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Il y a une dizaine d’années, j’ai rencontré une femme qui s’offrait, tous les ans, un séjour dans un hôpital psychiatrique et qui m’avait expliqué qu’elle souffrait de “dépression endogène”, ce que j’ai fait semblant de comprendre instantanément, car mon orgueil était (est ?) grand. Or je n’avais rien compris du tout, jusqu’à ces jours-ci :
Endogène veut dire “qui prend naissance à l’intérieur du corps” (contrairement à “exogène”).
Cette dame souffrait donc d’un désordre bipolaire.
Et j’ai failli, il y a quelques jours, demander moi-même mon hospitalisation, tant il devenait difficile de gérer mon quotidien, de manger, de me laver ou même de supporter la lumière du jour (ne parlons même pas du bruit).
Apparemment, ce n’est pas encore (et ce ne sera peut-être jamais, qui sait ?) utile.
Ces derniers jours, où mes fonctions physiques et intellectuelles se réveillent l’une après l’autre, j’ai consulté de nombreux sites internet pour confirmer le diagnostic de mon médecin et m’assurer qu’il ne me prescrivait pas n’importe quoi (si ça vous tente, voici les sites en question).
Et il m’a semblé (je ne suis pas médecin, malheureusement) que je suis atteint d’un trouble bipolaire de type 3, soit des phases dépressives avec des composantes maniaques et le risque de “virage maniaque” sous anti-dépresseurs (qui est déjà avéré).
Ce qui veut dire qu’en ce qui me concerne, le traitement idéal est un stabilisateur de production de sérotonine (en l’occurrence, le lithium) en évitant les anti-dépresseurs tant que c’est possible durant les phases dépressives ainsi que les neuroleptiques durant les phases maniaques.
Or, le principal risque de cette maladie tient dans les phases dépressives car même si les phases maniaques peuvent être impressionnantes, il vaut mieux se faire arrêter par les flics parce qu’on chante la marseillaise en pleine nuit ou qu’on poursuit, la langue baveuse et les yeux hallucinés, de jolis garçons dans la rue, plutôt que de se laisser aller au risque principal de la phase dépressive qui est le suicide.
Il semble, en effet, que 20% des personnes atteintes de troubles bipolaires finissent par mettre fin à leurs jours, tant la souffrance mentale peut devenir importante.
Mais ces suicides interviennent, si j’ai bien compris, chez des personnes qui ont du mal à accepter le diagnotic, qui n’ont pas travaillé sur leurs névroses ou qui interrompent leur traitement pour retrouver, avec joie et bonne humeur, ce qu’elles gardent comme un excellent souvenir : les épisodes maniaques.
Or je ne correspond, sur aucun de ces points, à cette définition.
Je m’en vais donc continuer à me placer comme acteur principal de mon traitement, prendre mes petites pilules le plus longtemps possible (il paraît qu’il y a des guérisons, finalement) voire tout au long de ma vie si nécessaire.
Ce n’est pas cher payé pour avoir la paix, je trouve…
NDH : il y a encore quelques personnes proches, dont certains lisent ce blog, que je n’ai pas recontacté, ni par mail ni par téléphone, malgré la gentillesse de leurs messages. Qu’ils tentent de ne pas m’en vouloir. Je finirai par le faire, et avec plaisir, dès que ça me deviendra vraiment plus facile.
Aujourd’hui j’ai obtenu une extraordinaire victoire sur moi-même : je suis allé faire mes courses.
J’ai mis ma veste, j’ai pris mes clés et évitant de trop me pencher sur le tremblement qui commençait dans mes jambes, j’ai descendu l’escalier et je me suis hâté lentement dans la rue, au milieu de trop de regard, de trop de bruit et de trop de stress.
J’ai marché près d’un quart d’heure pour aller vers le supermarché le plus proche, bravé stoïquement ses néons blancs aveuglants, ses musiques et pubs débiles, ses “hôtesses de caisse” fatiguées et stressées et j’ai fait des courses extraordinairement rapides car je savais très précisément ce que je devais prendre d’urgence dans la mesure où ça fait trois bonnes semaines que j’y réflechis.
Le temps de dire à la caissière d’un ton amical et humble : “prenez votre temps mademoiselle, je suis très lent aujourd’hui” et je suis reparti pour un quart d’heure de marche, harassé de sacs bourrés de victuailles, blanc comme un linge, faisant des pauses tous les 20 mètres sous l’air ahuri, voire un peu méprisant, de certains passants.
