Il y a une dizaine d’années, j’ai rencontré une femme qui s’offrait, tous les ans, un séjour dans un hôpital psychiatrique et qui m’avait expliqué qu’elle souffrait de “dépression endogène”, ce que j’ai fait semblant de comprendre instantanément, car mon orgueil était (est ?) grand. Or je n’avais rien compris du tout, jusqu’à ces jours-ci :
Endogène veut dire “qui prend naissance à l’intérieur du corps” (contrairement à “exogène”).

Cette dame souffrait donc d’un désordre bipolaire.

Et j’ai failli, il y a quelques jours, demander moi-même mon hospitalisation, tant il devenait difficile de gérer mon quotidien, de manger, de me laver ou même de supporter la lumière du jour (ne parlons même pas du bruit).

Apparemment, ce n’est pas encore (et ce ne sera peut-être jamais, qui sait ?) utile.

Ces derniers jours, où mes fonctions physiques et intellectuelles se réveillent l’une après l’autre, j’ai consulté de nombreux sites internet pour confirmer le diagnostic de mon médecin et m’assurer qu’il ne me prescrivait pas n’importe quoi (si ça vous tente, voici les sites en question).

Et il m’a semblé (je ne suis pas médecin, malheureusement) que je suis atteint d’un trouble bipolaire de type 3, soit des phases dépressives avec des composantes maniaques et le risque de “virage maniaque” sous anti-dépresseurs (qui est déjà avéré).

Ce qui veut dire qu’en ce qui me concerne, le traitement idéal est un stabilisateur de production de sérotonine (en l’occurrence, le lithium) en évitant les anti-dépresseurs tant que c’est possible durant les phases dépressives ainsi que les neuroleptiques durant les phases maniaques.

Or, le principal risque de cette maladie tient dans les phases dépressives car même si les phases maniaques peuvent être impressionnantes, il vaut mieux se faire arrêter par les flics parce qu’on chante la marseillaise en pleine nuit ou qu’on poursuit, la langue baveuse et les yeux hallucinés, de jolis garçons dans la rue, plutôt que de se laisser aller au risque principal de la phase dépressive qui est le suicide.

Il semble, en effet, que 20% des personnes atteintes de troubles bipolaires finissent par mettre fin à leurs jours, tant la souffrance mentale peut devenir importante.

Mais ces suicides interviennent, si j’ai bien compris, chez des personnes qui ont du mal à accepter le diagnotic, qui n’ont pas travaillé sur leurs névroses ou qui interrompent leur traitement pour retrouver, avec joie et bonne humeur, ce qu’elles gardent comme un excellent souvenir : les épisodes maniaques.

Or je ne correspond, sur aucun de ces points, à cette définition.

Je m’en vais donc continuer à me placer comme acteur principal de mon traitement, prendre mes petites pilules le plus longtemps possible (il paraît qu’il y a des guérisons, finalement) voire tout au long de ma vie si nécessaire.

Ce n’est pas cher payé pour avoir la paix, je trouve…

NDH : il y a encore quelques personnes proches, dont certains lisent ce blog, que je n’ai pas recontacté, ni par mail ni par téléphone, malgré la gentillesse de leurs messages. Qu’ils tentent de ne pas m’en vouloir. Je finirai par le faire, et avec plaisir, dès que ça me deviendra vraiment plus facile.

Aujourd’hui j’ai obtenu une extraordinaire victoire sur moi-même : je suis allé faire mes courses.

J’ai mis ma veste, j’ai pris mes clés et évitant de trop me pencher sur le tremblement qui commençait dans mes jambes, j’ai descendu l’escalier et je me suis hâté lentement dans la rue, au milieu de trop de regard, de trop de bruit et de trop de stress.

J’ai marché près d’un quart d’heure pour aller vers le supermarché le plus proche, bravé stoïquement ses néons blancs aveuglants, ses musiques et pubs débiles, ses “hôtesses de caisse” fatiguées et stressées et j’ai fait des courses extraordinairement rapides car je savais très précisément ce que je devais prendre d’urgence dans la mesure où ça fait trois bonnes semaines que j’y réflechis.

