un de mes voisins, un petit comorien (genre 8-10 ans) dont je jactais ici même il y a peu.

Nous avons discuté un peu sur le chemin, et, quand je lui ai demandé s'il aimait aller à l'école, il m'a répondu : "Oui, l'école j'aime bien, mais les gamins qui y vont, je les déteste".

Sans lui dire, je me demandais si des Nike à ses pieds lui rendrait les choses plus faciles mais je lui ai répondu "Tu sais, des crétins tu vas en rencontrer toute ta vie, moi-même j'en déteste pas mal à mon boulot".

Au moins ça l'a fait sourire…

Il paraît que tous ces gamins là, "immigrés de la seconde génération", risquent de foutre le feu quand ils comprendront que tout ce qui les attend, ici, c'est le chômage.

Ce gamin est un petit musulman appliqué, tout fier d'aller à la mosquée le soir, je pense que c'est la seule chose qui l'aidera à ne pas péter les plombs.

Quel plaisir que celui de s'apprêter à partir !

C'est enfantin, mais la promesse d'une nouvelle ville, de nouvelles activités, de nouvelles contraintes climatiques, me conduisent à penser que l'herbe sera sûrement plus verte ailleurs et que j'ai intérêt à profiter de ce qui me plaît à l'endroit où je suis encore.

Il faudrait sans doute vivre chaque instant de cette façon (je n'en suis pas encore là) mais il est logique que mon état d'esprit soit très différent quand j'émet une pseudo volonté d'intégration (qui me fait surtout voir les choses auxquelles je ne peux pas m'habituer) que quand j'émet la volonté de profiter de ce que je peux avant de partir (ce qui me fait surtout voir ce qui me plaît dans la vie sur cette île).

En tout cas il me semble, aujourd'hui, que la complexité des rapports entre les métros et les créoles est due à un sentiment de désillusion réciproque.

Les créoles (surtout ceux qui n'ont jamais foutus leurs pieds en métropole) sont élevés à croire que tout est beaucoup mieux en "france", que les gens sont plus fûtés, plus dynamiques, plus ouverts d'esprit et plus beaux.
Et ceux qu'ils voient débarquer ce sont des chasseurs de "primes" (les fonctionnaires sont beaucoup mieux payés ici qu'en métropole), des vieux célibataires moches qui veulent se trouver une petite épouse docile, des chefs de service ou d'administration mollassons, souvent alcooliques, au mieux "colons" et au pire carrément racistes. Et puis ils ne manquent pas de s'apercevoir que, globalement,les "métros" ne sont pas mieux qu'eux. Ni plus ouverts, ni plus intelligents, ni moins intéressés. C'est le mythe paradoxal de la "Goyave de France".

Quant à nous métros, on s'attend plus ou moins consciemment à être accueillis avec des colliers de fleurs, des sourires de jeunes créoles subjugués par notre blancheur, notre intelligence, bref, notre supériorité d'aryens. On s'attend à arriver dans un endroit convivial, un petit coin de paradis où il ferait bon vivre. Et on se retrouve dans une acculumation de patelins avec des mentalités de patelins, dominés par des familles richissimes, où les gens préfèrent ne rien dire plutôt que de se compromettre, vivant dans la méfiance des clichés qu'ils véhiculent eux-mêmes, prêtant toujours aux métros, notamment, les mêmes raisons de venir ici (pourquoi chercher à comprendre le voisin quand, de toutes façons, il sera parti avant qu'on n'y arrive ?).

Tout ça est trop général et schématisé pour être complètement vrai, j'en ai conscience, mais cette relation amour-haine permanente doit bien venir de quelque part et vu que je me sens un peu seul à penser que c'est parce que l'abcès de l'esclavage n'a jamais été réellement percé…

…je cherche encore.

Mon humeur étant fort bonne ce soir, je me suis dit qu'il était temps d'aller en boîte, alors mi té apel mon dalon TiCaf et nous sava au Boys.

Grave erreur (un peu comme d'hab).

Je ne sais pas où ils en sont dans les boîtes métropolitaines, mais ici on est restés bloqués sur les bennybenasseries en tout genre et pour une raison qui m'échappe encore, on trouve ça moderne.

C'est dingue parce que c'est à chaque fois le même topo : Un type (en général c'est des types et pas des nanas, allez savoir pourquoi) sort un tube avec un son qu'on n'avait jamais entendu avant et qui ouvre la porte à une tripotée de remixes qui sont l'occasion de "faire du neuf avec du vieux" et de faire danser les gens sur des morceaux qu'ils connaissent par coeur (et qu'ils peuvent donc chanter quand le DJ baisse le son) tout en leur faisant croire qu'ils sont "in".

Mais tout de même, le fameux Satisfaction date de 2002. En général on entend le même son pendant 6 mois et après on n'en parle plus. Là, ça fait 4 ans !

Pendant une heure (je n'ai pas tenu plus) je n'ai entendu qu'un morceau qui ne soit pas une reprise des années 70 ou 80 en version benassi. C'était Paris Avenue – I want you.