Vous me direz, et ce serait votre droit le plus strict, que c’était bien la peine de délaisser ce blog pendant des mois si c’est pour y raconter ensuite des choses ayant aussi peu d’intérêt, mais ce serait méconnaître le sentiment de fierté immense que je ressens ce soir, après m’être felicité de tant de travail par une bonne sieste, qui n’était que la première aujourd’hui.
Ce serait méconnaître également une histoire que je n’ai pas raconté ici, ni tellement ailleurs, et qui m’arrive depuis, environ, l’accident de mon petit frère et qui a pris une ampleur surprenante, en tout cas pour moi, au point que je n’arrive plus à croire que l’homme a marché sur la lune alors que j’ai, moi, besoin de rassembler des efforts extraordinaires pour aller dans ma propre cuisine.
Tout a commencé par des tremblements dans les jambes, un de ces nombreux jours où j’étais en train de pourrir la vie de mon précédent chef (je suis devenu un sale petit con têtu au boulot ces temps-ci) et le sentiment que j’allais fondre en larme ou éclater de rire, voire les deux à la fois.
Un peu impressionné par cet épisode, je me suis rendu chez mon médecin préféré, qui m’a vaguement parlé de dépression, mais surtout d’arrêt de travail (enfin bon, j’entends ce que je veux, hein, on n’est pas des saints) et qui m’a gentiment accordé deux semaines au lit, au terme desquelles je suis retourné à mon-travail-qui-fait-ma-joie.
Grossière erreur.
Dès le premier soir je m’en prenais de façon virulente à un autre de mes chefs pour lequel je n’ai jamais eu de respect et, dès le lendemain, je ne comprenais plus ce que j’avais sur l’écran de mon ordinateur, je ne comprenais plus ce qu’on me disais et je suis gentiment parti, au beau milieu d’une formation, pour aller me coucher… environ une semaine.
Bien sûr, j’ai accepté avec gratitude la prescription d’anti-dépresseurs légers de la main de mon médecin, j’ai vaguement parlé d’aller voir un psy à l’occasion et je suis allé de mieux en mieux.
Disons même carrément que je me suis mis à avoir une patate d’enfer !
Tout le temps en train de me marrer, je prenais du plaisir à discuter avec n’importe qui dans la rue, à cultiver des rapports superficiels et, avec le sentiment merveilleux d’être le maître du monde et d’avoir tout compris à tout, à séduire ma boulangère, le chauffeur de bus, ma banquière, des collègues, des copains, bref. Un été de rêve.
Un été qui s’est terminé comme ça le devait, par de nouvelles tensions au boulot, par un nouveau chef que j’ai commencé à pousser à bout au point qu’il se mette à m’insulter – ou à fondre en larme – jusqu’à ce que je comprenne qu’une nouvelle crise dépressive arrivait, que je mette en ordre mes affaires et que je rentre dans ma caverne et dans mon lit délicieux que j’allais fréquenter jusqu’à 17h par jour.
Il était temps d’aller un voir un psy et, si je vous passe les discussions, les traitements, et les questions que j’ai pu me poser pour en arriver là, je vous le résume : j’ai appris que j’étais bipolaire.
Avant, on disait maniaco-dépressif, ce qui a défaut d’être plus précis, me semble beaucoup plus compréhensible.
J’enchaîne ces derniers temps des phases maniaques (“maître du monde”) et des “états majeurs dépressifs” (“ma cuisine est aussi loin que la lune”) sans prendre le temps de marquer la troisième phase de la maladie : la phase normale.
Je ne suis pas encore très bien renseigné sur cette maladie et je vous ferai part de mes découvertes si vous le souhaitez (et si j’en ai envie également, car je ne souhaite pas débattre du bien-fondé de ce genre de diagnostic, des traitements, de la légitimité de mes médecins à s’occuper de moi, ce qui ne manque pas de m’arriver en ce moment et que je préfère éviter tant que je suis incapable de me concentrer sur un film de 1h30 sans avoir envie de dormir…).
Ce que je sais déjà c’est que la bipolarité touche environ 6% de la population, et que dans certains cas, relativement rares apparemment, les anti-dépresseurs rendent les phases encore plus violentes…
Je sais aussi que cette maladie du cerveau se déclenche en général brutalement, notamment après un traumatisme et que les phases deviennent de plus en plus extrèmes, poussant certains patients au suicide ou à se balader à poil en chantant en pleine rue, deux situations dont je suis assez d’accord de me passser, même si ça veut dire que je dois me passer des forts agréables – n’en doutez pas – moments de la phase maniaque.