Le temps de dire à la caissière d’un ton amical et humble : “prenez votre temps mademoiselle, je suis très lent aujourd’hui” et je suis reparti pour un quart d’heure de marche, harassé de sacs bourrés de victuailles, blanc comme un linge, faisant des pauses tous les 20 mètres sous l’air ahuri, voire un peu méprisant, de certains passants.

Vous me direz, et ce serait votre droit le plus strict, que c’était bien la peine de délaisser ce blog pendant des mois si c’est pour y raconter ensuite des choses ayant aussi peu d’intérêt, mais ce serait méconnaître le sentiment de fierté immense que je ressens ce soir, après m’être felicité de tant de travail par une bonne sieste, qui n’était que la première aujourd’hui.

Ce serait méconnaître également une histoire que je n’ai pas raconté ici, ni tellement ailleurs, et qui m’arrive depuis, environ, l’accident de mon petit frère et qui a pris une ampleur surprenante, en tout cas pour moi, au point que je n’arrive plus à croire que l’homme a marché sur la lune alors que j’ai, moi, besoin de rassembler des efforts extraordinaires pour aller dans ma propre cuisine.

Tout a commencé par des tremblements dans les jambes, un de ces nombreux jours où j’étais en train de pourrir la vie de mon précédent chef (je suis devenu un sale petit con têtu au boulot ces temps-ci) et le sentiment que j’allais fondre en larme ou éclater de rire, voire les deux à la fois.

Un peu impressionné par cet épisode, je me suis rendu chez mon médecin préféré, qui m’a vaguement parlé de dépression, mais surtout d’arrêt de travail (enfin bon, j’entends ce que je veux, hein, on n’est pas des saints) et qui m’a gentiment accordé deux semaines au lit, au terme desquelles je suis retourné à mon-travail-qui-fait-ma-joie.

Grossière erreur.

Dès le premier soir je m’en prenais de façon virulente à un autre de mes chefs pour lequel je n’ai jamais eu de respect et, dès le lendemain, je ne comprenais plus ce que j’avais sur l’écran de mon ordinateur, je ne comprenais plus ce qu’on me disais et je suis gentiment parti, au beau milieu d’une formation, pour aller me coucher… environ une semaine.

Bien sûr, j’ai accepté avec gratitude la prescription d’anti-dépresseurs légers de la main de mon médecin, j’ai vaguement parlé d’aller voir un psy à l’occasion et je suis allé de mieux en mieux.

Disons même carrément que je me suis mis à avoir une patate d’enfer !

Tout le temps en train de me marrer, je prenais du plaisir à discuter avec n’importe qui dans la rue, à cultiver des rapports superficiels et, avec le sentiment merveilleux d’être le maître du monde et d’avoir tout compris à tout, à séduire ma boulangère, le chauffeur de bus, ma banquière, des collègues, des copains, bref. Un été de rêve.

Un été qui s’est terminé comme ça le devait, par de nouvelles tensions au boulot, par un nouveau chef que j’ai commencé à pousser à bout au point qu’il se mette à m’insulter – ou à fondre en larme – jusqu’à ce que je comprenne qu’une nouvelle crise dépressive arrivait, que je mette en ordre mes affaires et que je rentre dans ma caverne et dans mon lit délicieux que j’allais fréquenter jusqu’à 17h par jour.

Il était temps d’aller un voir un psy et, si je vous passe les discussions, les traitements, et les questions que j’ai pu me poser pour en arriver là, je vous le résume : j’ai appris que j’étais bipolaire.

Avant, on disait maniaco-dépressif, ce qui a défaut d’être plus précis, me semble beaucoup plus compréhensible.

J’enchaîne ces derniers temps des phases maniaques (“maître du monde”) et des “états majeurs dépressifs” (“ma cuisine est aussi loin que la lune”) sans prendre le temps de marquer la troisième phase de la maladie : la phase normale.

Je ne suis pas encore très bien renseigné sur cette maladie et je vous ferai part de mes découvertes si vous le souhaitez (et si j’en ai envie également, car je ne souhaite pas débattre du bien-fondé de ce genre de diagnostic, des traitements, de la légitimité de mes médecins à s’occuper de moi, ce qui ne manque pas de m’arriver en ce moment et que je préfère éviter tant que je suis incapable de me concentrer sur un film de 1h30 sans avoir envie de dormir…).

