Depuis quatre jours, le petit frangin est reveillé.

Quatre jours pour tenter de faire la différence entre la realité et la fiction qui l’a distrait pendant ses neufs jours de coma. Fiction jalonnée d’événements réels, de purs délires, et de sentiments contradictoires.

Il s’est reveillé avec l’impression de “ne pas avoir dormi pendant huit jours”, et en ayant conscience de bon nombre d’événements qui se sont produits pendant cette période, même si son cerveau endolori les a interprété de façon fantaisiste (*).

Dès le premier jour où l’équipe médicale lui a enlevé le respirateur, la sonde urinaire et autres joyeuses fariboles qui assuraient ses fonctions vitales, il se souvenait se sa langue maternelle, des prénoms et des liens qu’il a avec chacun de ses proches, il semblait même ne pas souffrir de la moindre amnésie.

Passés les réactions épidermiques et les restes de délires, il paraît redevenu totalement lui-même et commence à râler de rester enfermé toute la journée, tout seul, dans une “chambre” du service de réanimation de son hôpital préféré (qui était, jusqu’à hier, un vaisseau spatial avec des pièces modulables).
Son entourage commence enfin à respirer et à revenir à des problèmes quotidiens moins intéressants mais infiniment plus rassurants.

A ce jour, il semble qu’aucune séquelle physique ou psychologique ne soit à prévoir, à l’exception notable d’un de ses yeux, dont personne n’est sûr qu’il fonctionnera de nouveau correctement.

Mais comme dirait le frangin lui-même, on peut toujours s’en sortir avec un seul oeil, le tout étant d’être vivant pour pouvoir se servir de l’autre.

C’est vrai qu’on a tous en tête la réussite de borgnes célèbres.

J’en connais même un qui s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle il n’y a pas si longtemps.

(*) Un exemple, parmi tant d’autres : lorsqu’on lui a retiré la sonde urinaire il a eu tellement mal qu’il a cru qu’on lui “coupait la bite” et il a gardé une joyeuse rancune contre l’infirmier qui s’est chargé de cette tâche ingrate. J’imagine la tronche dudit infirmier lorsque le frangin l’a appelé pour la première fois “Eric, le coupeur de bites”.

Il paraît même que le fameux “Eric” garde un morceau de chaque bite qu’il coupe pour sa collection personnelle. Dire qu’on laisse ce genre de psychopate soigner des gens !