Car ce que je sais, de plus, c’est que cette maladie n’est pas soignée pour le moment. Elle est, en revanche, particulièrement vivable avec un léger traitement – à vie, bien sûr – qui n’induit pas d’effets secondaires perturbants.
Il semble que la principale difficulté des bipolaires soit de croire à leur maladie, et donc de prendre leurs cachetons le matin et le soir, notamment pendant les phases maniaques où il se sentent tellement tellement tellement bien.
Ce que j’atteste.
Alors pourquoi me prend-il – six mois après le début de cette aventure – l’envie de partager ça, via mon blog, avec des proches, de moins proches ainsi que qu’avec de parfaits inconnus ?
Sans doute parce que je recommence, depuis peu, à me regarder de l’extérieur, ce qui me semble bon signe, et que le fait de l’écrire me permettra de mesurer mon évolution.
Et puis parce que j’ai fait mes courses, aujourd’hui !
Une trentenaire, mariée et mère de trois enfants fait un stage chez un procureur, dans le cadre de ses études de droit. Pensant qu’elle a très envie d’être avocate, elle s’est lancée dans la reprise d’études tardive et bénéficie du soutien total de son mari.
Une petite vie relativement banale, en somme, qui permet une identification assez facile aux « ménagères de moins de 50 ans », si ce n’est qu’Allison Dubois (la trentenaire) a une sensibilité particulière (c’est elle qui le dit) qui lui permet de savoir précisément qui ment ou dit la vérité, de discuter avec les morts, de “sentir” ses interlocuteurs ou ce qui a pu se passer dans un endroit donné.
Elle est donc considérée, dans la série, comme une médium, d’où le nom (sur ce coup là « ils » ne se sont pas trop foulés).
L’histoire semble avoir été construite pour un public principalement féminin, dans la mesure où le personnage principal est une femme, et qu’on y parle beaucoup d’intuitions, de doutes ainsi que de la complexité des sentiments humains (ce qui revient à dire que “les filles jouent à la poupée et les garçons au foot”, mais ce sont les principes de bases de la télévision, apparemment, regardez les publicités qui passent dans les émissions concernant les voitures ou le foot si vous avez encore besoin de vous en convaincre).
« Madame Dubois » est dépressive, elle tente de refréner ses perceptions sensorielles avec l’alcool, elle est colérique avec son mari et ses trois filles, elle est perpétuellement en proie au doute et l’image qu’elle a d’elle-même, sans être catastrophique, n’est pas très bonne et semble influencée par son “handicap”.
Loin d’un personnage hystérique à la Ally McBeal (par exemple) Patricia Arquette (alias Allison Dubois dans la série) compose un personnage en quête d’évolution qui cherche à mettre en adéquation ce qu’elle est avec ce qu’elle vit, souffrant naturellement dans toute situation où ce n’est pas le cas (ce qui suppose qu’on cherche également à attirer devant les écrans publicitaires de NBC les téléspectateurs en pleine crise de la trentaine).
Elle commence par accepter, puis à appréhender ses capacités sensorielles dans le but de les canaliser, de les mettre à son service – et surtout à celui des autres – tout en apprenant à percevoir la limite des messages qu’elles lui délivrent.
L’idée présentée est que les perceptions de l’héroïne principale sont influencées par des facteurs qu’elle ne maîtrise pas toujours, comme ses névroses, sa mémoire ou ses identifications propres.
Ainsi, elle compose avec ses aptitudes, afin que celles-ci puissent lui être utiles, voire lui facilitent la vie, tout en sachant ne pas les considérer comme des vérités intangibles – ce qui l’emprisonnerait dans ses émotions – ou comme une différence malsaine – ce qui est sans doute la base de sa dépression.
Du coup, si je parle de cette série ici ce n’est pas, cette fois, pour vous la conseiller chaleureusement – puisque de toutes façons vous ferez bien ce que vous voudrez – mais simplement parce qu’il me semble qu’on peut faire une lecture un peu différente de Médium.
Si on considère l’aspect médiumnique du personnage principal comme une métaphore, on peut voir cette série sous l’angle que je viens de décrire, c’est-à-dire celui de l’hypersensibilité.