Ce que je sais déjà c’est que la bipolarité touche environ 6% de la population, et que dans certains cas, relativement rares apparemment, les anti-dépresseurs rendent les phases encore plus violentes…

Je sais aussi que cette maladie du cerveau se déclenche en général brutalement, notamment après un traumatisme et que les phases deviennent de plus en plus extrèmes, poussant certains patients au suicide ou à se balader à poil en chantant en pleine rue, deux situations dont je suis assez d’accord de me passser, même si ça veut dire que je dois me passer des forts agréables – n’en doutez pas – moments de la phase maniaque.

Car ce que je sais, de plus, c’est que cette maladie n’est pas soignée pour le moment. Elle est, en revanche, particulièrement vivable avec un léger traitement – à vie, bien sûr – qui n’induit pas d’effets secondaires perturbants.

Il semble que la principale difficulté des bipolaires soit de croire à leur maladie, et donc de prendre leurs cachetons le matin et le soir, notamment pendant les phases maniaques où il se sentent tellement tellement tellement bien.
Ce que j’atteste.

Alors pourquoi me prend-il – six mois après le début de cette aventure – l’envie de partager ça, via mon blog, avec des proches, de moins proches ainsi que qu’avec de parfaits inconnus ?

Sans doute parce que je recommence, depuis peu, à me regarder de l’extérieur, ce qui me semble bon signe, et que le fait de l’écrire me permettra de mesurer mon évolution.

Et puis parce que j’ai fait mes courses, aujourd’hui !

La chaîne de magasins Borders vient de décider de retirer “Tintin au Congo” du rayon enfants de ses enseignes américaines et anglaises, à la suite d’une plainte de la C.R.E. (Commission britannique pour l’égalité des races).

Ce qui mérite, il me semble, quelques explications.

Rappelons-nous, tout d’abord, que le créateur de Tintin, Georges Rémi (alias Hergé, derivé de ses initiales) était belge, tout comme le Congo, ce qui donne un premier élément. Mais on peut y ajouter que ce deuxième album suivait “Tintin au pays des Soviets”, ouvrage également décrié pour des raisons à peu près semblables (Hergé s’en expliqua par la suite en indiquant qu’il avait créé ces deux albums alors qu’il vivait “dans un milieu plein de préjugés“).

L’histoire de la création de “Tintin au Congo” commence par une publication (en épisodes) dans le journal “Le Petit Vingtième” entre juin 1930 et juin 1931. Il s’agissait d’une oeuvre artistique qui avait également des objectifs sociétaux puisque le Congo manquait à l’époque de main d’oeuvre et souhaitait attirer des belges “métropolitains” pour creuser ses sols.

Lorsqu’il fut question de la publier sous forme d’un album, Hergé redessina l’aventure congolaise en couleur, réduisant au passage le nombre de planches (de 110 à 62) et gommant les références coloniales de certains passages.

Ce qui n’est apparemment pas suffisant pour le C.R.E., alors qu’en France l’album ne fait l’objet d’aucun avertissement.

J’entend certaines voix contester le fait qu’on “placardise” une oeuvre artistique majeure qui ne fait, finalement, que refléter la realité historique. Ce qui n’est pas faux.

Mais je me permettrai de répondre qu’il n’y a pas, dans ce cas précis, de censure. Et que personne ne souhaite (en tout cas je l’espère) que cet album soit retiré des étalages. Les américains et les britanniques s’assurent juste de ne pas fâcher les fameuses “minorités visibles” en prenant une décision qui consistera à ne pas laisser croire aux gamins que les relents colonialistes de leurs bandes dessinées favorites sont à prendre au premier degré.

Souhaitons qu’en France les choses se passent différemment, malgré tout. Et qu’on puisse s’inspirer du “Explicit Lyrics” qui colore les albums de musique dont les paroles sont jugées (plus ou moins, ce qui est un sacré débat) subversives afin de prévenir les futurs lecteurs qu’il doivent tenter de prendre leurs distances avec ce qu’ils lisent.