Et la piste s'est vidée instantanément.

On est donc tout de suite revenus aux sempiternels remixes d'Abba, Beach Boys, Mamas & Papas, Patrick Hernandez, Madonna (enfin Hung up mais bon c'est une reprise aussi hein), Fake (qui n'ont sûrement jamais pensé que leur Brick passerait encore en boîte 20 ans après sa sortie) et je vous passe les American Pie, What a feeling, San Francisco ou No milk today. Une petite "nouveauté", tout de même, la version benassi de One night in Bangkok qui nous avait beaucoup manqué jusqu'ici.

Bref, tout ça pour dire que vu d'ici, la house patine pas mal et si vous voulez me rassurer, dites moi que tous ces titres ne passent plus nulle part et que mes premières soirées en boîtes "métro" m'offriront quelques découvertes.

258.000 cas recensés, 1.400 nouveaux cas par semaine.

La seconde visite de Villepin a été l'occasion d'un bilan sur la démoustication, l'utilisation des fonds promis (et arrivés) depuis février, l'organisation du "PC de crise" etc.

Et le bilan est bon. Il reste des inconnues, évidemment, des petits souçis, c'est sûr, des incompréhensions, c'est évident, mais dans l'ensemble, l'action du gouvernement a eu un effet positif.

Je n'entrerai pas dans les détails (parce que je suis sur un portable de 1999 avec Windows 98 et que ça rame trop pour étayer mes propos hé hé hé) mais on peut dire que Villepin a fait mieux que tenir ses promesses.

Alors bien entendu, le premier ministre a été reçu comme un chef d'Etat, acclamé, et les journalistes ont à peine evoqué l'affaire Clearstream.

Résultat, la presse métropolitaine ironise sur l'attitude des réunionnais, capables d'acclamer un premier ministre plombé juste parce qu'il a ramené des valises contenant des millions d'euros.

Ce n'est pas moi qui dirait le contraire, l'histoire des bateaux de fric qui arrivent de Paris et l'attitude des politiques locaux dans ces cas-là me fait gerber aussi, mais je trouve que l'accusation est un peu "gros doigts" cette fois.

On peut évidemment polémiquer sur les montants, sur la dépendance totale de la Réunion vis-à-vis de la métropole mais il n'empêche que Villepin a tenu ses promesses et s'est investi dans tous les aspects de la catastrophe sanitaire et économique qu'est l'épidémie de chikungunya.

Alors il me paraît normal qu'il soit accueilli correctement et c'est ce qui s'est passé.

Coco-PC

 

15.05.2003 – 15.05.2006

Après trois ans (jour pour jour) de bons et loyaux services, mon ordinateur préféré a rendu l'âme. Qu'il soit remercié pour sa patience, sa regularité et son abnégation de tous les instants.

En attendant que je trouve la solution la plus économique et que je sois sûr d'avoir conservé toutes mes données (ce qui serait, le cas échéant, un cataclysme dont j'aurai du mal à me remettre), je serai donc peu en ligne et peu joignable.

Le service funèbre aura lieu demain en la Chapelle Saint-Moore (le patron de la performance des processeurs).

Il sera enterré au Cimetière des Ordinateurs de la Ravine-des-Cabris à 17h.

Venez nombreux !

Mise en ligne de l'épisode 7. La Porte

Si vous voulez lire le dernier épisode, rien de plus simple :

Envoyez le mot de passe de quatre lettres ici et je vous l'envoie dans votre boîte.

…et ça me fait penser à ce qui me manquera lorsque je serai parti d'ici.

Le fait d'avoir seulement deux saisons par an, le fait de ne jamais descendre en dessous de 20° (en tout cas où j'habite), d'avoir un temps splendide presque tous les matins et de bénéficier d'une luminosité exceptionnelle tout au long de l'année.

A mon arrivée ici, mes yeux avaient du mal à s'habituer à cette lumière, je les plissais souvent quand il ne se mettaient pas carrément à pleurer pour se protéger du soleil.

Mais je m'y suis bien fait. Au point que la dernière fois que je suis venu en métropole (en novembre) je n'y voyais pas grand'chose…

Je ne listerai pas toutes les raisons pour lesquelles je serai content de m'en aller parce que je trouve que je suis souvent négatif quand je parle de la Réunion et que c'est un peu dommage (d'autant que c'est surtout une attitude de réaction face au chauvinisme insulaire mal géré de mes compatriotes provisoires) en les résumant en une phrase : "Ce n'est pas un endroit pour moi".

De plus, depuis quelques semaines (et avant même que je ne me décide à partir) je sens un changement dans l'attitude de mon entourage qui me fait penser que j'entrais de toutes façons dans une phase qu'il est aussi possible de résumer en une phrase : "maintenant j'ai la possibilité de m'intégrer… ou de partir".

Et puis même si je m'habituais aux défauts de cet endroit (ce qui n'est probablement pas impossible), je pense ne jamais m'habituer au principal d'entre eux qui est que mon jules n'y habite pas.