Ce n’est qu’une série, évidemment, et pas un traité philosophique ou comportementaliste, mais « Médium » offre une facilité d’identification aux hypersensibles – pour peu qu’ils arrivent à ignorer un certain nombre de poncifs dont les séries américaines sont souvent la vitrine – qui pourront se divertir de voir une congénère supposée se débattre dans une vie qui est une exagération (ou une métaphore) de la leur.
En tout cas, c’est toujours mieux qu’une émission de Ménie Grégoire du type Hypersensibilité « ce douloureux problème », comprenne qui pourra.
J’ai sauté le pas il y a trois jours, acceptant ainsi une nouvelle étape : ne plus avoir de chez moi, ce qui va durer un bon mois encore.
D’après Elaine Aron, les hypersensibles tombent rarement malades sauf quand leur petit quotidien est bouleversé.
Hé bien devinez quoi ? J’ai la crève.
Mais un moral d’acier.
J’avais déjà tendance, comme tout le monde j’imagine, à choisir les morceaux de musique que j’allais écouter selon mon humeur.
Certains morceaux m’obligent, dès leurs premières notes, à modifier mon rythme respiratoire (voyez, par exemple, si le Haunted Dancehall de Sabres of Paradise vous fait cet effet) ce qui me fait le même effet qu’une petite séance de sophrologie.
La Trance a, bien sûr, cet avantage parce que la plupart des mélodies sont planantes, mais ce style musical a un petit avantage supplémentaire c’est qu’il pousse également le rythme cardiaque à se modifier en fonction du beat (essayez le Come On d’Axis ou le Heaven’s Earth (Matt Darey remix) de Delerium) et de laisser le corps fonctionner comme il veut au lieu d’essayer de le contrôler en permanence.
Maintenant, je sais que les effets combinés de ces deux phénomènes permettent une meilleure oxygénation du sang, ce qui est le but recherché pour se détendre, libérer un peu le cerveau et mieux écouter son instinct ou ses émotions.
Inutile donc de chercher plus loin pourquoi la musique me fait autant de bien depuis mon enfance et pourquoi je vais continuer à m’en coller non pas dans les oreilles mais “dans le sang” tout ma vie.
Apparemment les hypersensibles ont des talents artistiques naturels (ce qui n’est pas tellement mon cas) et une sensibilité particulière à certains arts, comme la poésie, le dessin, la peinture ou, bien sûr, la musique. Chacun a donc, à sa portée, son petit médicament artistique.
Sinon j’ai découvert ces jours-ci comment me rendre certaines situations moins pénibles sans forcément m’en expliquer.
- Quelqu’un a tendance à parler trop fort dans mon entourage direct ? Je prétexte une petite migraine pour lui demander gentiment de baisser le son.
- Un bruit de fond me gène ? Je demande à ce qu’on ferme la fenêtre gentiment tout de suite au lieu d’attendre d’être sur les nerfs et de le faire sur un sale ton.
- Le groupe de personnes avec lequel je discute commence à devenir trop important pour mes petits né-nerfs ? Je prétexte un travail urgent à terminer pour me carapater.
Je me suis aussi rappelé d’un truc que j’avais trouvé pour supporter les foules en mouvement dans le métro parisien (parce qu’au début, je bousculais ou me laissais bousculer tout le temps et je perdais tout sens de l’orientation).
En imaginant les gens non pas comme des êtres humains doués de pensées et d’émotions, mais comme des masses informes dont l’unique but est de se rendre d’un point A à un point B, je me suis mis à être très à mon aise. Au point même de prévoir les changements de trajectoires de ces “masses informes” et de m’y adapter sans y penser.
Ce truc marche dans toutes les situations de foules mouvantes et je l’utilise de nouveau quand je me balade dans la rue du maréchal Leclerc, sur la plage ou sur certains trottoirs un peu bondés. Ca marche même du tonnerre !
Vous me direz “Oui mais dans ce cas il est impossible de rencontrer quelqu’un de sympa, de discuter ou de dire bonjour aux gens que tu connais“.
C’est vrai. Mais on ne peut sans doute pas tout avoir.
Aujourd’hui je suis tombé sur un article qui rappelle les 4 émotions “de base” (la joie, la colère, la peur et la tristesse), leur raison d’être et la façon de les utiliser.