De toutes façons personne n’empêchera même des adultes de comprendre cette histoire comme ils le veulent et même de conforter leur éventuelle vision inégalitaire des races.

…ceci dit, on peut toujours essayer.

Après une délicieuse semaine de vacances sans révisions, sans examens ou quelconque stress, j’appelle l’IUT qui avait décidé de qui passait en deuxième année ou retournait sur les bancs de la première.

Au bout du fil j’entend une charmante dame que l’évocation de ma promotion met carrément en joie.

- Ah oui, je vois très bien. Le jury a discuté de vos cas (on n’est plus que 7) et s’est felicité de votre niveau, de votre moyenne, de votre solidarité et vous encourage tous à continuer dans ce sens, sachant que votre promotion est nettement au-dessus des autres. Non seulement vous passez tous en deuxième année mais le moins bon d’entre vous est reçu avec 12 de moyenne générale…

Voici qui me donnait une très agréable entrée en matière mais vu que je ne pensais de toutes façons pas être recalé, ce que j’attendais c’était le détail de mes notes, que voilà :

13,30 en Spécification formelle (avec la méthode B)
12,00 en Architecture des systèmes I
19,00 en Systèmes/Réseau I
15,00 en Algorithmique de la programmation
12,80 en Mathématiques (Informatiques et Générales)

Résultat : 14,42 de moyenne générale.

Je ne suis pas le meilleur de ma promo (qui finit avec 17 de moyenne générale) mais je suis bien content tout de même. Ma pire note de l’année aura été un 11 et la meilleure un… 20.

C’était la séquence “qui fait pipi le plus loin” et aujourd’hui, c’est moi !

Il y a quelques semaines, une amie m’a transmis une version très originale du “I will survive” de Gloria Gaynor qui m’a tellement fait rire que j’ai eu envie de la traduire et de l’adapter légèrement… en version moins hétérosexuelle.

Je ne résiste pas à l’envie de vous la faire partager, à quelques jours des premières marches LGBT de 2007.

Au début j’avais peur, j’étais terrorisé
Tu m’avais tellement vanté ta virilité
Pendant des années j’ai rêvé d’un homme si puissamment membré
Que j’me suis qu’il était temps pour moi de mordre l’oreiller
Et puis ça y est, j’le voit en vrai
Et mon beau rêve d’anaconda s’est tout à coup evaporé
Comment j’ai pu m’faire allumer
Par un ver de terre atrophié
Me fait pas croire que tu pensais
Qu’c'était pas la taille qui comptais

Allez tire-toi,
Sors de chez moi
Remporte ton anchois
Ne me demande pas pourquoi
Je suis baba qu’tu aies pu croire
Que tu arriverais à m’avoir
J’aurais du voir qu’un tel braquemart
Ne rentrais pas dans ton falzard
Mais j’attendrai, oui j’attendrai
Aussi longtemps que je vivrai je rêverai de gros piquets
Quand des braguettes mieux rembourrées s’amèneront dans mon quartier
Je les aurai, je les aurai, hey hey.

J’ai du retenir mon rire, jusqu’à m’étouffer
Quand tu as sorti ta nouillette toute fièrement bandée
Mais au diable ta fierté, tu peux remballer ton objet
Quant à moi, j’m'en vais retrouver mon inusable godemiché

Allez tire-toi,
Sors de chez moi
J’préfère encore me tripoter
Que m’contenter d’ton bâtonnet
Aussi longtemps que je vivrai je rêverai de gros piquets
J’vais pas laisser un freluquet
me faire regretter d’être pédé
Et j’attendrai, oui j’attendrai [ad lib]

y'a bon

Le candidat Sarkozy l'avait promis : avec lui, la repentance, c'est terminé.

Fini la culpabilité collective sur la colonisation, l'esclavage et les diverses politiques d'immigration ayant conduit les banlieues à brûler leurs voitures ou les discothèques à refuser l'entrée à certains enfants du pays.

Le président Sarkozy, suite à un gentil mais ferme chantage de l'ex-président "repentant" Chirac s'est tout de même affiché le 10 mai à la célébration de l'abolition de l'esclavage et prendra probablement ses responsabilités du bout des lèvres lors des diverses commémorations de "repentance".

C'est sans doute bon signe que notre ministre de la Justice soit une beurette (encore qu'on puisse déplorer la nomination d'une probable femme de paille à la tête d'un ministère aussi sensible) mais ce qui est encore un meilleur signe, à mon avis, c'est que le débat soit en train de s'ouvrir dans l'opinion au moment même où le président a été élu pour le clore.

Compte tenu du vieillissement de la population française et du problème qu'ont certains secteurs d'activité (comme le bâtiment ou la navale, par exemple) à recruter de la main d'oeuvre, il semble que la France doive accueillir des centaines de milliers d'immigrés dans les années à venir.

Or, compte tenu des multiples liens qui nous unissent - pour le meilleur et pour le pire - avec le continent africain, je crois que ce sont les population africaines et arabes qui auront le plus de chances de réussir leur intégration dans notre pays (qui a parfois été le leur).

Mais pour que ce pari d'avenir puisse être relevé il faudra, bien sûr, ouvrir pour de bon la boîte de Pandore de la colonisation et de l'esclavage.

La névrose collective qui nous fait considérer les populations arabes et africaines ou la religion musulmane comme une menace pour notre "Identité Nationale" me semble venir du manque de recul que nous avons sur cette période de l'histoire.

Je me régale donc, ces jours-ci des interventions des uns et des autres sur la question et je vous recommande vivement la série "Tropiques amers" qui vient d'être diffusée sur France 3 (sur l'histoire de la Martinique) ou l'émission "La Bande à Bonnaud" sur France Inter qui y est largement consacrée ces temps-ci.

[C'est dans cette dernière que j'ai eu l'occasion d'entendre (le très joli) Lilian Thuram prendre la parole avec une humilité et une ouverture d'esprit remarquables sur tous ces sujets et développer des idées que je serai d'autant plus prêt à défendre qu'elle sont proches des miennes.]

Puisque l'immigration risque de devenir le principal sujet de toutes les élections françaises à venir, grâce, notamment à des personnages politiques comme Le Pen, Sarkozy ou Villiers, autant tenter de gagner du temps en soignant notre inconscient collectif pendant le mandat de notre (non-repentant) nouveau président.

L'identité nationale est donc un sujet sur lequel nous devons nous arrêter afin de défendre les valeurs du modèle français qui nous paraissent primordiaux, par exemple la liberté de la presse (cf. caricatures de Mahomet), l'égalité homme-femme (cf. voile islamique), la laïcité (cf. Jean-Paul II comme inspirateur de Sarkozy) et ceux qui ne le sont peut-être plus (cf. la France fille aînée de l'église catholique) afin de construire une politique d'immigration qui ait un sens.

On me reproche de temps en temps d'être un gauchiste angélique sur ces sujets et de vouloir excuser les débordements des derniers enfants de l'immigration mais c'est justement parce que je me suis aperçu de mes propres intolérances sur la culture ou la religion des uns et des autres que j'ai envie de défendre cette position.

Et puis je suis moi-même un français issu de l'immigration, même si ma couleur de peau n'a jamais effrayé ma boulangère.

NDH : Est-il utile de préciser que "mon gosier de métal parle toutes les langues" ?.


Je ne me réjouis pas de l’élection de Nicolas Sarkozy.

Je ne croyais déjà pas beaucoup en son prédécesseur et n’avait jamais réussi à développer un quelconque respect à son endroit, mais il me semble je m’habituerai encore moins au nouveau président, choisi par la confortable majorité (53%) d’un nombre record (85%) d’électeurs.

On a vu, dès dimanche soir, que la “rupture” n’était pas un mot en l’air. En une allocution de candidat victorieux, un nouveau président a pris la parole et a redessiné le visage de notre politique étrangère, europénne, et a montré qu’il allait réformer vite et fort.

Je ne me réjouis pas de notre future politique d’immigration qui va à l’encontre de ce que je sais et de ce que je crois, du futur positionnement de la France dans le monde, du communautarisme comme facteur d’intégration ou des valeurs religieuses défendue par notre nouveau et fort légitime président.