Bien sûr, ces informations sont recensées sur un site fait par des hypersensibles (j’ai eu deux “coming out” de plus, ça fait 3 et tout bien réflechi il en manque 4) mais sont universelles et devraient être mieux connues de tous. Dont acte.
La joie sert de moteur à l’envie de vivre et de progresser. Elle est source de motivation et de santé.
La colère sert à chasser l’intrus, à trouver et à mettre ses limites, bref à défendre son territoire et ses valeurs.
La peur signale un danger qui nécessite la mise en place d’une protection ou une nouveauté qui demande plus d’information et de préparation.
La tristesse permet de clore une période de vie et de” tourner la page “. Elle est adéquate à chaque fois que nous avons un “deuil” à faire, que ce soit d’une situation ou d’une personne .
L’article en question (que vous trouverez ici) explique également un truc intéressant c’est que notre éducation de garçon ou de fille nous interdit de manifester certaines émotions.
Les filles ne sont pas censées se mettre en colère, les garçons ne sont pas censés avoir peur ou être tristes.
A ce stade, il est utile de se rappeler que ces interdits n’étaient utiles que lorsque l’homme était un chasseur et la femme une mère au foyer et que (même si certains – et ils sont nombreux – ne s’en sont toujours pas aperçu) nous n’en sommes plus là.
Ces interdits créent des inhibitions, et chaque manifestation émotionnelle refoulée va se cumuler sur une sorte de “compte épargne émotionnel” qui, le jour où il déborde, provoque parfois des dégats. Par exemple, péter une crise de colère incontrôlable pour des conneries ce qui est d’autant plus injuste que ça touche souvent nos très proches. Et en plus ça crée un sentiment de culpabilité (putain j’ai trop déconné, je suis un salaud) et de perte de confiance en soi (non seulement je suis un salaud mais, en plus, je ne sais pas me contrôler).
Sinon pour répondre à tous les “Kévin” de la terre, l’hypersensibilité n’aurait rien d’une évolution de la race humaine, mais serait plutôt une redécouverte de notre cerveau cognitif et une plus grande sollicitation de l’hémisphère droit du cerveau.
Donc les “chochottes” ne sont pas des “super héros” mais plutôt des super néanderthal.
Avouez que c’est à se tordre de rire.
Depuis le match France/Brésil de samedi, je suis dans un état euphorique. Pas parce que la France se retrouve désormais en demi-finale (voilà bien un truc qui m’indiffère) mais parce que j’ai découvert que je suis un super héros (lire ici).
Je reviendrai rapidement à d’autres sujets sur ce blog mais il va falloir d’abord que j’aie plusieurs coming out de “super héros” (ou de chochottes c’est comme on veut) dont je sais qu’il le lisent régulièrement. Aujourd’hui j’en ai eu un, à vue de nez il en manque 5 ou 6.
Et puis je ne pense quasiment qu’à ça. Un nombre incalculable de situations où j’ai dit, pensé ou vécu des choses incompréhensibles sur le moment, se remettent à défiler dans ma tête avec, désormais, une explication rationnelle. Mon cerveau est en train de défragmenter, visiblement. Il reprend les dossiers dans l’armoire, inscrit “affaire classée” dessus et les range dans la salle des archives.
En plus, pour une raison qui m’échappe un peu, les effets de mon hypersensibilité sont plus importants. Les odeurs, les émotions des autres, la lumière, l’agitation et le bruit sont encore plus “visibles” que d’habitude et, pourtant, ils me perturbent moins.
C’est peut-être parce que je ne lutte plus contre eux, parce que je m’en vais ou parce que je m’observe plus. Après tout quelle importance ?
Je suis beaucoup moins en défense, le plexus solaire et le ventre plus exposés qu’avant et, pour le moment, je n’intellectualise plus mes accès émotionnels ou sensoriels, ce qui me fait des vacances formidables, extraordinaires, salutaires, merveilleuses (au point que je dors mieux) !
Mon nouvel objectif va être de mieux dissocier mes émotions de celles des autres parce que je me rend compte (grâce à la “défragmentation” du cerveau) que, dans certains cas, il m’est arrivé de confondre. Ce qui m’a fait, bien entendu, me poser des questions inutiles, arriver à des réponses sans intérêt et parfois même complètement fausses.