Evidemment, maintenant que c’est fait, formons le voeu que la vision de Nicolas Sarkozy soit juste, que ses recettes pour résoudre les problèmes portent leurs fruits, parce que ce serait notre intérêt bien compris.

Mais je n’y crois pas exagérément.

Je suis soufflé d’avoir aussi peu vu venir l’élection de cet homme et des renseignements qu’elle nous donne sur la structure de l’électorat français, après les diverses crises politiques que nous avons vécues ces dernières années.

En relisant “Politique Fiction” (que vous trouverez sur ce blog pendant quelques jours encore et puis pfuitt…) je m’aperçois de quelques bonnes intuitions et de petits coups de bol (Emmanuelli va vraiment créer un parti de gauche prochainement, par exemple) mais d’une lecture très imparfaite des élections de 2002.

La France a réellement glissé vers sa droite, ce que certains analystes politiques comprennent par le vieillissement de la population et l’attachement des anciens aux thêmes de l’odre, de la défense des traditions, de la religion et autres sujets d’inquiétudes, voire de peurs, et du coup la présence de Le Pen au second tour de la présidentielle 2002 n’était pas seulement une sanction de la trop longue période de cohabitation Chirac-Jospin.

Du coup, la rénovation de la gauche socialiste et son futur coup de barre vers le centre, l’élection du candidat “sortant” et la faiblesse idéologique du P.S. étaient des clés qui me manquaient pour saisir le couple à trois que vont former désormais Sarkozy, Bayrou et le successeur de Hollande pour arbitrer les multiples décisions à prendre après la trop longue hypersomnie de Chirac.

Je vais désormais avoir le loisir de m’intéresser un peu à autre chose, parce que la france du Président Sarkozy ne m’amuse pas encore.

En tout cas, même si sa conclusion ne m’a pas exalté, c’était quand même une belle épopée, cette présidentielle !

La pragmatique Ségolène Royal a donc “tendu la main” à un François Bayrou moins critique à son égard qu’à celui de Nicolas Sarkozy.

La solennité de l’évenement, même s’il est dû à un calcul politicien immédiat, doit être souligné.

En 2002, la réélection d’un impopulaire chef d’état à 82% des voix dénotait, quelles qu’en soit les circonstances, une crise politique majeure pour notre vieux pays.

Cinq ans plus tard, la participation record au premier tour de la présidentielle et la claque que se sont pris les candidats représentant les extrèmes de droite et de gauche, montrait que les électeurs avaient compris la leçon et acceptaient de faire confiance (bon gré, mal gré) aux trois représentants des partis qui avaient réellement l’intention de gouverner.

Mais en tirant les enseignements de l’élection de 2002, les trois “jeunes premiers” ont profondément modifié le paysage politique et une fois les cartes redistribuées dans leurs mains par 85% des électeurs, ils sentent confirmées leurs statégies de premier tour.

Il est clair (à plus de 31%) que le président de l’UMP a eu raison de “droitiser” le discours de son camp pour piquer les électeurs d’extrème droite, et il est net (à plus de 18%) que le président de l’UDF a eu raison de remettre en question son alliance avec la droite sans se marier avec la gauche.

Les choix des deux hommes comportent des risques, dont on n’a pas fini de nous rebattre les oreilles, parfois à juste titre, mais la révolution que Royal se propose de faire dans les consciences de gauche est plutôt de l’ordre du quitte ou double.

En tendant la main, donc, au président du futur Parti Démocrate (appelé à remplacer l’UDF) la compagne du premier secrétaire du PS décide, subitement, de proposer le fameux aggiornamento que la gauche française n’avait jamais tenté.

Celle que j’appelais Mitterande rompt avec la stratégie d’alliance à gauche qui avait fait gagner son mentor politique en 1981 et amené Jospin à gouverner pendant 5 ans, et joue son avenir politique personnel avec un sang-froid qui force le respect.

Car soit elle gagne le 6 mai et elle devient alors l’incontestable leader d’une nouvelle gauche, une femme d’état dont l’empreinte politique sera durable, soit elle perd et elle sera instantanément balayée par la foule de ses contradicteurs dans son propre camp, qu’elle vient de déstabiliser une fois de plus.

[Vous me direz, Sarkozy et Bayrou risquent leur avenir aussi. Mais vu leurs résultats au premier tour et le fait qu'ils sont déjà les chefs de leurs camps réciproques, un passage dans l'opposition serait vécu comme une petite traversée du désert en attendant 2012.]

Alors si Royal nous a déjà prouvé qu’une femme est un homme politique comme les autres (pour le meilleur et pour le pire, d’ailleurs), elle est en train de nous prouver qu’elle a, si je puis me permettre cette expression particulièrement machiste, “des couilles de taureau”.

De plus, en tentant de prendre une longeur d’avance sur son électorat, Royal se pose en chef d’état visionnaire ce que Sarkozy, malgré ses qualités politiques incontestables, n’a jamais réussi à faire.

NDH : Aggiornamento, “mise à jour” en italien, est un terme qui avait été utilisé en français pour définir la volonté de changement du concile Vatican II et qui a été repris, ensuite, pour définir le changement de culture des gauches européennes après l’effondrement du communisme soviétique.

Après l’historique premier tour, nous allons désormais devoir attendre deux longues semaines pour connaître le résultat du second tour de la présidentielle 2007.

Vous vous demandez, comment vous allez tenir le coup nerveusement ? Si vos rêves seront hantés, comme les miens, par le ralliement de Pasqua à Royal et celui de Rocard à Sarkozy ou, pire, par un sanglant attentat terroriste entre les deux tours ?

En ce qui me concerne, je vais me fixer des petits suspenses successifs destinés à me faire patienter et éviter de sauter sur mon canapé comme un jeune cabri, comme j’étais tenté de le faire hier à partir du moment où j’avais voté et jusqu’à la proclamation des premiers résultats.

Le premier rendez-vous est la réunion du parti communiste qui devra décider, dès demain, de la stratégie à adopter après la catastrophe politique du score de Buffet.
Le PCF va-t-il imploser ? Hue en reprenda-t-il le contrôle ? Un grand parti se créera-t-il à la gauche du PS ?

Le second rendez-vous, chronologiquement parlant, c’est la conférence de presse de Bayrou, qui devrait avoir lieu mercredi soir.
Lancera-t-il la création d’un nouveau parti ? Donnera-t-il une fort peu probable consigne de vote pour le second tour ? Comment envisage-t-il de sauver les députés UDF (élus en 2002 avec les voix de la droite) aux législatives de juin ?

Ensuite, on entendra parler des innombrables remous que va inévitablement provoquer, au FN, l’échec de son leader historique et tout plein d’autres bonnes choses, mais, comme d’habitude, on ne pourra voir qu’un épisode à la fois.

Vivement, vivement, vivement !

- Maman, maman, pourquoi c’est pas moi le président ?

- Tu veux être président ?

- Oui ! Oui !

En croisant la jeune maman et son petit garçon à l’avenir présidentiel, je m’assurai que j’étais sur le bon chemin pour mon bureau de vote de la rue Jean Jaurès (ça ne s’invente pas).

Je m’approchai des piles de bulletins et une retraitée souriante me dit avec le ton de la phrase répétée déjà une bonne centaine de fois :

- Monsieur, vous devez prendre au moins deux bulletins.

Ayant décidé depuis longtemps que je ne voterai pas avec mon coeur mais avec ma tête, il me semblait parfaitement inutile de m’encombrer de deux bulletins, mais j’avisai un autre bulletin qui me semblait amusant et je m’enfermai dans l’isoloir.

Sur le chemin du retour, où je m’apercevais que c’était la première fois que je votais depuis 14 ans, je continuai à m’étonner du nombre de gens qui ne parlaient que de la présidentielle et de comment ils avaient voté ou allaient le faire.

- Hé, vous avez choisi quel président ? répétait notamment une fillette à ses parents qui ne l’écoutaient pas.

Je suis déjà bouffé par l’impatience de connaître les résultats de ce soir et ravi de savoir que la participation n’avait jamais été aussi importante depuis ma naissance.

Quoi qu’il arrive, je ne regretterai pas mon vote.