L’autre objectif – et je m’y suis déjà mis – est d’utiliser les deux trois techniques respiratoires que m’a donnés ma thérapeute-belge-avec-des-gros-nichons au moment où je sens que l’abrutissement, la colère, l’abattement ou la rage vont se déclencher. Ca marche plutôt bien.
Donc pour les hypersensibles qui ont la flemme de faire une thérapie, un petit rendez-vous chez un(e) sophrologue peut, peut-être, suffire.
Sinon, le petit bonus supplémentaire de cette salutaire prise de conscience c’est que les gens qui ont un décalage “entre le son et l’image” (comprendre : un comportement ou des émotions qui ne correspondent à rien dans leur discours) me perturbent nettement moins.
Avant, je leur faisais répeter 8 fois leurs phrases, ne comprenant – ni ne retenant – ce qu’ils me disaient, je me “fermais” automatiquement quand ils étaient dans la même pièce que moi et je pouvais être particulièment désagréable – ou stressé – en face d’eux.
Pour le moment, j’arrive à avoir des conversations superficielles – presque maîtrisées ! – avec eux, et à les ignorer le reste du temps.
De toutes façons ces gens-là ne m’intéressent pas.
C’est fou comme mettre un nom sur les choses simplifie la vie et modifie la perception qu’on en a.
Vendredi dernier, par exemple, mi té parti au Boy’s ek mes dalons.
La musique était nulle, la boîte était bondée et, au bout d’une heure, j’ai eu une irrestitible envie de sortir prendre l’air. Ce que j’ai fait.
Vu que la boîte est gratuite ce n’est pas trop un problème mais quand ce n’est pas le cas je vais m’enfermer aux chiottes le temps que le sentiment d’abrutissement passe.
Parfois, ce moment de solitude pouvait ne pas être serein (genre “je suis trop malheureux d’être aussi inadapté, mon Dieu, mon Dieu pourquoi tant de haine ?“)”, vendredi dernier je me suis dit “Bon, faut juste 5 minutes pour que ça passe, fumons donc une bonne grosse clope” (une fois revenu je n’ai pas tenu deux minutes avant de déclarer forfait mais au moins j’ai évité les questionnements existentiels).
Certains styles de musique – ou certains morceaux – ont tendance à me hérisser le poil et je suis mal à l’aise physiquement quand je les entend (surtout en boîte) et une fois que je suis dans cet état ce n’est pas évident d’en sortir.
[Dans la première boîte - de blaireaux - où j'ai travaillé en tant que DJ j'avais même fait grève pendant les 10 minutes nécessaires à passer "La Danse des Canards" et "La Chenille" - parce que, niveau hérissement de poil, ces trucs battent des records chez moi, à me foutre en boule pour le reste de la soirée (et allez donc faire danser les gens quand vous êtes en pétard) obligeant un collègue à me relayer provisoirement, passant pour le petit con snobinard de service qui va fumer sa clope dehors pendant que les vrais gens du peuple s'amusent - mais j'assume bien le côté snobinard, de toutes façons.]
Ces derniers temps j’ai eu plusieurs épisodes de migraine ophtalmique (en général ça dure 3 jours sans arrêts) et je me suis mis à les vivre mieux. Avant je me tortillais sur mon lit, tentant de résister à l’envie de m’éclater la tête contre le mur (sans compter le “mon dieu mon dieu, j’ai un cancer“) maintenant je vais sur Internet pour trouver l’adresse de la pharmacie de garde et je me shoote jusqu’à ce que ça passe.
En plus, ces temps-ci, au “boulot”, on se met à me parler d’organiser mon traditionnel “pot de départ” et j’ai indiqué un peu abruptement que je n’en ferai pas. Je m’arrange toujours pour avoir la réputation du “type qui n’aime pas les pots”, parce que ce genre de trucs m’abrutit de façon particulièrement rapide (c’est souvent instantané) et efficace.
Mais qui voudrait rester de longues minutes debout, dans une pièce entièrement remplie d’émotions contradictoires, en contradiction même avec les expressions des gens qui les ressentent, leurs paroles qui deviennent vite incompréhensibles (du coup), dans un brouhaha insupportable pendant que tous les radiateurs se mettent brusquement au maximum ?
Ajoutez à ça un beau gros néon tout blanc, qui va parachever le travail par une petite migraine et vous comprenez bien que je préfère passer pour un con un peu méprisant que me tamponner ce genre de manifestation.
***
- Ou lé chochotte vraiment, alors ?
- Ben ! (petit hochement de tête sur le côté)
Pour commencer il faut que je vous raconte que je suis actuellement une hypnothérapie (sorte de psychothérapie expresse sous hypnose) qui devrait se terminer à la fin du mois du juillet (ça tombe bien) soit 8 séances.
Je ne raconterai pas tout sur ces séances, faut pas déconner non plus, mais d’abord il faut dire que ma thérapeute est belge et qu’elle a de gros nichons, ce qui m’a mis en joie dès qu’on s’est dit bonjour la première fois (comprenne qui pourra).
- Alors, qu’est-ce qui vous amène ?
- [...] et surtout je ne supporte pas les gens, leur bruit, le son de leur voix, leurs opinions, je suis reveillé pour un rien et j’ai souvent envie de m’acheter une kalachnikov pour tous les dégommer.
- Ouuuuuui. (imaginer ici le ton psy/neutralité bienveillante)
Et j’ajoute (un peu honteux de cracher autant sur mes semblables) :
- Vous savez ce n’est pas que je me sente supérieur, mais des fois je me dis que mon problème c’est que je n’aime pas les gens.
Là, elle me regarde avec stupéfaction (genre “quoi tu savais pas qu’il y avait un nouvel Omo ?“).
- Ben vous êtes un hypersensible, c’est tout.
Il y a des moments dans la vie où on sent un poids énorme qui disparaît de nos épaules en un instant mais là ça n’a pas été le cas. Parce que je n’ai pas trop percuté sur le coup, même si ça me paraissait tout à fait juste, et que mon orgueil de mâle me retenait un peu de creuser le sujet (“elle m’a traité de chochotte, là ou quoi ?“).
Depuis je comprend tout doucement ce que ça veut dire et cette nuit (quand tout mon quartier hurlait “on a gagné!“) je suis allé sur des sites de vulgarisation médicale et le poids s’est levé de mes épaules quasiment à chaque phrase que je lisais. A part la larme facile et la phobie des films d’épouvante, j’ai tous les symptômes ! (même mes allergies respiratoires et migraines en feraient partie).
Cette “particularité” (apparemment ça n’a rien d’une maladie – à la limite un dysfonctionnement) touche 10 à 15% de la population et – si j’ai bien compris – se situe au niveau des neurotransmetteurs qui répercutent les informations sensorielles de façon beaucoup plus forte que pour le reste de la population.
Les bruits, les odeurs, les tons de voix, la douleur, les émotions des autres trouvent donc un énorme écho dans le cerveau d’un(e) hypersensible, ce qui le(la) pousse naturellement à éviter les groupes trop nombreux, à s’isoler non pas par intolérance (bon moi si, un peu quand même) mais pour se protéger des agressions extérieures.
Je ne vais pas trop entrer dans les détails car ceux que ça intéressent pourront aller notamment là, là ou bien même ici.
En tout cas cette “particularité” est héréditaire (ce qui, dans mon cas, se tient assez) et peut devenir un plus à condition de savoir en gérer les mauvais côtés (je suis même tombé sur un forum pour hypersensibles – que des Kévin – genre “ouais on est tous frères, on est le renouveau de la race humaine et on a des supers pouvoirs” – l’hypersensibilité n’est donc pas un vaccin contre la connerie, tant pis.).
Ca m’a rappelé aussi l’histoire des “enfants indigos” qui est un mythe limite sectaire qui raconte que certains enfants sont habités par des anges (un truc dans ce goût là), le premier enfant indigo étant Einstein et la principale vague de naissances ayant eu lieu dans les années 70. En fait c’est surtout un truc pour décider des parents à filer leurs gosses à des organisations plus intéréssées par le fric que par les anges, mais quand on regarde sur leurs sites ce qu’ils disent des “enfants indigos”, ça ressemble étrangement aux symptômes de l’hypersensibilité.
Si je vous raconte tout ça c’est pas seulement pour le plaisir narcissique de parler de moi (même si je ne le conteste pas) mais aussi parce qu’il me semble que dans mes amis et ma famille le pourcentage d’hypersensibles est bien supérieur à 10 ou 15% (qui se ressemble s’assemble, je suppose) et que ça pourra être utile à certain(e)s d’entre vous.
Ensuite on pourra monter une secte où on dira qu’on est la réincarnation des extra terrestres qui nous ont colonisés après avoir buté les dinosaures, et on va conquérir le monde. Ca va être bath !

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